CITE DES SITES : quand Vauban comptabilisait truies et cochons…

Régulations

On célébrera en 2007, avec, espérons-le, un faste exceptionnel, le tricentenaire de la mort d’une des plus éminentes personnalités du siècle de Louis XIV: le maréchal de Vauban, fin connaisseur ès ‘cochonnerie’

Vauban est surtout connu pour les innombrables fortifications qu’il a édifiées aux quatre coins de la France. On sait moins qu’il eut d’autres activités louables. Il a écrit «

Mes Oisivetés, ou Pensées d’un homme qui n’avait pas grand-chose à faire » (sic) dans lequel ouvrage il propose des solutions aux misères dont souffre le peuple. Et il s’attaque aux inégalités fiscales en préconisant, déjà, bien avant Joseph Caillaux, un impôt proportionnel au revenu ? en même temps que l’abandon des privilèges du Clergé et de la Noblesse. Louis XIV, déjà mécontent que Vauban lui ait reproché l’abrogation aux conséquences désastreuses de l’Édit de Nantes, condamne le livre et Vauban en meurt de chagrin.

Vauban a écrit un autre traité : « La Cochonnerie » : malgré les apparences, ce traité est on ne peut plus sérieux !, comme le montre son sous-titre : “calcul estimatif pour connaître jusqu’où peut aller la fécondité d’une truie pendant 10 années de temps“. Son raisonnement de départ se veut simple, proposant de trouver des solutions concrètes pour lutter contre la famine d’alors et notamment grâce au cochon. La truie étant connue pour sa fertilité, Vauban tente donc d’évaluer la capacité de reproduction d’un seul animal sur 10 ans… les résultats sont impressionnants, puisqu’il arrive au chiffre de 6 434 338 cochons, “défalcation faite des maladies, des accidents et de la part des loups pour 1/15ème” !

J’ai trouvé cette référence dans http://www.assocdusauc.com/saucisson/saucisson.htm qui poursuit : «En Égypte, dès le second millénaire, la viande de porc est réputée impure et son élevage, à l’exception des porcs sacrifiés, a pratiquement disparu alors que le Grec ou le Romain aiment le porc et en mangent. « Dans les religions, la dualité n’existe pas, il est soit honni, par le judaïsme et l’islam, alors que chez les chrétiens, il est souvent le compagnon des saints. Saint Antoine est même le patron des charcutiers. « Le porc est probablement l’animal dont le contenu symbolique est le plus riche. Déjà dans l’Antiquité il y avait un bon et un mauvais porc. La goinfrerie du mauvais porc, sa voracité, sa capacité à se nourrir de déchets, son caractère omnivore lui a valu sa mauvaise réputation. Il est présenté souvent, la gueule ouverte, c’est un animal diabolique, qui participe à la mythologie de l’enfer ! Le bon porc est symbolisé par la femelle, la truie est synonyme de fécondité, d’abondance, elle est la mère nourricière, généreuse, féconde. »

On lit quand même dans Victor Hugo : «Au milieu de toutes ces bêtes se traîne (…) une énorme truie (…) Il faut être un fier cochon pour faire la cour à une pareille créature.»

Le mot cochon est toujours péjoratif : tête de cochon, temps de cochon, etc. jusqu’au vers d’un certain Monselet : «Tout homme a dans son coeur un cochon qui sommeille. »

Et on arrive à se demander pourquoi le mot cochon est aussi synonyme de libidineux. J’ai trouvé dans le prodigieux dictionnaire http://atilf.inalf.fr/ ce passage de Barbusse «Gestes, yeux cochons; histoires cochonnes ; c’est cochon! Les Journaux à femme, les chics petits journaux cochons.» Baudelaire parle de peintre cochons, on programme sur le câble des films cochons, etc. alors que jamais on ne met porc, pourtant synonyme, à la même sauce !

