CITE DES SITES : Marcel Pagnol vedette (aussi) d’Internet

Régulations

Marcel Pagnol croyait dans le cinéma parlant, et a donné au cinéma français ses lettres de noblesse en nous faisant partager la vie de personnages inoubliables. Le Net lui rend hommage, et n’oublie pas Orane Demasis

Marcel Pagnol est un prodigieux créateur de personnages. Pour ne parler que de ceux issus de sa seule imagination alors qu’il a aussi beaucoup étoffé les héros nés de récits de Jean Giono, voire d’Émile Zola. César, bistro du Vieux Port, gueulard et c?ur d’or ; son fils, Marius, éperdu de l’inconnu des mers du sud ; Fanny, petite écailleuse qui se donne par amour et qui, ensuite, se rend à la raison du mariage de même nom ; Panisse, brave négociant qui accueille celle qui ne sera jamais une fille-mère parce qu’il attend d’avoir un fils pour lui succéder ; Escartefigue, capitaine du ferriboite, cocu mais ne voulant pas que ça se sache ; Monsieur Brun, Lyonnais, péremptoire mais si heureux de se faire duper. Combien d’autres encore dans la seule trilogie Marius-Fanny-César. Et je sais que je ne parle pas dans le désert, les principaux films de Marcel Pagnol étant reprojetés à la télévision tous les trois ou quatre ans, devant des millions de nouveaux ou anciens téléspectateurs. Je voudrais aussi retenir Merlusse, vieux pion moche et présumé sale, qui devient une nuit le « Père Noël » d’élèves délaissés ; Topaze, instituteur devenu au contact de prévaricateurs le plus performant d’entre eux dans une pièce où tout, hélas ! est resté vrai, même la valse des pissotières ; et surtout le Schpountz, villageois illuminé, fou de cinéma qui finira par être une grande vedette. Mais, il faut bien le dire, le personnage qu’a le plus réussi Marcel Pagnol, c’est Pagnol Marcel ! Imaginez le fils d’un humble instituteur qui passe les concours et devient, après avoir créé des revues littéraires, professeur d’anglais au lycée Condorcet, à Paris. C’est déjà bien, très bien. Il n’en reste pas là. Sur le conseil de sa compagne, Orane Demazis, qui devait plus tard lui donner un fils, Jean-Pierre, il écrit des pièces. Les premières ont un succès mitigé mais, ensuite, Topaze et Marius obtiennent un triomphe qui conduisent leur auteur à démissionner de l’Instruction publique au grand étonnement de son père. Et puis il apprend que le cinéma parlant existe. Il va l’entendre à Londres : «

