CITE DES SITES: Internet à tous les rayons chez Gallimard

Régulations

Beaucoup veulent nous dire que l’édition française se meurt, que l’édition française est morte…

…ou que l’édition, d’activité intellectuelle, est devenue uniquement activité industrielle. Et pourtant voici un éditeur bientôt centenaire qui se porte comme un charme. Un modèle? Tout a commencé par la naissance en 1908 d’une revue littéraire comme il y en avait tant à l’époque, la Nouvelle Revue Française sous l’impulsion d’André Gide, de Jacques Copeau et de quelques autres jeunes hommes. L’un d’entre eux, Paul Claudel, émit l’idée qu’on pourrait peut-être créer aussi une maison d’édition. Quelques mois plus tard, Gaston Gallimard en devenait le seul propriétaire et l’aventure commençait vraiment. Il n’y a pas au monde un éditeur dont le catalogue soit autant varié. Il va de Paul Claudel à la Série Noire, de la Pléiade à Folio et autres séries de poche, de Louis Aragon à Louis-Ferdinand Céline, de Proust et Valéry à Harry Potter, sans oublier l’incontournable, immense et universel Raymond Queneau. Or, Gallimard tient un site Internet digne de lui :

http://www.gallimard.fr/ Presque chaque ouvrage disponible est assorti d’une vidéo de l’auteur, courte mais précise. Le cher Modiano a, certes, à peine le temps de trouver une contenance mais chacun s’exprime avec concision et intelligence. Il y aussi une analyse et des bonnes feuilles, c’est-à-dire un extrait significatif de l’ouvrage. Une rubrique édition originale très éclectique où Gallimard ne figure pas seul. N’y trouve-t-on pas Kipling, Rudyard. Poèmes choisis par T.S. Eliot. Laffont, 1949. Envoi du traducteur à René Julliard. 35 ? ? Autre chapitre très utile, celui du Guide Nicaise des Associations des Amis d’Auteurs, où se trouvent toutes les coordonnées des associations disons sérieuses, comme celles rassemblant les amis de Claudel, Gide, Proust, Jammes, etc. mais figurent aussi Paul Déroulède, Zulma Carraud, qui fut une amie de Balzac, quelques illustres inconnus ? et aussi Antoine Vitez. Et là, si on veut joindre son site, on tombe sur un panneau furibard : « Oh! ben non, c’est pas la bonne adresse! etc. » Et même les photos portraits figurent en bonne place Autre département, celui de la photothèque. 1.723 documents dont une photo d’André Gide, trois photos de Paul Claudel par Roger Parry, dotées d’une cote d’amour**** mais, hélas! oblitérées par un énorme cachet nrf ? et?159 photos de Jean-Paul Sartre. Plusieurs quiz très vivants évaluent aussi bien vos connaissances sur Victor Hugo que sur la littérature contemporaine. L’histoire de la nrf et des éditions Gallimard est racontée, remarquablement illustrée en pdf. Tout est précisé: les problèmes sous l’Occupation comme les démêlés familiaux et les fluctuations dans le capital. Il y est dit qu’entre autre Antoine Gallimard est contre la numérisation à outrance des fonds d’éditeurs. Je suis d’accord avec lui mais je souhaite -et ce ne serait pas de l’outrance ? que Proust soit mis en ligne par Gallimard. Ce qu’il a fait en utilisant la composition de La Recherche dans la Pléiade pour publier une édition type poche, tout à fait remarquable, il doit le faire pour le Net. Et cela n’empêcherait pas le moindre achat de livres, bien au contraire. Gallimard édite de nombreuses collections qui font autorité, en particulier Poésie qui compte de nombreux titres et découvertes où l’illustration est presque plus importante que le texte, sans parler de nombreux guides de voyage. A se demander si un libraire ne pourrait pas se satisfaire, et satisfaire ses acheteurs, en ne proposant que du Gallimard? Un texte très coloré… sur les couvertures Il y a aussi Quarto qui propose des oeuvres avec moins de magnificence que la Pléiade