CITE DES SITES : Colette, «sexuality female dans le monde mâle-dominé»…

Régulations

Sur le Net, à la recherche d’un auteur qui fit scandale en son temps. D’où l’on découvre ou redécouvre les talents cachés d’un écrivain prolixe

C’était il y a cinquante ans, c’était hier. Il y avait foule au Palais-Royal. On y célébrait les obsèques grandioses d’une personne du quartier, madame Colette. Quelque temps auparavant était sorti un film tiré de son ‘

Blé en herbe, avec la splendide Edwige Feuillère et le tout jeune Pierre-Michel Beck qui, reconnu par une foule ‘people’, signait des autographes ! L?église du quartier, Saint-Roch, où est enterré Corneille, est depuis longtemps la paroisse d’adieu des artistes. Hélas ! Le clergé de l’époque jugea que Madame Colette avait peut-être mené une vie trop dissolue et puis, pensez donc, elle avait divorcé deux fois ! Plus lue que George Sand… On célèbre le cinquantenaire de la mort de Colette en même temps que le bicentenaire de la naissance de George Sand, autre ‘écrivaine’, comme on tente de dire bêtement aujourd’hui, mais il est incontestable que Colette est infiniment plus lue et appréciée que la maîtresse de Chopin et Musset. Colette est née à Saint-Sauveur-en-Puisaye, humble village bourguignon qui poursuit son existence en France profonde. Le site de Saint sauveur nous renseigne sur la manifestation du mois, Quasimodo : «Dimanche, à 15 heures, rendez-vous pour le carnaval. Les organisateurs invitent le public à venir grimé. « Départ route de Ouanne, à l’entrée du bourg (…) Au programme, défilé de chars, de cavaliers déguisés et d’un attelage décoré (…). Après la mise au bûcher de l’infâme Monsieur Carnaval, près du musée Colette, bal masqué gratuit?» Le musée Colette n’est pas sa maison natale, qui est trop petite, de guingois, le long d’une pente avec plus de marches d’escalier d’un côté du perron que de l’autre. Le musée est dans le château et il est extrêmement réussi. En particulier d’innombrables photos sont projetées en fondu-enchaîné, ce qui permet de voir vieillir Colette comme on voit pousser un haricot dans le film de Jean Painlevé. Une débauche de documents Une vraie débauche de photos, de manuscrits, d’affiches. Hélas ! il n’y a pas beaucoup de visiteurs. Je pense qu’en revanche, le site Centre-Colette est davantage fréquenté, d’autant qu’il aiguille vers d’autres sites copieux. Ainsi La Poste qui retrace une exposition de 2002 au Musée de la Poste qui avait «pour but de faire découvrir une Colette inédite sur plus d’un demi siècle de correspondances présentées en une cinquantaine de lettres et plus de deux cent cinquante cartes postales. L’écrivain qu’elle est ne peut pas s’empêcher d’écrire lors de ses voyages, délaissant son éternel papier bleu pour les papiers à lettres à en-tête des hôtels qui ponctuent ses séjours. «Au travers de ses correspondances, toutes issues d’une collection privée, le visiteur peut parcourir la vie de Colette, femme aux multiples talents et aux multiples facettes. « Tour à tour, comédienne – plus précisément pantomime à ses débuts, puis journaliste proposant ses chroniques à de nombreux journaux, elle se donne aux joies des conférences qu’elle appellera causeries, une fois la renommée acquise. « Pour autant, elle n’oublie pas le plaisir de voyager, pour se reposer de ses nombreux travaux d’écriture, s’inscrivant dans ce mouvement qu’on allait appeler plus tard le tourisme.» Évoquée aussi, Colette esthéticienne. Sa seule déconvenue sans doute, sur le plan professionnel. Colette avait ouvert une boutique et un institut de beauté au 6 de la rue de Miromesnil. «L’exposition présente les coffrets de beauté de la marque Colette ainsi que les conseils de l’écrivain pour utiliser les crèmes et onguents adéquats. Cette aventure commerciale se soldera par un échec, les clientèles, si elles n’étaient pas vieillies en sortant de l’institut, du moins se retrouvaient-elles grimées comme pour entrer en scène.» Autre aspect moins inattendu : Colette cordon bleu. On a retrouvé sur Colette.org un article paru dans Marie-Claire en 1939 : «Un certain “café au lait de concierge” dont il est question dans “Chéri” a éveillé bien des curiosités que j’ai laissées – c’est le mot – sur leur faim. Une concierge me donna autrefois la recette d’un petit déjeuner propre à chasser le frisson des matins d’hiver. « Ayez une petite soupière – la petite soupière individuelle pour soupe gratinée, ou un gros bol, en porcelaine à feu. Versez-y le café au lait, sucré et dosé à votre goût. Préparez de belles tranches de pain de ménage, le pain anglais ne convient pas – beurrez-les confortablement