CITE DES SITES: Corsica, un site exemplaire anticonformiste

Régulations

Si la Corse, en 1768, était restée dans l’orbite italienne comme sa soeur jumelle la Sardaigne, elle aurait acquis un développement spécifique. Et ainsi, aurait-elle pu éviter de se heurter au reste de la nation?

Un Italien m’a dit un jour : «

Sais-tu où l’on parle le mieux l’italien en Italie ? Eh bien, c’est en Sardaigne parce qu’on l’apprend aux Sardes à l’école!» Sujet de réflexion plus que de perplexité… La Corse a deux grandes villes, Bastia et Ajaccio, mais pas assez grandes, paraît-il, pout éditer un quotidien et on peut penser que, comme en métropole, Nancy et Metz, Grenoble et Chambéry, Lyon et Saint-Étienne, ces deux villes se regarderaient de travers si l’une d’elles seulement avait un quotidien. Il y eut donc longtemps deux quotidiens ?venus du continent, l’un de Marseille, édité par le Provençal, l’autre de Nice, issu de Nice-Matin. Les deux journaux plus ou moins moko s’associant, il ne paraît désormais qu’un seul quotidien en Corse, qui s’imprime à Nice ? et à ce titre, il bénéficie de la chronique de Philippe Bouvard dans laquelle je viens de lire ce point de vue politique très senti : « Sans oublier la question de confiance à propos de la Turquie : faut-il offrir des sièges à Strasbourg à des gens qui n’ont pas été capables d’en doter leurs propres commodités ?» Les sujets qui révoltent Il ne faut pas compter sur Nice-Matin pour animer un site Internet convenable dédié à La Corse. C’est très dommage. Aussi bien nous nous rabattrons sur un site tout à fait remarquable : www.club-corsica.com/ J’ai découvert une éditorialiste, Isabelle Duquesnoy qui, j’en suis sûr, fera carrière. Son article du mois, Chronique des porcs annoncés, illustré par un très beau portrait de cochon corse, traite de différents sujets qui la révoltent. L’affaire Anquetil puisque l’on sait, désormais, que ce grand Jacques là n’avait pas besoin de dérailleur pour embrayer d’une mère à sa fille puis à sa bru… C’est pas Poupou qui aurait fait ça, lui qui, maintenant, jouit d’une retraite vermeille ! Puis la nouvelle affaire Montand qui, il faut bien le dire, a fait long feu ou n’a pas fait long feu ? ce qui veut dire la même chose ? parce qu’en fait tout le monde imaginait bien que le fringant Montand n’était pas resté de glace devant une belle-fille aussi jolie et qui ressemblait tant à sa mère. «La Corse existe également, ajoute Isabelle Duquesnoy, dans les dossiers de vilaines affaires de famille ; il suffit de connaître une assistante maternelle agréée, pour savoir qu’elle a hébergé sur 5 ans d’exercice au moins 3 enfants ayant subi des attouchements sexuels, provenant d’un parent ou d’un proche de la famille. Le niveau requis pour ce travail laisse rêveur sur l’aide psychologique qu’on apportera à l’enfant. « On n’est pas payé pour être affectueux » m’a-t-elle déclaré, sans compter les insultes et propos dévalorisants que les mioches encaissent. Il faut la voir, d’un vulgaire pathétique, et l’entendre surtout, raconter chez les commerçants son propre viol, celui de son fils, le passé douloureux des enfants que la Dass lui confie et prétendre qu’elle aime les enfants qu’elle héberge, avec privations alimentaires et coups de ceinture. Que deviendront ces enfants-là ? S’ils sont célèbres un jour, ils écriront un bouquin ou des chansons et toucheront des avances colossales. S’ils restent dans l’ombre, ils seront faibles ou dépressifs, alcooliques, violents, abuseurs, qui sait…» Et elle ajoute, décidément en verve : « Ne manquez pas non plus la vie trépidante des co-locataires, enfermés comme des rats de laboratoire dans une bâtisse ; il ne se passe rien, mais la production s’organise pour créer quelque événement bien crade, et la présentatrice sautille sur le plateau pour annoncer : « C’est supeeer ! Ils vont bientôt éliminer leurs zamis ! » – Les animateurs de grosse pointure (entendez par là ceux qui ont un gros audimat et plein de fric grâce à vos appels téléphoniques), ces animateurs tirent à boulet fumant sur Bataille et Fontaine : les deux cons du paf. Pourtant leurs concepts d’émissions marchent bien : on vient raconter sa vie, déclarer son amour ou se réconcilier avec un proche. Gentils et sensibles : voici pourquoi ils sont répertoriés au registre des gros cons et c’est bien dommage. Petite anecdote : un technicien de plateau télé, il y a quelques années, travaillait sur une émission appelée « porte-bonheur ». Vous m’suivez ? L’animateur vedette était adoré des français, on le disait bien élevé, tout ça. Un jour, il devait offrir un tracteur neuf à une paysanne, méritante et humble. La vieille a reçu le cadeau avec sobriété, a dit merci et songeait à retourner au lit, parce que les vaches l’attendaient à l’aube. Eh bien, les techniciens de plateau ont vu l’animateur vedette aller dans les coulisses, hurler après ses assistants