CITÉ DES SITES : La Libération de Paris et les trois unités

La Comédie-Française est formelle : «

La règle des trois unités d’action, de temps et de lieu, exige que la tragédie classique soit conçue autour d’une seule action principale, qui se déroule en vingt quatre heures, et en un lieu unique.» Eh bien la Libération de Paris applique pratiquement cette règle ; elle n’est pas strictement une tragédie mais, comme Le Cid, une tragi-comédie. La seule action principale consiste en ce que Paris soit essentiellement libéré par la France, son armée et sa résistance. Il y eut un jour crucial, celui qui marque le plus, le 25 août qui, coïncidence, est la fête d’un des rois de France les plus populaires, Saint Louis. Et puis le lieu, c’est Paris, le grand Paris, expression héritée de Gross Paris imaginé par l’occupant allemand. On s’apprête à fêter dignement le 60ème anniversaire de la Libération de Paris . Empruntons à Michèle Lagny, historienne pour qui le cinéma n’a pas de secrets, ces site Web de l’INA (Libération de Paris – discours du Général de Gaulle). La guerre n’était pas finie (elle se terminerait en Europe le 8 mai 1945), une partie de la France était toujours occupée, des centaines de milliers de déportés et de prisonniers étaient encore détenus mais la Libération de Paris signifiait la fin de la domination allemande, l’extinction d’un régime honni, un nouveau pouvoir français qui aurait du mal à s’imposer, le retour à la presse libre. Et Vichy dans tout ça ? Vichy redevenait une simple sous-préfecture, sa seule promotion. Il se « libérait » sans encombre. Quelques suspects étaient parqués au Concours hippique. Une cour de justice siégeant sur des sièges marqués de la francisque, insigne du régime de Pétain, jugeait des troisièmes couteaux qui, parfois, étaient condamnés à mort et fusillés alors que, quelques mois plus tard, ils auraient été condamnés à l’indignité nationale. Les fonctionnaires titulaires regagnaient Paris sans encombre. Les contractuels touchaient des indemnités de licenciement. Et Vichy souhaitait qu’on ne lui parle plus jamais de capitale provisoire ? À Paris, les organes de la collaboration cédaient la place à des dizaines de journaux, issus beaucoup de la Résistance. La plupart ne survécurent pas – les feuilles mortes se ramassaient à la pelle ! – mais témoignèrent. « Défense de la France » était déjà France Soir qu’il allait devenir, en publiant une nouvelle « à sensation » signé Raymond Vanker : «J’ai rencontré Mr Hitler place de l’Opéra C’est un major de la police américaine. It’s not a gag ! comme disent nos amis américains. Vous l’avez peut-être croisé, sans le savoir, sur les Grands Boulevards. Et nous ne parlons pas de photo ni de ces effigies plus ou moins grotesques du « bel Adolf » que la foule vengeresse promena dans la capitale avant de les jeter aux poubelles. Monsieur Hitler m’a parlé ou, plus exactement, il m’a adressé quelques mots au G.Q.G américain de Paris. Mais par contre il s’est refusé à toute interview. « -Adressez-vous à vos confrères américains, m’a-t-il dit, ils sauront vous renseigner; ils ont suffisamment raconté d’histoires à mon sujet. « Il faut vous dire que ce monsieur Hitler est un personnage doublement connu de l’armée américaine. Il n’est autre que le major adjoint du commandant de la MP, la military police. « Et c’est un homme particulièrement occupé. Aussi, si parmi nos lectrices se trouve une bonne sténo-dactylo français-anglais (ou plutôt américain), elle pourrait lui rendre le meilleur service. C’est lui-même qui nous l’a demandé. Ce serait un bon patron que le major Paul Hitler. Il n’a rien d’épileptique comme son triste homonyme. C’est un gros et fort homme, d’une cinquantaine d’années, un peu chauve et rasé, calme et très jovial. Il n’a qu’un défaut pour une secrétaire : il ne parle pas un traître mot de français et son accent nasal, très accentué, est difficilement compréhensible pour qui n’a pas vécu auprès des hommes d’affaires de Wall Street. « Rien d’un militariste non plus. Et pourtant, il y a trente-deux ans qu’il sert dans l’armée. Pendant quinze ans, avant cette guerre, il fut sergent-major. « Aussi, je présume qu’il a un profond mépris pour celui qui, somme toute, ne parvint jamais plus loin qu’au grade de caporal.» À ce témoignage badin j’opposerai la face XX des disques qu’édita Pierre Schaeffer «Dix ans d’essais radiophoniques du Studio au Club d’Essai». Ils ont été réédités depuis en CD mais, hélas ! cette face XX n’est nulle part sur Internet. Il est encore temps : je demande à Radio-France ou à l’INA, ou aux deux, puisque ça leur est possible, d’insérer ces plages dans leur site à l’occasion du 60ème anniversaire de leur enregistrement. On retrouve les micros ouverts à la Libération de Paris, les cloches qui sonnent à l’instigation de cette radio plus balbutiante, le lien avec les Etats-Unis. La radio sans moyens devenait grande. Se libérait. Louis FOURNIER Sources: http://www.ina.fr/fresque/zap_vdo1.fr.html http://www.forumdesimages.net/collection/htm/ETUDE/LIBERATION http://mapage.noos.fr/liberation_de_paris © Gilles Primout