et posez-les sur le café au lait qui ne doit pas les submerger. Il ne vous reste qu’à mettre le tout au four, d’où vous ne retirerez votre petit déjeuner que bruni, croustillant, crevant ça et là en grosses bulles onctueuses. « Avant de rompre votre cadeau de pain recuit, jetez-y une poussière de sel. Le sel mordant le sucre, le sucre très légèrement salé, encore un grand principe que négligent nombre d’entremets et pâtisserie parisienne, qui s’affadit faute d’une pincée de sel.» Décidément expert en lettres, le site de la Poste parle de Colette voyageuse «Celle qu’on a qualifié de « sédentaire et nomade » aura ainsi deux pays d’adoption: la Bretagne de Missy, la Côte d’Azur de Maurice Goudeket, son dernier mari. Dans la maison que Missy lui a « offerte », à Rozven, Colette en pleine maturité, écrira quelques-uns de ses plus beaux livres et goûtera aux charmes acides de la plus troublante de ses liaisons avec Bertrand de Jouvenel, son beau-fils. Il a dix-sept ans, elle en a plus de cinquante. La littérature portera l’écho de cette attirance pour les jeunes corps et dans “Le Blé en herbe” et dans “Chéri”. Colette interprétera d’ailleurs le rôle de Léa, sur la scène. Saint-Tropez, ce sera l’épanouissement de la vieillesse et le dur apprentissage de la sagesse. «La Treille muscate», sa maison une carte postale, ce qui ne l’enchante guère. Avec la célébrité, les voyages de Colette deviennent mondains : croisière à bord de L’Eros, le yacht d’Henri de Rothschild, inauguration officielle de la première traversée du Normandie. Une fois de plus, lettres et cartes postales ponctuent ses voyages.» Une traduction aléatoire, succulente… Je citerai pour la bonne bouche cette traduction, pleine de saveur dans son automatisme, empruntée à www.kirjasto.sci.fi : «Romancier français, appartenant, à temps, à la génération des auteurs qui inclut Marcel Proust, Paul Valéry, André Gide, et Paul Claudel. La carrière de Colette en tant qu’auteur enjambé de son 20s tôt à son mid-70s[!].Ses thèmes principaux étaient des joies et des douleurs de l’amour et du sexuality de femelle dans le monde mâle-dominé.[!] Tout elle des travaux sont plus ou moins autobiographiques – Colette a intentionnellement brouillé les frontières entre la fiction et le fait dans sa vie. Elle a écrit plus de 50 romans et points des histoires courtes.» Plus sérieusement, http://www.colette.org/ donne des éléments très construits. Ainsi, sur le music-hall : « Que voulez-vous que je fasse? De la couture, de la dactylographie, ou le trottoir? Le Music-hall, c’est le métier de ceux qui n’en ont appris aucun.» Le 6 février 1906, Colette fait ses débuts professionnels dans le mimodrame, au théâtre des Mathurins. Elle est “le Petit Faune dans l’Amour, le Désir et la Chimère.” “Le Théâtre a fait faillite au bout de 15 jours, la pantomime était pourtant jolie“. (“La Retraite sentimentale”) Georges Wague, évoquant ces temps là, parlera de la joie de vivre de Colette lorsqu’elle était au théâtre, dira qu’elle ne se plaignait jamais et que rien n’entamait sa bonne humeur. Colette commence à prendre des cours de pantomime avec le beau, le prestigieux Georges Wague qui a totalement renouvelé l’art du mime. Avec ce jeune homme charmant, déjà célèbre, Colette travaille sérieusement à apprendre un métier qui la passionne et dont elle attend la liberté. Elle va très souvent jouer avec Wague qui sera un ami fidèle et, aussi pendant quelques temps plus qu’un ami. “Je n’ai jamais parue nue, mais j’ai pu paraître très dévêtue; pourquoi aurais-je eu honte? J’étais très bien bâtie et je ne jouais jamais rien qui fût immoral – immoral à mon sens à moi -, pas à celui du public. Je n’avais pas de complexe…“(“Mes Vérités”)» On parle moins de Colette au théâtre car ses pièces sont en réalité des adaptations faites par d’autres auteurs, fût-ce avec sa collaboration. “Chéri” vit le triomphe de Michèle Morgan au Palais-Royal et “Gigi” ? une histoire d’une moralité absolue – celui d’Audrey Hepburn plusieurs saisons à Broadway. Au cinéma, l’oeuvre de Colette inspira beaucoup de films mais je garde une tendresse pour “Claudine à l’école” de Serge de Poligny où débuta, en 1937, Blanchette Brunoy, aux côtés de Max Dearly, Pierre Brasseur et Margo Lion. Quant à la télévision, outre les deux films qui se terminèrent si tragiquement à Vilnius, elle offrit, entre autre, un court-métrage de Yannick Bellon et une série avec Macha Méril. Colette, si diverse, si libre, si contrastée mais, en fait, pas controversée, demeure un des phares de la littérature du XXème siècle.


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