CITE DES SITES : Le français qu’on ne parle pas aux USA

Régulations

A la veille des élections américaines, le Web nous rappelle que l’histoire américaine c’est aussi un peu de l’histoire de la France, et du français, le romantisme en plus

Nous étions à Washington, invités par La flûte Traversière de Salvatore Faulisi, dans un des plus grands hôtels du monde, le Hilton Tower, plus de mille chambres, et une salle de concert de plus de 2.000 places. Ayant une question à poser, nous nous adressons au ?

desk? composé de plusieurs personnes. Aucune ne comprenait le français mais l’une d’elles eut l’idée de faire appel à une serveuse d’origine marocaine qui parlait parfaitement la langue de Lyautey – et nous fûmes sauvés ! Une même aventure nous arriva dans un restaurant près de Broadway : nous ne saurons jamais ce que nous avons mangé car, là, il n’y avait pas de serveuse marocaine – mais nous sûmes ce que nous avons bu, du vin français, bouteille et étiquette d’origine, en français dans le texte. Nous voici à la veille de l’élection présidentielle aux États-Unis et, comme la France n’a pas voulu compter parmi la ?coalition? qui s’est attaquée à l’Irak, il semblerait qu’on nous en voulût outre-Atlantique. Un des candidats a une propriété en Bretagne, parle très bien français, est cousin de Brice Lalonde et est catholique par surcroît. Voilà bien des handicaps ! Nous saurons le 2 novembre s’il a pu, comme une majorité du monde le souhaite, les franchir. Toujours est-il que la langue française est dans une position délicate aux États-Unis – à l’heure où l’on débat en France de rendre l’anglais obligatoire en CE2… Et pourtant? Et pourtant si le Premier Consul Napoléon Bonaparte n’avait pas eu un pressant besoin d’argent en 1803, un état de l’actuelle confédération ferait partie de la France, la Louisiane. Que s’est-il passé ? « Le 9 avril 1682, Robert Cavelier de La Salle (1643-1687) arrive en vue du golfe du Mexique et prend possession, au nom de Louis XIV, du territoire situé entre le Mississippi et les montagnes Rocheuses, baptisé Louisiane en l’honneur du roi de France. Cette fondation est l’aboutissement d’un processus qui a vu les Français chercher, depuis le milieu du siècle précédent, un passage vers l’ouest : explorant les Grands Lacs dans ce but, Jean Nicolet, un compagnon de Samuel de Champlain, est le premier Européen à atteindre, en 1634, le lac Michigan. Il entend alors parler d’un grand fleuve qui se jetterait dans ce qu’il pense être le Pacifique : il s’agit en fait du Mississippi. « En 1673, Louis Joliet et le jésuite Jacques Marquette décident de suivre le cours du fleuve. Arrivés aux confluents du Missouri puis de l’Ohio, à 650 kilomètres du golfe du Mexique, ils découvrent des Indiens possédant des armes à feu. Craignant alors de rencontrer des Espagnols, les Français repartent d’où ils étaient venus. Ce n’est que neuf ans plus tard que l’exploration du Mississippi est menée à son terme. « En 1763, la France cédera la Louisiane à l’Espagne, mais la récupérera quarante ans plus tard. Napoléon décide en 1803 de la vendre aux Américains pour 15 millions de dollars.» ( Nopoléon.org Je pense qu’il s’agit là d’une erreur gigantesque : imagine-t-on l’importance qu’aurait pu avoir un territoire de culture et de peuplement français aux côtés des États-Unis. Cela aurait été autre chose que St-Pierre et Miquelon. Et c’est précisément Miquelon.net qui nous renseigne sur la presse de langue française, autrefois en Louisiane : « La première publication française dans le sud fut Le Courrier de la Nouvelle-Orléans, qui parut de 1785 à 1786. Le premier véritable journal louisianais fut, cependant, Le Moniteur de la Louisiane, fondé le 3 mars 1794 par un imprimeur réfugié de Saint-Domingue, Louis Duclot. Celui-ci, en 1796, s’adjoignit comme rédacteur en chef un émigré royaliste, Jean-Baptiste Lesur-Fontaine, qui, pendant toute la Révolution, resta légitimiste, professant une vive méfiance pour la République et Monsieur de Bonaparte. II garda ses distances sous l’Empire ; mais c’est alors que celui-ci s’effondrait, en 1814, et que Fontaine allait recueillir le prix de sa fidélité, qu’il dut… fermer, après vingt années d’existence. « Dans cette période troublée, et dans les vingt premières années du XIXe siècle, «les journaux français poussèrent en Louisiane comme des champignons et moururent comme des mouches ». Ils portaient parfois des noms pittoresques : La Lanterne magique (1798), La Trompette (1811), L’Ami des Lois (1809). Plus sérieux fut L’Union qui, comme son titre l’indique, fut créé en 1803 après la cession par la France de la Louisiane aux États-Unis, pour réaliser l’entente entre les anciennes populations françaises et les Américains nouveaux venus.» « Dans les paroisses louisianaises, bien des efforts furent tentés pendant le XIXe siècle pour faire vivre des journaux français. Les trois premiers furent La Gazette de Bâton Rouge, fondée en 1819, Le Courrier de Natchitoches et La Gazette des Opelousas, qui tous deux remontent à 1824. Une centaine de ces publications furent éphémères, mais onze durèrent plus de 25 ans: Le Pionnier de I ‘Assomption à Napoléonville, Le Meschacebé à Saint Jean-Baptiste, Le