en disant : « il faut qu’elle chiale, dites-lui des trucs qui la feront craquer, faites-moi chialer la vieille, débrouillez-vous, il faut des larmes, je veux qu’elle chiale ! » – Alors, salaud l’animateur ? Bah ! Pas plus que ceux d’aujourd’hui. La différence c’est que maintenant le public rampe pour passer dans leurs émissions ordurières. « Si vous détestez votre enfant, contactez-nous, si vous avez violé votre belle-fille, venez nous raconter ça sur le plateau ». Autant manger directement dans le vide-ordure, ça fera moins de vaisselle ! » Sans commentaire… Loin de nous l’idée de nous immiscer dans les problèmes intérieurs de la Corse, mais on citera sans commentaire les dernières dépêches de l’AFP sur la Corse reproduites par Corsica le 6 juin 2004 (je n’ai en rien trié): Le 06/06/04 à 08:29 Une résidence secondaire endommagée par un attentat en Haute-Corse Le 05/06/04 à 11:38 Quatre membres de la Brise de mer aux assises lundi pour un casse genevois Le 04/06/04 à 11:30 Attentat contre une pizzeria: Clandestini Corsi dit lutter contre la drogue Le 04/06/04 à 06:20 Un engin de chantier endommagé par un attentat en Haute-Corse Le 01/06/04 à 20:27 Attentat à l’explosif dans un complexe immobilier en construction en Corse Le 31/05/04 à 09:02 La porte de la mairie de Calvi (Haute-Corse) détruite par un attentat Le 29/05/04 à 16:09 Indipendenza dénonce un “acte barbouzard” après l’attentat contre son local Le 29/05/04 à 08:43 Tentative d’incendie des locaux des nationalistes d’Indipendenza Le 29/05/04 à 08:40 Clandestini Corsi revendiquent deux petits attentats récents Le 29/05/04 à 06:28 Le propriétaire d’un restaurant tué par balles à Ajaccio Du coup Corsica, mensuel, est vraiment quotidien au jour le jour. Illustration d’une belle langue La langue corse n’est pas oubliée et j’ai lu avec délectation ce texte signé Jean-Marie Arrighi : «Piocher, c’est dans une société agricole l’acte qui exprime le mieux le travail en général. On retrouve le mot corse zappa tel quel en italien, où il est attesté dès le XIIIe siècle et présent chez Dante. Il prend un ‘s’ dans certains dialectes, où il semble parfois en rapport avec les animaux à cornes : sappu et ciappu veulent dire bouc ou chèvre dans les Marches. En latin d’ailleurs capreolus signifiait, par la métaphore inverse, une pioche à deux pointes. Le tout vient du latin très tardif sappa, qui aboutit aussi au verbe français saper, tandis que piocher vient de pic avec un suffixe populaire. En latin, le mot est d’origine peu sûre, peut-être illyrienne, plus probablement d’une langue méditerranéenne pré indo européenne. En Corse on peut supposer la même racine pour zappa et sapara, la grotte, employé dans le Sud mais présent en toponymie dans toute l’île. Un mot du même domaine, marra, nous vient, à travers le latin, d’un fonds très ancien, puisqu’il est attesté en sumérien. A vanga, la bêche, est sans doute d’origine germanique mais parfois rattaché à un bas-latin vannicare, vanner. Zappà c’est le travail de la campagne par excellence, étroitement dépendant du temps qu’il fait.» Relire Echyle Je citerai encore Philippe Léotard ? eh oui il est ici parce que sa mère est corse ! ? qui publie régulièrement un bloc-notes : «Dans son livre La Peau, Malaparte (pseudonyme que l’écrivain s’était donné en référence à Bonaparte) cite l’Agamemnon d’Eschyle : « S’ils respectent les temples et les dieux des vaincus, les vainqueurs seront sauvés. ». Phrase profonde qui montre que les Grecs n’avaient pas vraiment besoin de la télévision pour savoir ce qu’ils étaient ni dans quel monde ils vivaient. « Je doute que Donald Rumsfeld, le secrétaire américain à la Défense qui évoquait avec mépris « la vieille Europe », ait pris le temps de lire Eschyle. S’il ne l’a pas fait, il a eu tort. Car si Eschyle ne fut pas l’inventeur du destin tragique des hommes, il fut sans aucun doute le créateur de la tragédie. « À ce titre, il est un peu notre père fondateur. Nous savons qu’il fut également combattant à Marathon et à Salamine, au V° siècle avant Jésus-Christ, et que son ombre plane en quelque sorte à la fois sur les prochains Jeux Olympiques et sur le conflit irakien. Eschyle, notre contemporain le plus moderne…» Faux procès J’aime la Corse où je suis allé souvent ? ah ! l’accueil du cousin juché sur son âne à l’entrée du village, berceau de la famille de madame!- un pays merveilleux, où tout semble facile, où tout est beau. J’aime sa montagne et son petit train. J’aime tout en Corse ou, plutôt, j’aimerai tout en Corse. Et, pour terminer, je ne comprends pas que nos compatriotes corses estiment que les Français du continent ne les apprécient pas. Voici en effet le sondage en cours sur Corsica : -Pensez-vous qu’il existe un racisme anti-corse (livres, médias, opinion publique) ? OUI : 66,19 NON : 26,76 Sans opinion : 4,22


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