mais qui est d’excellente qualité. À l’occasion de la sortie d’un Jean Tardieu dans Quarto, on a exhumé un texte très coloré d’une revue de 1933 : «La couleur, dans le décor de nos rues, gagne chaque jour du terrain. J’entends la couleur isolée en tons vifs, sinon «purs», et non plus éteinte comme autrefois en quelques sages et tristes combinaisons. Filtrée, arrachée à l’ennui des bruns et des gris sales, elle éclaire de plus en plus les façades des vitrines. Dans tout quartier ainsi rajeuni, la vitrine d’une librairie, si du moins son possesseur a quelques idées de mise en scène, peut devenir l’une des plus gaies de la rue, car les livres, eux aussi ? et nous ne voulons parler ici que des éditions courantes, non des ouvrages de luxe ? offrent aux passants un visage plus divers et plus coloré qu’autrefois.Ce triomphe ? ou ce progrès ? de la couleur dans la décoration des couvertures de livre pourrait être prouvé par mille exemples, empruntés à la France ou à l’étranger. Citons-en un, dès à présent, qui nous paraît des plus typiques : un éditeur milanais, qui publie en ce moment une collection fort éclectique d’auteurs contemporains de tous pays, a eu l’idée de diviser les livres de cette collection, d’après le « genre » littéraire auxquels ils appartiennent, en neuf catégories, et d’adopter pour chacune d’elle une couverture d’une couleur déterminée. Voici comment se répartit cette collection en arc-en-ciel. « Écarlate: les romans d’amour et les romans psychologiques. Jaune : les romans policiers et les romans d’aventure. Vert : les biographies, les romans historiques et les reportages. Bleu outremer : les voyages, les romans exotiques et les ouvrages sur le folklore. Noir : l’histoire, les légendes et les romans hébraïques. Violet : les romans humoristiques, les histoires comiques et satiriques. Ivoire : les classiques du roman, de la poésie. « Viennent ensuite : Rose : les romans pour jeunes filles, les ouvrages pour la jeunesse, les manuels de la vie domestique. Gris perle : les livres-films et les livres-radios. Argent : les anthologies, la critique et la vulgarisation scientifique. » Simenon entre à la Pléiade… Georges Simenon, dont beaucoup d’ouvrages parurent en premier chez Gallimard, vient d’entrer à l’occasion de son centenaiire dans la sacro-sainte Pléiade. Gide, l’un des premiers auteurs qui crurent à Simenon, doit être content lui qui fut, avec son Journal, le premier auteur vivant à figurer dans la Pléiade. Quand Raymond Queneau posa à un certain nombre de personnalités la question: «Quels sont les cent ouvrages que tout honnête homme se devrait d’avoir lus ?», Simenon fit une bien curieuse réponse. De titres, il n’y avait guère dans la liste qu’il fournit, à l’exception des Oraisons funèbres de Bossuet et des Journaux des frères Goncourt, de Jules Renard et d’André Gide. En lieu et place, une liste sans surprise d’une cinquantaine d’auteurs universellement reconnus ; seule concession au pittoresque simenonien : les codes pénal et civil, la Nouvelle géographie et l’Atlas de Vidal de La Blache, le Littré, un plan de Paris et un annuaire téléphonique. Plus insolite, la liste s’ouvrait sur les séries romaine et grecque en « Budé », retenait la collection du « Cabinet cosmopolite » de Stock et, the last but not the least, s’achevait sur la « Bibliothèque de la Pléiade ». De sorte que si, comme le veut la traditionnelle hypothèse, le romancier avait dû un jour se retirer sur une île déserte (un déménagement de plus dans une existence un peu nomade), il lui aurait fallu affréter un volumineux convoi pour faire suivre sa bibliothèque et envisager un approvisionnement régulier pour compléter ses rayonnages. La boucle est bouclée.


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