Pierre Blanchar entra, et vint s’asseoir à ma table. En dépliant sa serviette, il dit : – J’arrive de Londres, où j’ai vu quelque chose d’admirable et d’extraordinaire : un film parlant – Tu as vu un film tout entier ? – Oui, un film d’une heure et demie. Les comédiens parlent comme toi et moi, l’illusion est parfaite, c’est hallucinant. Il faut que tu ailles voir ça. Le titre c’est Broadway Melody, et le film passe au Palladium à Londres. « Le lendemain, à deux heures, j’étais installé au premier rang du balcon d’un immense théâtre, et j’écoutais parler l’image de Mademoiselle Bessie Love. Sa voix enregistrée n’était pas déplaisante ; mais quand elle sanglotait, on pensait à un petit chien aboyant dans un tonneau. Pourtant, cette représentation fut pour moi un évènement très important. J’allai revoir le film le soir même, puis encore deux fois le lendemain, et je rentrai, la tête échauffée de théorie et de projets. Le cinéma parlant, après quelques perfectionnements techniques, allait être le nouveau moyen d’expression de l’art dramatique. » (http://www.marcel-pagnol.com/fr/oeuvre/essayiste_6.htm) Il décrète à ce moment-là que le théâtre est mort, que le cinéma l’a remplacé. Marcel Pagnol commence une carrière d’auteur de film en tournant, avec le concours de l’« étranger» Alexandre Korda, Marius, en 1931. Un film qui n’a pas vieilli le moins du monde. Pourquoi continuerait-il à tourner pour les autres ? Il crée sa propre maison, réalise quatre admirables adaptations de Jean Giono : Angèle, Regain, Joffroy et la Femme du Boulanger. Pour la musique de Regain, au lieu de prendre Vincent Scotto, il emmène le Suisse protestant Arthur Honegger jouer à la pétanque au village qu’il a acheté et où il tourne dans les ruines qu’il a construites. Il continue une carrière exemplaire ; il entre même à l’Académie française et filme sa réception. François Mauriac a tracé de lui, dans son Bloc-notes, un portrait amical : «Pagnol, le seul à ne pas avoir de socle. Il semble s’être glissé dans cette antichambre de l’éternité en passant par la fenêtre, le seul qui sente l’air du dehors». Un beau jour, il imagine d’écrire ses Mémoires – la Gloire de mon Père, le Château de ma Mère, le Temps des secrets – et il crée une maison d’éditions qui, ainsi, a tout de suite de gigantesques succès à son catalogue. Je pourrais continuer de raconter cette suite de miracles suscités par le génie et aussi le savoir-faire de Marcel Pagnol. Je n’oublierai pas qu’il fut très fier d’être nommé consul honoraire du Portugal à Monaco, fier surtout du bicorne ! Extrait de ww.humanite.presse.fr/ : « C’est au 16 cours Barthélemy, à Aubagne, que le petit Marcel Pagnol pousse ses premiers cris le 28 février 1895. Aujourd’hui, l’adresse se visite et tout a été fait pour que cet appartement fin 19ème siècle rende aux touristes l’ambiance et le climat de cette maison familiale. Car Marcel Pagnol est un atout extraordinaire pour Aubagne, et aujourd’hui son territoire, qu’il a fait connaître dans le monde entier à travers ses oeuvres cinématographiques et littéraires. “La salle à manger, la chambre attendrissante avec le berceau, la cuisine où Augustine s’affairait avec bonheur pour la petite famille. Ses premiers bâtons, ébauche enfantine de ses oeuvres futures, il les a tracés sur la table de la salle à manger pendant que Joseph corrigeait les copies de ses élèves et qu’Augustine cousait les vêtements de ses hommes sous la lumière dorée de l’abat-jour de la belle suspension. Par-delà les années, ces pièces sont habitées par leur présence qui est presque palpable et ils nous accueillent doucement aujourd’hui “, écrivait Jacqueline Pagnol le 14 juin 2003, lors de l’inauguration de la maison natale de son mari. « Car le souvenir du grand auteur populaire est partout présent. “Le petit monde de Marcel Pagnol” est l’attraction préférée des visiteurs avec 100 000 tickets annuels. Les collines alentour permettent ensuite de partir sur les traces d’Angèle, de Naïs ou de la Belle Meunière. L’office du tourisme met en effet en place des visites guidées et commentées des lieux de tournage de films qui sont devenus des classiques du patrimoine français. “J’ai lu, relu et lis encore les oeuvres de Marcel Pagnol jusqu’à satiété“, raconte Edmond Mattone, retraité qui assure la fonction de guide sur les sentiers du Garlaban. “Je me suis fait une pelote d’anecdotes que je déroule pour les visiteurs au gré de mes pensées et des chemins. » Je ne sais plus qui a dit que les Mémoires de Marcel Pagnol étaient pleins de dictées. L’école lui en est reconnaissante. Des centaines d’écoles, dont beaucoup de maternelles (l’une est à Cannes, rue Maurice