Les wearable technologies pour mesurer la productivité des salariés ?

Mobilité
Blog proposé par Ariba / SAP

Dans un avenir proche, les entreprises pourraient être tentées d’utiliser les accessoires connectés afin de mesurer l’efficacité au travail des salariés. Au-delà de l’inconfort que cela peut générer, la question se pose de savoir quels sont les bons paramètres à mesurer.

Les « wearable technologies » se multiplient sur le marché. Ces technologies dernier cri directement intégrées au sein des vêtements et accessoires que nous portons sont capables de recueillir et de transmettre des données sur nos faits et gestes. Transposés dans le monde de l’entreprise, ces objets connectés pourraient bientôt intéresser le manager qui voudrait savoir où sont ses équipes ou obtenir des informations sur leur niveau d’activité. Un premier pas pour les rendre plus productives. « Les études démontrent que les salariés ont tendance à être plus intègres quand ils pensent qu’ils sont surveillés », souligne Art Markman, professeur en psychologie et marketing à l’université d’Austin, au Texas.

Attention aux utilisations trop restrictives

Cela dit, les paramètres les plus simples à superviser pour les entreprises demeurent la localisation des personnes et le temps passé à exécuter différentes tâches. Or, on a déjà observé par le passé les travers de ce genre de démarche. Par exemple, les centres d’appels mesurent le temps consacré par chaque opérateur à résoudre les problèmes rencontrés par les clients. Incités à réduire la longueur des appels, ces opérateurs ont tendance à être moins impliqués. Leur stress augmente et les clients de leur côté n’ont pas l’impression d’avoir été bien servis. « Les entreprises qui mettent l’accent sur ​​la satisfaction client, plutôt que sur la réduction du temps et des efforts consacrés à résoudre les problèmes, sont plus efficaces sur le long terme », souligne Art Markman. En résumé, une utilisation trop restrictive de ces technologies vestimentaires serait contre-productive.

On ne mesure pas la créativité

En outre, beaucoup de postes importants dans l’entreprise nécessitent un certain degré de créativité. Une aptitude difficile à mesurer. Les idées viennent en effet souvent quand les gens font des choses considérées comme secondaires par rapport à leur travail. Les conversations avec des collègues dans la salle de repos ou autour de la machine à café peuvent conduire à la résolution de problématiques difficiles. « Les personnalités les plus innovatrices sont dans beaucoup de cas celles qui paraissent les moins consciencieuses, ajoute Art Markman. Elles ne donnent pas l’impression de faire leur travail, mais s’intéressent souvent à la résolution de problèmes plus importants ; ce qui peut au final conduire à de grandes avancées ». Faire en sorte que tout le monde travaille sans relâche permet d’augmenter la productivité au quotidien. Mais risque d’étouffer l’innovation sur le long terme.

Se pencher sur les réactions émotionnelles

Cependant, il serait intéressant d’explorer la possibilité de mesurer certains paramètres physiologiques reflétant des réactions émotionnelles. La surveillance de la fréquence cardiaque et les changements de la conductivité de la peau permettraient d’estimer la façon dont un employé est stimulé par son travail. L’observation des muscles du visage illustrerait les émotions ressenties tout au long de la journée. « Même s’il reste certains obstacles techniques à surmonter, il serait utile pour les salariés eux-mêmes d’être en mesure de prendre du recul par rapport aux sentiments positifs ou négatifs qu’ils peuvent ressentir dans une journée de travail », estime Art Markman. Le rôle des managers consisterait alors à les aider à analyser les situations dans lesquelles ils se sentent bien ou mal. Ils pourraient au passage identifier les problèmes au sein d’une équipe et anticiper des situations de crise.

Pour les « wearables », comme pour toute autre technologie, il est de toute façon fondamental de se poser la question des objectifs recherchés. S’agit-il pour l’entreprise de mettre en place un environnement de travail plus harmonieux, de faire en sorte que les personnes travaillent plus vite ou qu’elles soient plus innovantes ? C’est seulement passé cette étape qu’une entreprise pourra se pencher sur la façon dont elle pourra utiliser cette nouvelle génération de dispositifs portables pour recueillir des données pertinentes.

Crédit photo : Brues / Shutterstock