Berlusconi humilié sur Facebook

Régulations

Battu sur son terrain favori, celui de la popularité : Silvio Berlusconi compte désormais moins de fans sur Facebook que Nichi Vendola, gouverneur des Pouilles, une région du sud de l’Italie. Lequel mise à fond sur les réseaux pour bâtir sa carrière nationale.

Silvio Berlusconi, président du Conseil italien, qui confond Google et Gogol, est resté à l’heure de la télévision. Cet été, il a essuyé une cuisante e – humiliation. Depuis le 20 août, sa page Facebook compte moins de fans que celle de Nichi Vendola, gouverneur des Pouilles, une région du sud de l’Italie. «Berlusconi n’a pas de page officielle», tente de minimiser Antonio Palmieri, le Monsieur Internet du gouvernement, sur son blog arguant du fait que la page du « Cavaliere » est gérée par des sympathisants qu’il ne s’agirait pas de vexer en la leur retirant. Tant de délicatesse honore…

Fabriques modèle Obama

De son coté, Nichi Vendola, figure montante de l’opposition, a ouvert sa page sur Facebook depuis novembre 2009. Mais sa stratégie sur Internet, conçue par l’agence de communication politique Proforma. ne s’arrête pas là. Et sa confortable réélection à la tête de la région, en mars dernier, s’est appuyée sur un dispositif qui s’inspire des méthodes d’Obama. Fer de lance : le réseau des « fabbriche di Nichi », (usines) organisé sur Facebook et sur un réseau social qui leur est dédié.

Il s’agit de groupes de sympathisants, dont la création a été stimulée sur le territoire. La «  fabbrica di Bari », centrale, donne le la. Elle a une fonction de «  hub » explique Roberto Covolo, l’un des concepteurs et animateurs du réseau. Concrètement, le «  hub » donne l’impulsion en mettant sur internet du matériel à disposition des militants (visuels à télécharger…) et en proposant des actions. Exemple : lors du scrutin de mars dernier, organiser des déplacements en car pour permettre aux électeurs qui vivent dans d’autres régions d’aller déposer leur bulletin en faveur de Nichi Vendola dans l’urne. «  Nous avons organisé et autofinancé la location de plusieurs bus » témoigne Giuseppe, participant à la Fabbrica di Nichi située à Rome. A bord des bus romains : quelques 240 votes en plus en faveur du candidat. « Nous avons délégué des parties de l’organisation, de la communication et de créativité de la campagne électorale », ajoute Dino Amenduni,consultant chez Proforma, chargé de la stratégie. Ainsi, l’idée de fêter en ligne l’anniversaire de Nichi Vendola, avec des photos de militants qui arborent un panneau proclamant « qu’ils ne sont pas virtuels », notamment, vient d’une militante.

Energies politiques en réseau

Aujourd’hui, le réseau compte 420 «  fabbriche » qui ont essaimé au delà de la région des Pouilles, y compris à l’étranger. Très diverses, elles fédèrent des jeunes –et moins jeunes– dispersées un large éventail politique, tous séduits par cet homme politique très populaire, qui met la participation des citoyens au cœur de son projet politique. Bref, les «  fabbriche di Nichi » sont un outil précieux pour Nichi Vendola, en train de se construire un destin national, à l’heure où l’opposition se cherche un leader. Mais ces structures ne limitent pas leur action au champ strictement politique. Dans les Pouilles, à Laterza, où l’existence d’un parc naturel protégé est mis en cause, les militants d’un développement durable du territoire se retrouvent sous l’égide de «  la fabbrica », et organisent des visites du parc. Objectif : sensibiliser les habitants du lieu. Plus au Sud, a Galatone, une autre «  fabbrica » monte des opérations de nettoyage du bord de la mer, toujours dans un but de sensibilisation. Les Berlinois, eux, ont réalisé une vidéo très pro et implacable contre le pouvoir en place, qui buzze actuellement sur Internet.

Ceux qui ratent le train du virtuel

En décembre dernier, à Rome, plus d’un million de personnes ont réclamé les démissions du président du Conseil. Une réponse à l’appel du «  Popolo Viola », un mouvement issu de la société civile qui s’est organisé via les réseaux sociaux. Aujourd’hui, le même « Popolo Viola » appelle à une nouvelle mobilisation, le 2 octobre. Pendant ce temps, dans les conseils régionaux du Piémont et de l’Emilie Romagne, siègent des élus issus du très contestataire « Movimento 5 stelle », né et structuré autour du blog de Beppe Grillo, sorte de Coluche transalpin. Certains hommes politiques ont pris le réseau italien en marche, d’autres pas. C’est sans doute une chance.

Un extraterrestre qui colle à la toile

Foi catholique, conviction communiste et homosexualité revendiqués. Nichi Vendola, gouverneur de la région des Pouilles, qui doit sa réélection à une campagne qui assume, représente un curieux alliage. Sa personnalité composite et son projet politique, qui mise sur la participation des citoyens, collent bien à l’esprit de la toile. Un exemple : sa politique auprès des jeunes, qui consiste à les considérer comme une ressource et à financer leurs projets, plutôt que des problèmes à résoudre.

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