Bouygues Telecom estime que sa présence sur le marché est menacée

Régulations

L’opérateur mobile a envoyé une lettre de doléances à la Commission européenne. Il affirme que sa pérennité est en danger

Le troisième opérateur mobile français se rebiffe. Trop c’est trop. Selon

les Echos, la filiale du géant du bâtiment a envoyé une lettre à la Commission européenne pour se plaindre d’une concurrence qui l’étouffe. Dans ce document, BouyguesTel estime ne pas avoir la taille critique et assure que sa part de marché reste trop faible pour assurer sa pérennité et donc sa présence sur le marché. L’opérateur affirme pâtir, de par sa “petite” taille, d’un moindre pouvoir de marché vis-à-vis des constructeurs et des autres opérateurs, rapporte le quotidien. Se disant victime d’une politique commerciale jugée “agressive” de la part de ses deux concurrents Orange et SFR, il estime avoir pris un retard de trois ans dans le développement de sa part de marché dans l’Hexagone. L’opérateur, qui se fonde sur ce sombre tableau, demande à être, pour sa part, affranchi de toute régulation. Il critique d’ailleurs vertement le travail de l’Arcep jugé “biaisé et contestable”. Les lamentations de BouyguesTel visent donc cet objectif : échapper à l’?il du régulateur afin d’avoir les mains libres pour se battre. Le groupe pousse donc un véritable coup de gueule. Dans les faits, sa position peut se comprendre. Parti quatre ans après Orange et SFR, Bouygues Telecom a essayé de se faire une place avec des innovations marketing qui ont séduit le marché, comme les forfaits. Pour autant, il faut bien reconnaître que ce genre d’idées a été repris par ses concurrents et Bouygues Telecom a peu profité, en termes de parts de marché, de ses initiatives. En clair, il n’a jamais réussi à rattraper son retard. Depuis de longues années, Bouygues Telecom affiche une part d’environ 16%. Une part qui évolue peu. De leur côté, Orange et SFR se partagent les 83% restants. Une situation qui laisse planer le doute sur l’honnêteté des acteurs en présence. Ainsi, les opérateurs mobiles, Orange et SFR en particulier, sont accusés d’entente sur les prix et les parts de marché afin de verrouiller le secteur. De le figer. D’ailleurs, les trois opérateurs ont été condamnés pour ce ‘Yalta des mobiles’. Le Conseil de la concurrence leur a infligé 534 millions d’euros d’amende. Du jamais vu. Dans le détail, Orange, filiale de France Télécom, écope de la sanction la plus lourde avec 256 millions d’euros, suivie de SFR qui devra payer 220 millions d’euros, et de Bouygues Telecom condamné à verser 58 millions d’euros. Ce dernier est relativement épargné. Il faut dire que la ‘main mise’ sur le marché concerne avant tout Orange et SFR. Entente ou pas, elle n’a pas profité à Bouygues Telecom qui n’a jamais réussi à rattraper ses concurrents. Pour l’opérateur, cette situation ressemble donc de plus en plus à une impasse. Constatant que ses efforts pour monter en puissance sont vains, Martin Bouygues, président de la maison mère de l’opérateur, pourrait bien opter pour une solution radicale: la cession. En janvier dernier, plusieurs analystes pariaient sur une prochaine cession de Bouygues Telecom à Telefonica. La spéculation aidant, vu le contexte actuel de ré-investissement des majors des télécoms, Bouygues Telecom pourrait valoir près de 10 milliards d’euros, compte tenu de sa bonne rentabilité, estime-t-on chez Oddo. Mais Bouygues, même s’il estime que sa pérennité est en danger ne peut se passer à court terme de cette activité à forte marge. D’ailleurs, un porte-parole de BouyguesTel souligne ce mercredi que “Bouygues croit en l’avenir de Bouygues Télécom et du marché du mobile et soutient Bouygues Telecom dans sa demande de régulation asymétrique”. Et d’ajouter que le groupe n’a pas de “projet de cession de Bouygues Telecom”. Le groupe a donc lancé une nouvelle série d’initiatives. Nouveaux forfaits illimités (Neo) vers les mobiles des concurrents, et nouvelle offre de haut débit mobile (3G+), prévue pour 2007, constitueront-ils des armes suffisantes pour que Bouygues Telecom passe enfin la barre des 20% de parts de marché ? Ces lancements, qui exigent de lourds investissements, feront-ils figure de tentative de la dernière chance pour Bouygues ? ‘Une part de marché insuffisante pour garantir sa présence sur le marché’

Voici un extrait du document adressé par Bouygues Telecom à la Commission européenne que s’est procuré les Echos: “Bouygues Telecom n’est pas en mesure d’atteindre sa taille critique. Il doit continuer à se battre pour faire progresser sa part de marché, ce qui augmente encore sa fragilité financière et porte directement atteinte à sa rentabilité. Sa part de marché inférieure à 16% est insuffisante pour garantir sa présence à long terme sur le marché. Il risque de voir sa part de marché encore diminuer, ce qui le marginaliserait définitivement. Ses revenus sont insuffisants pour rembourser ses dettes, investir dans les nouvelles technologies pour garantir sa compétitivité technologique et affronter une guerre commerciale totale menée par Orange et SFR. Très rares sont les derniers entrants qui parviendront à un retour sur investissement. Pour les investisseurs concernés, la seule issue pour rentrer dans leurs fonds sera, quand cela est possible, de profiter d’un éventuel rachat par un premier entrant”.


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