Méridional à Abbeville, Le Whig à Saint-Landry, La Gazette de Bâton-Rouge, La Sentinelle de Thibodaux, L’Observateur de Plaquemines, L’Avant-Coureur de Saint Charles, L’Etoile d’lbérie, L’lmpartial de Layette et le Courrier du Tèche. » Un autre site nous apprend que «La population de la Louisiane est composée à 67,3 % de Blancs, 30,8 % de Noirs et de deux minorités particulières: les Créoles, issus des premiers colons français et espagnols, et les Cadiens – prononcé cadjin (anglais: Cajuns) – des francophones descendant des Acadiens expulsés du Canada (dont la Nouvelle-Écosse) par les Britanniques en 1755. Même si les Cadiens parlent encore français (environ 8 %), on estime que 92% des Louisianais parlent l’anglais comme langue maternelle. Selon le recensement de 1990, à peu près 250 000 Louisianais ont répondu que le français était la langue principale parlée à la maison, soit 6,5 %. « Les Cadiens (Cajuns) d’aujourd’hui sont les descendants des Acadiens de la Nouvelle-France. À leur arrivée en Louisiane, les Acadiens ne furent pas bien acceptés par les riches Créoles qui les considéraient comme des pauvres habitant dans les bayous.» Il existe à New York un périodique, ?édition internationale du Figaro publiée en Amérique?, France Amérique qui propose une newsletter : «Pour vous abonnez (sic) à notre Newsletter hebdomadaire, merci de bien vouloir remplir le formulaire ci-dessous: » – Je me précipite mais, hélas ! cette lettre est réservée aux habitants des U.S.A ! J’ai trouvé dans France-Amérique un document extrêmement intéressant, la liste des films en langue française programmés par les télévisions américaines au cours du mois de juillet 2004 : Alice et Martin. 1998. André Téchiné ; Blanc d’ébène. 1991. Cheick Doukouré ; Camille Claudel. 1988. Bruno Nuytten ; Didier. 1997. Alain Chabat ; Essaida. 1996. Mohamed Zran ; Eloge de l’amour. 2001. Jean-Luc Godard ; Le battement d’ailes du papillon. 2000. Laurent Firode ; A la folie pas du tout 2002. Laetitia Colombani ; Décalage horaire). 2002. Danièle Thompson ; La Dame aux petits chiens. 1959. Iossif Kheifitz ; La Haine. 1995. Mathieu Kassovitz ; Léo en jouant « Dans la compagnie des hommes ». 2004. Arnaud Desplechin ; Lumumba. 2000. Raoul Peck Madame Bovary. 1991. Claude Chabrol ; Merci pour le chocolat. 2000. Claude Chabrol ; Manèges. 1949. Yves Allegret ; Moderato Cantabile. 1960. Peter Brook ; Ne réveillez pas un flic qui dort. 1988. José Pinheiro; Nha Fala. 2002. Flora Gomes ; Paris selon Moussa. 2002. Cheik Doukouré ; Tandem. 1986. Patrice Leconte ; Quai des brumes. 1938. Marcel Carné ; Yves Saint Laurent : 5, Avenue Marceau, 75116 Paris. 2002. David Teboul et, bien entendu, Amelie. 2001. Jean-Pierre Jeunet. Les Américains ont raccourci le titre Le fabuleux destin d’Amélie Poulain mais ils ont démesurément élargi son audience. Amelie est le meilleur ambassadeur de la France aux États-Unis. Quoi qu’il en soit, cette liste, certes beaucoup moins longue que celle des films américains proposés par les chaînes en France, est très diverse, très représentative du meilleur cinéma français. Un de mes amis, qui habite la Californie, m’a signalé un site qui lui semblait français : simplyromantique.com . C’est le mot romantique en français qui a attiré son attention. Le dessein de ce site est ambitieux : «En partageant l’art romantique nous aidons des couples à accroître leur amour pendant beaucoup d’années. Ceci, ainsi que notre propre passion personnelle, nous permet de garantir que vous découvrirez la période magique et romantique. Vous réveillerez votre sens de l’amour. « Simplement Romantique vous aidera à célébrer toutes vos occasions spéciales : Anniversaires, jour de la saint Valentin, propositions de mariage, anniversaires ou célébrations d’amour de toute sorte. Vous indiquerez votre amour dans les configurations étonnantes. Pour un lever de soleil ou un coucher du soleil, pour un petit déjeuner ou un dîner, devant l’océan ou une cheminée, pour un soir ou un week-end, Simplement Romantique rendra ces moments inoubliables. « “La vie est une fleur. L’amour en est le miel.” (Victor Hugo)» Et la responsable du site, une ravissante jeune femme, se met en scène et révèle tout devoir «à la femme la plus belle, la plus merveilleuse, étonnamment romantique que je connais – ma grand-mère, Marie-Lucile Guerner qu’on appelle “Lucky“. Le temps que nous avons passé ensemble a rempli mon coeur et m’a fait la personne que je suis aujourd’hui… extrêmement romantique, passionnée, inquiète d’aimer et de donner. Je suis né et ai été élevée à Paris, France, la ville la plus romantique au monde. J’ai vécu dans la beauté d’une vie “parisienne” jusqu’en 1996 où je me suis déplacé à San Diego.» Ainsi est né le succès d’Alice qui organise au petit soin des événements pour couples où tout est prévu – et tout est merveilleux. Je ne sais pas si la formule pourrait s’étendre à la France où les couples partagent peut-être davantage qu’aux États-Unis. Mais je suis persuadé que le succès sourit à Simply Romantique parce que son animatrice vient de France. Et que la France, quoi qu’on dise, est irremplaçable aux États-Unis. Louis FOURNIER


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