CITE DES SITES: retour au Ba-BA, et tout sera sauvé

Régulations

Tout? Peut-être… Dictée, récitation… L’apprentissage scolaire connaît de nouveaux courants qui puisent leur inspiration dans les méthodes du temps jadis, sans remonter à Jules Ferry…

Je passe mes journées sur Internet. Le champ est immense et inépuisable. Tout, bien sûr, n’est pas à relever mais, parfois, au détour d’un site, on tombe sur des documents qui laissent perplexe, quelles que soient la qualité et la science de leurs auteurs. Voici, transcrit de

ce site des extraits d’un texte de Julie Coquart « Lire, écrire, compter? des exploits méconnus « Lire, écrire, compter sont des activités conçues comme quasi-automatiques par les adultes. