CITE DES SITES : L’Alsace singulière et plurielle

Régulations

Détour au pays frontière entre France et Allemagne -terre d’Europe entre toutes…

L’Alsace est à la fois un pays singulier et un pays pluriel.

Singulier pour avoir été à deux reprises, en 1870 et en 1940, ravie à la France, de la façon la plus absolue : en 1870 on interdit de parler français et les Alsaciens usèrent de leur dialecte certes germanique mais comportant quelques mots français. Par exemple on ne dit pas ‘guten tag‘ mais ‘bonjour‘. Il y a d’autres exemples. Le plus singulier, je l’ai relevé dans les années 50 à Colmar où un édicule était balisé ‘pissoir‘, mot qui ne figure dans aucun dictionnaire sauf, s’il existe, dans le dictionnaire alsacien. Je préciserai que depuis le mot a disparu de l’édicule ? et l’édicule a suivi. Dans les Contes du lundi, Alphonse Daudet a écrit “La dernière classe“, un chef-d’oeuvre où l’on assiste à l’ultime leçon de français dans un village alsacien désormais condamné à la vraie langue allemande. “La dernière classe” figure dans de nombreux sites. Je retiendrai celui des Éditions Gentleman-Cambrioleur, collection de textes français gérée par Jeffrey Graf à Indiana University, Blooming : «Tout de même il eut le courage de nous faire la classe jusqu’au bout. Après l’écriture, nous eûmes la leçon d’histoire; ensuite les petits chantèrent tous ensemble le BA BE BI BO BU. Là-bas au fond de la salle, le vieux Hauser avait mis ses lunettes, et, tenant son abécédaire à deux mains, il épelait les lettres avec eux. On voyait qu’il s’appliquait lui aussi ; sa voix tremblait d’émotion, et c’était si drôle de l’entendre, que nous avions envie de rire et de pleurer. Ah! je m’en souviendrai de cette dernière classe… Tout à coup l’horloge de l’église sonna midi, puis l’Angelus. Au même moment, les trompettes des Prussiens qui revenaient de l’exercice éclatèrent sous nos fenêtres… M. Hamel se leva, tout pâle, dans sa chaire. Jamais il ne m’avait paru si grand. «Mes amis, dit-il, mes amis, je… je…» Mais quelque chose l’étouffait. Il ne pouvait pas achever sa phrase. Alors il se tourna vers le tableau, prit un morceau de craie, et, en appuyant de toutes ses forces, il écrivit aussi gros qu’il put: «VIVE LA FRANCE!» Puis il resta là, la tête appuyée au mur, et, sans parler, avec sa main il nous faisait signe : «C’est fini… allez-vous-en.» Et nous sommes revenus d’abord en 1918, ensuite en 1944. Sous l’Occupation, l’Alsace et sa soeur la Moselle furent encore plus germanisées. Tous les habitants dont les noms n’avaient pas un consonance teutonne furent expulsés en France où, il faut quand même le dire, ils ne furent pas toujours bien accueillis : ils avaient un accent ! La faculté de Strasbourg se replia à Clermont-Ferrand qui eut ainsi une Université qu’il a conservée. L’Alsace-Moselle est toujours sous le Concordat signé par Bonaparte et les églises ne sont donc pas séparées de l’État, les prêtres sont rémunérés comme des fonctionnaires. Lorsque les trois départements annexés réintégrèrent la communauté française, Paris leur laissa le bénéfice des lois allemandes qui leur étaient plus favorables. Ainsi les notaires sont nommés et leur charge n’est pas vénale comme dans le reste de la France que les Alsaciens appelle l’Intérieur sans la moindre ironie. La région Alsace est aussi seule parmi toutes les autres, exception faite de la Corse qui a un statut particulier, à avoir voté à droite? Singulier mais aussi pluriel. Il y a les grandes villes : Strasbourg qui pourrait être davantage la capitale de l’Europe, qui accueille maintenant à part entière l’ENA ; Colmar, avec le prodigieux musée des Unterlinden ; Mulhouse qui eut l’idée géniale d’appeler sous l’annexion Adolf Hitlerstrasse sa rue la plus célèbre, la rue du Sauvage. Et puis il y a la campagne, généreuse avec ses vignes, ses villages où des Allemands sont heureux de s’installer en devenant propriétaires de maisons à colombage, son mont Saint-Odile, ses Trois-Épis où il fait bon respirer et se restaurer. J’ai réveillonné un 31 décembre aux Trois-Épis mais il n’y avait plus de place dans les hôtels et je dus me replier à Turckeim, toute petite ville où l’on se croirait en Autriche au temps de Mozart. À huit heures du matin le 1er janvier, nous fûmes réveillés par une sirène. Ce n’était pas une catastrophe mais une tradition ! Grand quotidien de