Ben Verwaayen, Alcatel-Lucent 2009, un nouveau 'business model” ?

Réseaux

Les nouveaux dirigeants veulent afficher le changement, pour ne pas dire la rupture. Exemple: adieu le WiMax mobile… Mais les coupes sombres vont se poursuivre

Paris.– Première conférence de presse au siège d’Alcatel-Lucent, rue de la Boétie, ce 12 décembre, réunissant Ben Verwaayen, dg, et son directeur financier, Paul Tufano, en poste depuis 12 jours – et déjà 1.000 suppressions de postes de managers, découlant d’un plan de réduction des dépenses à hauteur de 750 millions d’euros dans les 12 mois à venir et provenant, pour les deux tiers, de coupes dans l’opérationnel et la recherche (cf. notre article de ce matin).

Pour rappel, ces 1.000 suppressions de postes de managers s’ajoutent aux 12.500 supressions déjà annoncées il y a quelques mois, dans un plan de réduction des coûts de 1,7 milliard porté à 2,1 milliards, dont l’application est en cours.

Par ailleurs, est annoncée la suppression de 5.000 sous-traitants [soit une division par deux, le nombre actuel avoisinant les 10.000 ]

Le ton est nouveau -une communication, des expressions anglo-saxonnes, une terminologie exclusivement en anglais… (et il ne reste plus que 2 français au comité exécutif qui compte 14 membres) – mais la stratégie n’est pas fondamentalement modifiée, y compris avec les coupes sombres. 2009 sera encore une année de réajustement…

Nous mettons en place un nouveau ‘business model’ et nous avons un nouveau plan stratégique“, martèle Ben Verwaayen, qui, rappelons-le, a participé, il y a quelque temps, à la restructuration de BT, l’opérateur britannique.

L’urgence reste le retour à la profitabilité, ou plus exactement la production de ‘free cash flow‘ (génération de trésorerie, autofinancement).

Or en période de récession, on avance sur des oeufs… Ca commence mal.

Nous prévoyons que le marché des équipements de télécommunications et des services de déploiement s’y rapportant, va baisser de -8 à -12% en 2009“.

Dans ce contexte morose, les nouveaux dirigeants voient trois leviers capables de soutenir l’activité des équipements télécoms:

– la mise en conformité avec les nouvelles réglementations,

– l’offre de nouveaux services,

– la transformation des réseaux pour les rendre “plus efficaces en termes de coûts”.

Le groupe va continuer de se renforcer dans 5 domaines:

– les réseaux et services IP

– la fibre optique

– les accès réseaux large bande, fixe et mobile (VDSL, GPON)

– les nouveaux services IMS (en s’appuyant sur les innovations des Bell Labs…[Et l’héritage Alcatel?]

– le CDMA EV-DO (avec une convergence des différents standards: le W-CDMA; il n’y aura plus qu’une seule entité et non plus deux)

Quatre grands “product groups” sont identifiés: les services, les applications, l’activité “carrier” (opérateurs télécoms) et l’activité “entreprise”. Conséquence, le nombre de divisions est réduit de 6 à 4:

-réseaux mobiles (“Wireless“, coeur de réseau et accès)

-réseaux fixes (coeur de réseau et accès)

-IP

-Optics

Ce n’est pas tout. La nouvelle direction annonce des sacrifices. Les investissements de recherche/développement vont être concentrés sur la “LTE” (LTE, Long Term Evolution, évolution future de l’UMTS, ou “3GPP-LTE (*). “Tout le contenu accessible sur réseaux doit devenir accessible aux terminaux mobiles“, résume M. Verwaayen).

Quatre plates-formes, dites “matures”, sont privilégiées: le CDMA 1x (ou W-CDMA), le GSM, l’ATM, les accès fixes (ADSL, DLC).

La R&D sera arrêtée dans les secteurs “non stratégiques”. Première victime: le WiMax mobile, concurrent de la 3G. Seul le WiMax de “trunking” pourrait être maintenu (celui qui peut se substituer aux infrastructures câblées trop coûteuses).

Sont également sacrifiés les équipements terminaux (CPE, customer premises equipment), les commutateurs de coeur de réseau de téléphonie (Alcatel E10, S12, 5ESS). Et il est mis un terme à l’offre des réseaux de nouvelle génération (NGN) qui ne sont pas IMS [donc Lucent, versus Alcatel?].

Sur la base de ces mesures, le nouveau DAF promet:

-une “marge opérationnelle autour de l’équilibre” (break-even) en 2009, malgré une baisse prévisible du volume d’affaires; et une amélioration de la marge brute dans le 2è semestre 2009. La contribution en “cash flow” (génération de trésorerie) en 2009 devrait être égale à celle de 2008;

-pour 2010, une marge brute dans le milieu des 30% [= entre 34 et 36%]; et une marge opérationnelle dans le milieu “single-digit” [= 5% !] ?

Et un peu plus en 2011… mais les nouveaux dirigeants se veulent très prudents et ne mentionnent pas de date pour un retour à un résultat positif.

Autre confirmation: la transaction avec Thales (cession des 20,8 % encore détenus) sera complétée, achevée [en fait, il faut attendre un accord entre l’Etat et Dassault Aviation concernant l’organisation du groupe de défense].

Ce vendredi soir, l’action Alcatel-Lucent a décroché de -11%, dans le contexte, il est vrai, d’un recul du CAC 40 de -2,8%. Elle cote à 1,63 euro, en recul de -65% depuis janvier 2008.

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(*) LTE (Long term evolution) et 3GPP ou ‘3rd Generation Partnership Project’ for mobile: cette “initiative mondiale” vise à fédérer les organisations de standards télécoms, considérés comme “Organizational Partners”. Le 3GPP vise à produire des spécifications techniques et des rapports techniques pour l’évolution de la 3G des mobiles, à partir des coeurs de réseaux GSM et des technologies supportées comme l’UTRA (Universal terrestrial radio access) reposant sur les modes FDD (Frequency division duplex) et TDD (Time division duplex). Dans la LTE, ou “Super 3G” ou future 4G, l’Europe (GSM/UMTS-3G+) inclut la TV mobile ‘HSDPA’. En parallèle, le CDMA nord-américain originel (Lucent) apparaît de plus en plus hors jeu.

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