Maintenant qu’on élève en France les cochons comme on élève les poulets aux États-Unis, au grand dommage de la nappe phréatique souillée par leurs déjections, on a du mal à penser qu’autrefois le cochon faisait partie de la famille, se nourrissant de tout et de n’importe quoi, qu’il transformait en une viande parfaite. Et quand on tuait le cochon, c’était la fête !

http://antanlontan.chez.tiscali.fr/cochon.htm évoque ce passé pas tellement lointain : «Pour tuer un cochon, les propriétaires de la bête faisaient appel aux parents, voisins/voisines car c’est une tâche qui demande des hommes forts dans un premier temps et des mains expertes pour les diverses préparations. Plus il y avait de monde et plus vite ce travail était achevé, et ce, dans la joie et la bonne humeur. « Le jour J, dès le début de la matinée, on allait chercher le cochon dans son parc. Il ne se laissait pas attraper facilement : il se débattait en poussant de grands cris traduisant une certaine angoisse comme s’il pressentait ce qui l’attendait. « Sur une solide table dressée pour l’occasion, on couchait la bête. On lui liait les pattes et plusieurs hommes maintenaient fortement le cochon qui se démenait. D’un coup de couteau bien aiguisé, on lui crevait la gorge. Le sang jaillissait, recueilli aussitôt dans un seau. «(…) ? on le lavait à grande eau pour enlever la terre et les souillures. Commençait alors le grattage : pour retirer tous les poils de la bête, on versait de l’eau très chaude et on grattait aussitôt la partie ébouillantée à l’aide d’un couteau. Une fois cette opération achevée, le cochon apparaissait tout blanc. Pour parfaire ce travail et donner une petite couleur à la couenne, on faisait “griller superficiellement” la bête en le retournant sur un feu de feuillages. «(…) Inutile de préciser que toutes ces opérations se faisaient dans une ambiance de fête où la bouteille de rhum ne connaissait aucun répit et où chacun, allègrement, donnait la blague.»

Et il y avait ensuite la mise au saloir car la réfrigération n’existait pas encore.

Les «défenseurs » du cochon sont nombreux et fervents. Ainsi http://membres.lycos.fr/museecochon/cochon-demystifier.html qui écrit : «C’est avec une grande injustice que l’on a donné au cochon une réputation d’animal sale et stupide. Après les primates et le dauphin, le cochon est l’un des mammifères les plus intelligents au monde. Il est tout à fait capable de s’attacher à l’homme de façon très affectueuse et fidèle tel un chien. Ce qui en fait un très bon compagnon. « Le cochon a une capacité olfactive exceptionnelle, ce qui en fait un chercheur de truffes hors pair (Il s’agit d’un champignon rare qui pousse en France essentiellement dans la Provence 80% et le Périgord 20%. Il est très prisé pour son goût, et aussi très cher). Le porc sait découvrir ce champignon jusqu’à six mètres de profondeur sous terre sans difficulté. En Angleterre, au début du siècle, on a même quelquefois utilisé le cochon à la chasse à la place des chiens à cause de son extraordinaire odorat. « Le cochon est une aide précieuse pour la médecine d’aujourd’hui, depuis les transplantations cardiaques jusqu’aux greffes de la peau pour les grands brûlés. En raison de leurs similitudes biochimiques avec l’être humain, l’industrie pharmaceutique exploite leurs glandes pituitaires, leurs hormones thyroïdiennes, leur insuline ou leur héparine.(?) »

Le site http://www.cartedefrance.tm.fr/ nous apprend que le nom Cochon arrive au 3082ème rang dans les patronymes et qu’il est né 1737 Cochon au 20ème siècle. J’imagine que quelques Cochon ont changé de nom, comme cet évêque de Beauvais qui avait substitué AU à un O de son nom? Mais Claudel ne fut pas dupe. Dans sa Jeanne d’Arc au bûcher, il l’appelle Porcus : «Ego nominor Porcus. Je m’appelle Cochon ! Moi. Moi. Je suis, je suis le Cochon.»


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