Chevalier, autre gloire du 20ème siècle), portent le nom de Marcel Pagnol, des dizaines de collèges et, paradoxalement, très très peu de lycées alors qu’il avait été lui-même professeur de lycée. Fanny, Angèle, Arsule de Regain, sans parler de la « vedette » du Schpountz, c’est Orane Demazis, qui a, je l’ai dit, poussé Pagnol vers le théâtre. Elle fut l’incarnation exacte de ces trois premiers personnages qui ne demandent pas des filles éclatantes, ripolinées à souhait. Orane Demazis sut les identifier parfaitement ; surtout Angèle autant victime de la tyrannie d’un père que de l’indélicatesse d’un séducteur, et Arsule, esclave devenant génératrice de la résurrection d’un village. La fin des héroïnes créées par Orane Demazis est toujours le bonheur, l’idéal. Elle est née il y a tout juste cent ans. Un site vient de s’ouvrir à son nom, http://orane.demazis.free.fr/ et il parle longuement d’Orane avant Marcel. « Orane Demazis est née à Oran, dans une famille alsacienne émigrée en Algérie après la défaite de 1870. Elle a inventé son pseudonyme en utilisant le nom de sa ville natale et celui de Mazis, une localité des environs d’Oran. » On peut lire ses premières critiques, notamment celle signée Pierre Brisson. Celui qui devait ressusciter le Figaro en 1944 écrivait dans le Temps du 10 juillet 1922 : « Mlle Orane Demazis s’est fait remarquer par ses rares qualités d’émotion et par sa puissance pathétique. Elle a traduit les affres de la jeune fille abandonnée, sa terreur, son désespoir, son amertume, sa fureur vindicative, et finalement sa faiblesse égarée, avec une force, une sincérité et surtout une simplicité tout à fait émouvantes. Certains de ses cris semblaient vraiment jaillis du fond de l’être.» Autre citation, de Comédia celle-ci, relative à une pièce jouée chez Charles Dullin, à l’Atelier : « Orane Demazis, pauvre petit “bouchon” déshérité mais rayonnant de fiévreuse passion, frémissant d’une fureur endiablée, réalise une Mariquita aussi pitoyable qu’exaltée. On lui a fait un légitime succès.» J’ai connu Orane Demazis pendant la guerre. Elle regrettait qu’on lui proposât des rôles de mère de grands jeunes gens alors qu’elle avait 35 ans parce que, dans César, elle était la mère d’un polytechnicien. Image people : « Pierre Fresnay avait une barbe tellement dure que je lui avais demandé de se raser juste avant d’entrer en scène » Je l’ai revue au théâtre des Variétés quand elle a créé, en 1946, précisément César, pièce que Pagnol écrivit après le film et où elle était la seule « survivante » des créateurs des personnages. Le chanteur Alibert remplaçait Pierre Fresnay et Vilbert Raimu. Je lui ai demandé si ça ne lui faisait rien de ne plus jouer avec ses anciens camarades. Elle me répondit par un regard qui en disait long ! Et c’est précisément là que le bât blesse : les principaux films de Marcel Pagnol sont tellement réussis et tellement diffusés que plusieurs générations les connaissent, donc les apprécient. Et les « remakes » tant au théâtre qu’à la télévision les laissent froids. Ainsi la Trilogie marseillaise menée, précisément aux Variétes, par Jean-Pierre Darras et le feuilleton animé par Roger Hanin n’ont pas laissé d’impérissables souvenirs. Marcel Pagnol avait donc raison quand il affirmait la pérennité du cinéma parlant. Paradoxalement, l’adaptation à la scène du film La femme du Boulanger avec Michel Galabru a remporté un jolie succès, dû aussi à la plastique de Valérie Mairesse. De la même façon une reprise de Topaze pourrait être salutaire : le film tourné par Louis Gasnier avec Louis Jouvet, Edwige Feuillère et Jacqueline Delubac en dactylo saoule, n’a pas été beaucoup vu, d’autant que Pagnol a voulu le remplacer par une bande avec Arnaudy puis, après la guerre, une production avec Fernandel qui n’était pas tout à fait le personnage. Il y a donc de la place pour un nouveau Topaze au théâtre ou à la télévision, d’autant que le phénomène posé est plus que jamais d’actualité Vous vous souvenez du 4ème tiers qu’imagine César pour faire un savant mélange. L’idée vient d’être reprise, dédiée à Pagnol, dans http://www.demey.org/coktails/?recette=Quatre_tiers.txt : « Il vous faut : – Rhum blanc – jus d’orange, d’ananas et pamplemousse – sirop de grenadine Dans le shaker : – de la glace pilée puis – 1/3 de Rhum – 1/3 de jus d’ananas – 1/3 de jus de pamplemousse – 1/3 de jus d’orange puis – 1 TRAIT de sirop de grenadine (faites des petits 1/3 pour que cela tienne dans le shaker) Secouer (frapper fort si vous préférez) et voila !» C’est aussi ainsi que se perpétue le souvenir d’une oeuvre et de son auteur.


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