CITE DES SITES: Apollinaire à lire, voir, entendre sur Internet

Régulations

Un géant de la poésie, un monstre sacré de la littérature se laisse apprivoiser via Internet. A redécouvrir.

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Au moment où le symbolisme jette ses derniers feux, André Salmon, témoin de la naissance du cubisme, fonde avec Guillaume Apollinaire et Max Jacob les bases d’un nouveau lyrisme » lit-on dans Universalis. Je n’étais pas né quand Apollinaire est mort, j’aurais pu connaître l’immense Max Jacob -qui devrait bien être dans la Pléiade !- mais j’ai rencontré sous l’Occupation André Salmon, qui a laissé une très belle ?uvre d’où se détachent ses Souvenirs sans fin. « Savez-vous, lui dis-je, que les Nouvelles Littéraires doivent reparaître pour devenir l’hebdomadaire officiel des lettres et des arts ?» « Officiel !s’exclama-t-il, le mot est atroce, rapporté aux lettres et aux arts !» Eh bien, cher André Salmon, ce mot honni et effectivement pas du tout en situation est apposé le plus naturellement à un site Internet consacré à votre camarade Guillaume Apollinaire : Bienvenue sur le site officiel Guillaume Apollinaire http://www.wiu.edu/Apollinaire/ « Le site officiel Guillaume Apollinaire a un but essentiellement pédagogique. Il s’adresse aux professeurs de français, à leurs étudiants et aux amateurs de poésie.» Moyennant quoi ce site énumère avec photos à l’appui les femmes, différentes et jamais semblables, qui, partageant sa vie un plus ou moins long instant, inspirèrent ses poèmes. On est heureux de retrouver Maria Dubois : Mareye était très douce étourdie et charmante Moi je l’aimais d’Amour m’aimait-elle qui sait ? Annie Playden, inspiratrice de La Chanson du Mal-Aimé : Et je chantais cette romance En 1903 sans savoir Que mon amour à la semblance Du beau Phénix s’il meurt un soir Le matin voit sa renaissance. Marie Laurencin : Vous y dansiez petite fille Y danserez-vous mère-grand C’est la maclotte qui sautille Toutes les cloches sonneront Quand donc reviendrez-vous Marie Lou(ise de Coligny-Châtillon) : Je pense à toi mon Lou ton c?ur est ma caserne Mes sens sont tes chevaux ton souvenir est ma luzerne Madeleine Pagès : Lune candide vous brillez moins que les hanches De mon amour. Yves (sic) Blanc, marraine de guerre : Votre douceur me suit durant mon aventure Au long de cet an sombre ainsi que fut l’an mil Jacqueline Kolb, la jolie rousse qui fut sa veuve : Vous dont la bouche est faite à l’image de celle de Dieu Bouche qui est l’ordre même C’est un très joli choix que la répartition officielle des inspiratrices d’Apollinaire. Officiel veut dire généralement « qui émane d’une autorité reconnue (gouvernement, administration)» et je ne vois pas en quoi le site que nous citons est officiel. Je préférerais le mot global d’autant qu’on souhaite être complet, notamment en montrant le Paris d’Apollinaire, les lieux retrouvés aujourd’hui qu’il fréquenta et raconta. Le Flâneur des Deux rives parcourut Paris dans tous les sens et fut même conduit à la prison de la Santé Avant d’entrer dans ma cellule Il a fallu me mettre nu Et quelle voix sinistre ulule Guillaume qu’es-tu devenu Au moment où il fut inculpé, http://www.alsapresse.com/jdj/99/01/05/MA/article_3.html nous le raconte : « Le vol de la Joconde « En 1911, un incroyable fait divers s’installe à la Une des journaux : au Louvre, on a volé La Joconde. Le 29 août, rebondissement : un certain Géry-Piéret avoue dans les colonnes de Paris-Journal qu’il a dérobé trois statuettes au musée (qui était alors une véritable passoire). Apprenant la nouvelle, Picasso et Apollinaire sont pris de panique. Géry-Piéret est une vieille connaissance, un aventurier belge qui fut vaguement le secrétaire du poète. En mars 1907, Picasso lui avait justement acheté deux statuettes en provenance… du Louvre. « La troisième de ses statuettes est précisément vendue par Géry-Piéret à Paris-Journal, qui se fait une publicité à bon compte en l’exhibant avant de la restituer. Géry-Piéret affirme, au passage, être l’escamoteur de La Joconde. Apollinaire et Picasso sont terrorisés. Etrangers, ils ont peur d’être expulsés. Ils songent à jeter les statuettes à la Seine, changent d’avis, les portent à Paris-Journal. Ouf ! « Mais la police n’en a pas fini. Elle perquisitionne chez Apollinaire, l’arrête ; elle organise