Strasbourg, les Dernières Nouvelles d’Alsace ont un site – http://www.dna.fr/dna/ – très sympathique qui, dès l’abord, nous apprend qu’existe un système permettant d’entendre et aussi de lire en très gros caractères dès le jour de leur parution, les journaux suivants : Le Monde, Le Figaro, L’Express, L’Equipe, Le Parisien, Libération, l’Est Républicain, les Dernières Nouvelles d’Alsace, Lire, etc. Il y a le témoignage d’un usager, Gilbert Montagné : « Je veux tout simplement exprimer tout le plaisir que j’ai chaque jour, et ceci grâce à vous et toute votre équipe, de lire “seul” la presse que vous avez si intelligemment su mettre à la disposition des handicapés visuels. Vous méritez tout le succès qui vous entoure. Continuez à élargir la liste des publications, au même titre que je continuerai à vous soutenir avec grand plaisir ? » info@akompas.com est le contact. Ce n’est pas pour rien que Strasbourg a été choisi à la tête de l’Europe. La coopération entre la France et l’Allemagne y est intense. Témoin cet article trouvé dans les archives (gratuites) du site : «Strasbourg – Kehl: la carte du festival « Dans le Bade-Wurtemberg, depuis 1980, la tradition des expositions horticoles ou Landesgartenschauen a conquis un large public épris d’architecture paysagère et d’événements festifs. En 2002, ils furent ainsi près de 950 000 à visiter les « champs de rêve » présentés pendant six mois à Ostfildern. Le festival des deux rives qui s’ouvrira dans huit jours à Strasbourg et à Kehl sur les berges du Rhin, réaménagées en « Jardin des deux rives » avec son emblématique passerelle à haubans, vient s’ajouter pour les Badois à la liste des Landesgartenschauen dont il constituera la 2e édition et la première déclinaison transfrontalière. Pour le public de la rive gauche du Rhin, en revanche, l’événement aura la saveur d’une grande première. A moins d’avoir déjà fait un crochet par Chaumont-sur-Loire, près de Blois, où se tient depuis treize ans le festival international des jardins, l’un des rares rendez-vous hexagonaux du même type. » J’ai glané aussi un texte relatif à la résurrection des boules de Noël en verre : « Logés dans une ancienne friche industrielle du pays de Bitche, des artisans verriers, amoureux de leur art, sont devenus les passeurs de relais de savoir-faire ancestraux : pour les fêtes, ils soufflent des boules de Noël selon une tradition qui remonte au 19ème siècle. « La mécanisation et l’hégémonie du plastique ont scellé le sort des boules en verre. Jusqu’en 1964, le village de Goetzenbruck, à deux kilomètres de Meisenthal, peut pourtant se targuer d’être une des capitales de ces décorations de Noël (en particulier avec ses fameuses boules argentées) dont la production atteint encore les 200 000 unités dans les années 50. Ce n’est que six ans après son ouverture que le Centre international d’art verrier de Meisenthal a relancé la fabrication de boules. «Il ne s’agissait pas d’un coup de pub pour notre établissement, mais une réponse à une demande exprimée par la population locale», assure Yann Grienenberger. «Cette année là, se rappelle le directeur du CIAV, nous n’avons pourtant vendu que 35 pièces, alors que l’atelier en avait produit 2 000…(…) L’engouement du public ne se fera toutefois pas attendre. Dès l’année suivante, le centre réussissait à en placer un bon millier : le pari était gagné. Et les boules de Noël de Meisenthal devenaient du même coup le symbole de la réhabilitation du travail des verriers des Vosges du nord. (?) « Un partenariat avec l’industrie verrière, des designer, des artistes ou des étudiants des beaux-arts lui permet aussi d’être associé à la création contemporaine, «par exemple pour la réalisation d’objets prototypes». Des créateurs comme l’Italien Enzo Mari ont déjà accepté de jouer le jeu : natif du Sundgau mais entièrement acquis à la cause, Yann Grienenberger, 32 ans, y voit légitimement le renouveau d’une volonté d’innover illustrée en son temps par Emile Gallé, « qui a collaboré pendant 27 ans avec l’usine de Meisenthal, berceau du verre art nouveau». Refuser le kitch et redonner ses lettres de noblesses à la création passe au Centre international d’art verrier par une transmission organisée des savoir-faire, mais aussi par une collecte minutieuse de techniques et de secrets de fabrication parfois oubliés. » Des milliers d’Alsaciens furent contraints de servir