Cisco place la Chine au c?ur de sa stratégie. Et Huawei?

En visite à Pékin, pour accompagner l’annonce du projet d’investissement de 32 millions de dollars sur cinq ans dans son centre de recherche de Shanghai, John Chambers, CEO de Cisco, a affirmé que  »

La Chine va devenir le centre du monde des IT« . Cisco, premier équipementier Internet mondial, prend ses quartiers en Chine, tout comme les géants mondiaux de l’informatique et d’Internet, IBM, Microsoft, Motorola, Oracle, SAP ou Yahoo! – sans oublier 3Com, Alcatel, NEC, Siemens… qui l’y ont précédé, pour certains, depuis fort longtemps. Tous attendent et participent à l’explosion du marché chinois qui s’annonce. « La Chine va devenir la plus grande économie du monde« . En implantant un centre de recherche, Cisco est donc prêt. « Maintenant, nous pouvons débattre sur ce qui ne manquera pas d’arriver en 2020 et 2040« . Que Cisco s’implante en Chine, soit, mais John Chambers va plus loin. Avec l’appui du gouvernement chinois, il encourage ses partenaires à faire de même, à investir et à s’installer en Chine. Un discours qui ne manquera pas de satisfaire les hommes politiques américains en pleine campagne électorale! Quand la Chine s’éveillera… tous les géants y sont! Lire nos récents reportages. Le volte-face du leader… face à Huawei. Trop tard?

La prise de position de Cisco Systems n’est pas surprenante. Elle mérite toutefois un petit rappel. Leçon d’opportunisme dans le ‘business’… Il y a quelques mois, l’équipementier américain, champion des routeurs et des commutateurs, avait joué des pieds et des mains pour faire barrage à une alliance entre son concurrent 3Com et le géant chinois Huawei. Tout était bon pour diaboliser son concurrent et la Chine avec! L’argument principal consistait à invoquer la protection des brevets, des secrets nationaux, etc. Et tout le monde d’en déduire à juste titre que l’industrie des routeurs avec ses secrets de fabrique, pas toujours avouables, avait des choses à cacher. Personne, du secteur, n’oublie les pressions faites sur l’Europe, Alcatel y compris, au nom de la sacro-sainte sûreté nationale américaine: l’existence des fameuses « backdoors » sur les routeurs (ces sortes de trappes arrière permettant au constructeur ou aux administrateurs sous-traitants, à distance, d’écouter, au sens de l’espionnage, tout le contenu traversant les équipements…) Au bout de quelques mois de vaines attaques, Cisco avait finalement renoncé à empêcher la mise en route du joint-venture 3Com-Huawei, que nous sommes allés visiter ce mois-ci à Hangzhou, 180 km au sud de… Shanghai. Aujourd’hui, M. John Chambers révèle à grand frais de déclaration que la Chine mérite qu’on s’intéresse à elle… En clair, Cisco tente de rattraper le temps et l’énergie perdus. Au delà des formules de politesse toutes asiatiques -et en fonction de la réalité des montants qui seront investis, il sera intéressant de suivre comment Cisco va effectivement se faire accueillir en cette vaste économie au boom spectaculaire.

Pierre Mangin