une confrontation avec Picasso, qui affirme ne pas connaître son ami. Le même jour, Géry-Piéret écrit à la justice pour disculper l’emprisonné. Libéré le 12 septembre, Apollinaire ne sera lavé de tout soupçon qu’en janvier 1912. La Joconde sera retrouvée l’année suivante. Elle avait été dérobée par un citoyen italien qui travaillait au Louvre et voulait rendre l’oeuvre à son pays. » Revenons au site précédent pour trouver dans une rubrique intitulée Son et Lumière un bout de film où il apparaît à côté de son copain André Rouveyre et plusieurs poèmes enregistrés par Apollinaire. Je me souviens de les avoir entendus au Musée de la parole et du geste de Roger Dévigne qui m’avait expliqué rue des Bernardins combien les difficultés d’enregistrement étaient grandes à l’époque. D’où la solennité et la redondance avec lesquelles s’exprime Apollinaire? En poursuivant dans ce site sympathique, je crois avoir trouvé pourquoi il se veut officiel. C’est, semble-t-il, parce qu’il s’appuie sur le Musée Apollinaire créé à Stavelot dans les Ardennes belges où le poète était passé en compagnie de se mère et où il a rencontré son inspiratrice Maria Dubois. Expositions et colloques s’y succèdent et l’un d’eux a été gravé : « Nous avons pensé que vous souhaiteriez acquérir un souvenir durable de cet événement, aussi nous vous proposons de commander dès à présent un C.D. consacré à des textes de Guillaume Apollinaire, consacrés à Stavelot, avec une présentation de François Duysinx, les récitants étant des interprètes amateurs, ayant déjà collaboré à des représentations d’?uvres du poète, et un professionnel, en la personne d’Etienne Tombeux, espoir stavelotain du spectacle. » Apollinaire est sans doute le poète le plus célébré, le plus étudié. Le colloque de Stavelot n’est qu’un parmi de nombreux autres. Je le tiens de Jean Burgos, éminent apollinarien qui m’honore de son amitié depuis toujours. À ces colloques, on rencontrait naguère Michel Décaudin, éditeur exemplaire d’Apollinaire, et jadis Marie-Jeanne Durry, auteur de ces trois volumes sur Alcools que j’eus la surprise de voir dans l’humble bibliothèque du centre culturel français d’Amman (Jordanie). Apollinaire est sans nul doute le plus grand poète du XXème siècle naissant. Et il est toujours considéré comme tel. Il est mort à 38 ans, Alain Fournier l’est à 28, Raymond Radiguet à 20? Apollinaire était poète et il mena de front cette existence, la seule qui comptât pour lui, avec des besognes ingrates d’obscur employé de banque d’abord, de rédacteur diplomatique, de traducteur de dépêches – sa fantaisie le poussait à inventer de fausses nouvelles susceptibles de changer la face du monde ? ensuite. Détaché des contingences, il veut laver dans le sang la moindre injure faite à son talent de poète. Il part volontaire à la guerre. En garnison à Nîmes, il se fait photographier dans une pose digne du comique troupier Polin devant un décor d’un bourgeoisisme émouvant. Après quelques mois de guerre, ce troufion réjoui reçoit d’affreuses blessures qui le conduisent à la trépanation puis, la grippe espagnole s’en mêlant, à la mort. Il meurt le 9 novembre 1918 et, au passage de son cercueil, quelques jours après, on entend « Conspuez Guillaume !» – mais il s’agissait de l’empereur de l’Allemagne vaincue? En feuilletant les très nombreux sites où il est question d’Apollinaire, je suis tombé sur http://teamalaide.free.fr/@laide.htm qui propose sans vergogne aux élèves de les aider à faire leurs dissertations, avec comme devise « C’est nous qu’on fait tout. » ! À ce titre, il disserte assez joliment sur plusieurs poèmes d’Apollinaire dont l’immortel Pont Mirabeau. Mais, sans doute pour faire plus naturel, il y a de temps en temps une faute d’orthographe. Lisez, relisez Apollinaire. Vous avez quatre Pléiade pour cela. Si vous êtes pressé, entrouvrez http://membres.lycos.fr/mirra/poeApollinaire.html, il y a là quelques poèmes d’Alcools gentiment présentés. http://www.anthologie.free.fr/anthologie/apollinaire/ me semble plus généreux. C’est le site « Poésie sur la Toile », dont on ne peut que faire l’éloge, qui regroupe la plupart des poètes du XIIème siècle à 1930 . On y retrouve aussi bien Louis Labé que Jules Laforgue, Aloysius Bertrand que Victor Segalen, dans un grand souci de qualité.


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