CITÉ DES SITES : La Dépêche s’est-elle dépêchée ?

Régulations

Retour sur l’affaire de la publication du chantage terroriste d’AZF par la Dépêche du Midi, l’occasion de revenir sur l’histoire et le site web de ce journal ‘régional’ qui n’a rien à envier aux nationaux

Bombe ou pétard mouillé ? On ne le sait pas encore mais les pouvoirs publics prennent les choses au sérieux. « Pour d’évidentes raisons de sécurité, il serait préférable qu’aucune information ne soit rendue publique avant le dénouement de l’affaire», indiquait une “note aux rédactions” à caractère exceptionnel diffusée par le ministère de l’intérieur, mardi 2 mars. Silence radio, et presse écrite et télévision. Mais le lendemain aux aurores : «7h10. Diffusion de la nouvelle du chantage : Des terroristes inconnus, se présentant sous le sigle “AZF“, réclament 5 millions de dollars aux pouvoirs publics en menaçant de poser des bombes dans des trains, selon des sources proches du dossier. Un article est publié dans La Dépêche du Midi, c’est le seul quotidien qui en parle ce matin.» Fallait-il «vendre la mèche» ? Il n’est tout de même pas étonnant que la Dépêche, paraissant à Toulouse, se souvînt que AZF était le sigle du complexe industriel qui explosa dans cette ville l’automne 2001? causant les dégâts que l’on sait. Il y a sûrement un lien dans l’allusion et la Dépéche ne pouvait pas se taire. En fait, mais c’eût été un idéal, les autres médias n’auraient pas dû emboîter le pas à la Dépêche et passez muscade ! Mais tous nos confrères piaffaient d’impatience et se fichaient pas mal que les masses pussent s’inquiéter. Résultat, on attend et il n’a pas un seul voyageur en moins dans les trains. Dans un éditorial, Jean-Michel Baylet s’explique « En révélant l’énorme chantage exercé contre la France par un mystérieux groupe terroriste, nous avons fait métier d’informer. Notre métier.(?) Le ministère de l’Intérieur est sans doute dans son rôle lorsqu’il souhaite garder le silence sur une enquête. Mais c’est une conception étonnante de notre métier que de taire, sur «recommandation » ministérielle, des faits de cette importance, notamment lorsqu’ils ont été vérifiés.(?) . Nous aurions, dit-on, «parasité » l’enquête. Nous aurions, dit-on, fait courir des risques… Mais, si par malheur, un attentat avait eu lieu alors que nous savions, qu’auraient donc pensé nos concitoyens en apprenant que la presse était au courant et n’avait pourtant rien dit des dangers encourus ?» Des rapports entre le pouvoir et la presse De tout temps, sous des régimes démocratiques autant que sous l’autocratie, la presse a fait l’objet de recommandations et très souvent d’injonctions sans aucune mesure avec l’affaire AZF, hâtons-nous de le préciser. En 1939 fut décidée l’interdiction des mots croisés, dans la mesure où dans chaque mot défini pouvait se cacher un message ! Après l’armistice, sous le gouvernement de Vichy, on interdit la rubrique météo. Toute indication sur l’état du ciel, la force des vents, la température au lever du soleil, pouvait devenir de précieuses informations pour les adversaires. Propagande oblige, il y eut toutefois une exception : une pluie torrentielle ayant inondé des jardins ouvriers au bord de l’Allier, le maréchal Pétain était allé les visiter ; les journaux durent annoncer cette manifestation de commisération. Les quotidiens recevaient régulièrement des injonctions à utiliser des notes d’orientation et j’ai déjà raconté comment La Croix savait se tirer de l’embûche. Il y avait tout un langage : il fallait écrire l’ex-général de Gaulle ou, mieux, l’ex-colonel puisqu’il n’avait eu ses deux étoiles qu’à titre provisoire. Alliés sans guillemets entraînait des sanctions ! Les « notes d’orientation» qui fustigeaient le terrorisme (il s’agissait, bien sûr, de la Résistance) et les bombardements anglo-américains, qui justifiaient la relève des prisonniers de guerre par davantage de travailleurs, qui exaltaient aussi dans des termes vagues l’ « union nécessaire » étaient rédigées ? ce n’est pas un secret – par un jeune homme discret, Jacques Laurent-Cély, plus connu après la guerre sous les noms de Cecil Saint-Laurent, auteur de Caroline chérie, et de Jacques Laurent, membre de l’Académie française. Il y a toujours eu des souhaits plutôt péremptoires. Le silence sur Mazarine Pingeot. Le fait que les effets néfastes de Tchernobyl s’arrêtassent exactement aux frontières de la France. Que les sportifs français ne se droguaient pas. Que sais-je encore ! Revenons à la Dépêche du Midi Un grand quotidien qui succéda après la Libération à la Dépêche de Toulouse interdite pour avoir paru sous l’occupation, comme Ouest-France suppléant Ouest-Éclair, Le Dauphiné Libéré remplaçant le Petit Dauphinois, etc. Des quotidiens parisiens eurent moins de chance : il n’y a plus aucune trace du Journal, du Matin, du Petit Journal ? et même de Paris-soir ! La Dépêche avait pourtant payé un lourd tribut. Son leader, Maurice Sarraut, avait été assassiné et Albert Sarraut, ancien Président du Conseil, déporté ainsi que Jean Baylet, père de l’actuel directeur. http://www.ladepeche.com/, c’est le site de la Dépêche, très bien fait, très ouvert ou, plutôt, entrouvert parce qu’on doit s’inscrire pour ne pouvoir consulter librement que les articles des quatre derniers jours. Le site est dense et accueille les nouvelles de toute la zone – vaste – de diffusion du journal. C’est ainsi que j’ai appris que Gaillac, une ville de bons vins, envisage de débaptiser sa place Thiers. Thiers était certes un grand républicain, mais il fut aussi l’exterminateur des communards. Le syndrome Richepanse gagne la province. La place serait désormais dédiée au Griffoul, fontaine qui ne cessa de couler pendant le siège du XVIème siècle, sauvant ainsi la vie des Gaillaquois ! On a aussi un courrier des lecteurs qui a une particularité : l’adresse internet des intervenants est indiquée et on peut donc leur répondre. Souvent dans les sites des journaux de province ou de l’étranger, je trouve des textes auxquels la presse nationale ne fait aucune allusion. Ainsi elle n’a jamais parlé de cette maladie nouvelle : « Après la maladie de la vache folle et la tremblante du mouton, il y a maintenant la maladie du «cheval fou » qui touche principalement trois régions : Midi-Pyrénées, Rhône-Alpes et Vendée. Cette maladie, non transmissible à l’homme, affirment les autorités vétérinaires, se traduit par un dysfonctionnement des membres inférieurs du cheval qui ne contrôle plus ses mouvements. On dit que l’animal souffre du syndrome du « harper », comme s’il voulait jouer de la harpe avec ses pattes arrière. La consommation d’une variété de pissenlit, la porcelle enracinée, dont l’appellation scientifique est hypochoeris radicata, paraît à l’origine de la maladie. Le «harper » existait à l’état endémique depuis plusieurs années, avec un ou deux cas par an. Mais le nombre de chevaux souffrant de cette pathologie a brusquement augmenté durant l’été et l’automne 1993. « Nous pensons qu’il s’agit d’une intoxication végétale due à la consommation de porcelle. Cela entraîne des troubles neurologiques périphériques. Mais les études épidémiologiques sont en cours et il reste à isoler la toxine à l’origine de la maladie pour donner une réponse définitive», répond, avec prudence, le Dr Nathalie Priymenko, de l’École nationale vétérinaire de Toulouse. La sécheresse de l’été dernier pourrait être l’une des raisons de la multiplication des cas de harper. La maladie ne touche en effet que des chevaux qui se nourrissent dans les prés, quelle que soit leur race. La sécheresse a éliminé la nourriture habituelle des chevaux tandis que ce pissenlit toxique aurait mieux résisté. « En tout cas, c’est dans les pâtures où ces plantes sont présentes que des chevaux ont été contaminés, observe le Dr Jean-Pierre Dumas, vétérinaire à Cintegabelle et spécialiste des équidés.» Mais il n’est pas seulement question de ruralité dans La Dépêche. En bonus coquin, je vous propose un article de Dominique Delpiroux que j’ai beaucoup apprécié… Ci après. Louis FOURNIER