en 40-45 dans l’armée allemande. On les appelle les « malgré-nous » L’un de ceux-ci, qui était devenu, bien après la guerre, gardien à la délégation de la culture à Strasbourg, arborait la croix de guerre française . « J’ai été décoré de la croix de fer, je croyais que c’était la même chose?» donna-t-il comme excuse à son directeur qui savait qu’il avait été un malgré-nous. C’est dans lexpress.com que j’ai trouvé, par hasard, un article de Lionel Feuersein sur les? « malgré-elles » dont on connaît mal le cheminement douloureux : « En Alsace et en Moselle, des milliers de femmes furent contraintes de travailler pour le Reich. Plus effacées que les hommes, elles n’avaient jamais été indemnisées. Il en est enfin question. « Il pleuvait des cordes, ce 2 mai 1942. Malgré ses 76 ans, Florentine Thomas se le rappelle encore parfaitement: «Nous étions rassemblées dans la cour du camp pour jurer fidélité au drapeau et au Führer. Au cours de la cérémonie, la cheftaine a épinglé sur notre col la broche du RAD, Reicharbeitsdienst (le service du travail d’Etat), représentant deux épis de blé croisés surmontés de la croix gammée.» Cinquante-sept ans plus tard, le souvenir est gravé à jamais dans la mémoire de l’Alsacienne. «Ça a été très dur, surtout quand on a le coeur français.» A sa table, ses deux amies strasbourgeoises acquiescent. Elles ont vécu la même cérémonie: «On ne pouvait pas se révolter, les Allemands menaçaient de déporter nos familles en guise de représailles», ajoute Ruth Padé, 73 ans. « Qui a entendu parler d’elles? Qui se souvient de ces femmes d’Alsace et de Moselle qui, pour 10 pfennigs par jour – soit l’équivalent actuel de 2 ou 3 francs – étaient envoyées en Allemagne pour remplacer les hommes aux champs, à l’usine, dans les administrations, mais aussi dans la défense antiaérienne? Personne, ou presque. Leur histoire a longtemps été oubliée. C’était l’époque où Hitler, annexant l’Alsace et la Moselle, exigeait que ces «Allemands de l’extérieur» contribuent à l’effort de guerre du Reich. La France a surtout retenu la tragédie des hommes, des «malgré-nous» – 130 000 Alsaciens et Mosellans incorporés de force dans la Wehrmacht – dont 30 000 trouvèrent la mort, pour beaucoup sur le front russe. Le drame des femmes du RAD, travailleuses forcées du Reich, moins sanglant et pourtant tout aussi réel, avait été jusque ici occulté. Un documentaire, diffusé il y a quelques mois sur France 3, Les Malgré-Elles, de Nina Barbier, revient sur leur histoire. «En fouillant dans les affaires de famille, j’ai trouvé par hasard une vieille photo de ma mère en uniforme, devant un drapeau nazi», raconte la cinéaste. Sa propre mère! Une Alsacienne portant des insignes nazis! Nina Barbier interroge, cherche, tire les fils de l’histoire et part à la rencontre des «malgré-elles». Elle découvre ces femmes oubliées et jamais indemnisées. «Elles ont toutes été corvéables à merci pendant la guerre, il est juste qu’elles soient enfin reconnues», insiste la réalisatrice. «Ce n’est pas forcément l’avis de tous: les hommes des associations de «malgré-nous», qui ont, eux, vécu les combats, s’y opposent fermement. Quand l’Allemagne verse, en 1981, 260 millions de marks de dédommagement pour les incorporés de force d’Alsace et de Moselle, ils refusent que les femmes en bénéficient. «Ils ne voulaient tout simplement pas partager. C’est bête et mesquin», s’insurge Florentine Thomas. Les débats entre hommes et femmes sont chaque fois d’une extrême violence: «Certains nous ont même dit que nous servions de matelas à l’armée allemande!» s’emporte Marguerite Clausen, à 75 ans passés.(?) « La vieille querelle est cependant en passe de trouver une issue juridique et financière. «Elles n’ont pas vécu la même chose que les hommes. Toutefois, l’heure n’est plus à la dispute, tempère Pierre Geistel, ancien “malgré-nous”, gravement blessé sur le front russe. Il est normal qu’elles touchent aussi quelque chose.» Si tout semble donc s’apaiser dans les esprits et sur le papier, le règlement financier définitif risque de tarder: le ministère doit encore trouver la ligne budgétaire. Elles devraient alors recevoir de 3 000 à 4 000 francs d’indemnités. La somme est modeste, mais, pour ces «malgré-elles», a le symbole d’une reconnaissance qu’elles attendaient depuis un demi-siècle.»


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