Quand le porno chic s’affiche

«

« La jeune fille est penchée sur la vache. Elle fait gicler le lait du pis sur son visage. Les gouttelettes blanches parsèment ses joues, ses lèvres… la «fermière» est élégante, l’allusion pas vraiment. « Autre affiche ? D’un côté, un mouton. De l’autre, une fille entièrement nue, à quatre pattes. La légende : «Je voudrais un pull » « Moi, je la trouve plutôt rigolote, cette pub, assure son créateur. La jeune fille est dans le rôle du loup ! » « Autre modèle de délicatesse ? Cette fois, le mannequin est vêtu d’une petite robe charmante. Elle est penchée sur un toutou, langue pendante, le museau recouvert du masque de cuir façon X hard… On a du mal à dire que la gamine a du chien… « Érotisme ? Porno chic ? Soft sado maso ? Zoophilie esthétisante ? Cradologie cryptée ? « Sophie Maisel et Yann Moine ont enquêté sur ces pubs provoc’ qui fleurissent tant sur les murs que dans les magazines féminins. On sait depuis que la réclame existe qu’un derrière rebondi captera l’attention du consommateur. Mais une naïade en tenue d’Ève pour vendre un motoculteur, cela pousse désormais à la rigolade. « Aussi la mode s’est insinuée dans un étroit créneau. Celui du libertinage chic, surfant sur la vague de l’érotisme branché : échangisme, clubs SM, bestialité. « Le reportage nous présente une galerie de portraits. Des créateurs hilares, qui font joujou avec les fesses d’un modèle callipyge et une marionnette de Spock en attendant que des publicitaires s’extasient. Des industriels qui se frottent les mains : le patron de Sloggy a vu ses ventes multipliées par trois depuis le scandale de sa pub où les modèles frottaient leurs strings sur des barres de strip-tease. Et enfin un consommateur tantôt choqué, tantôt indifférent. »


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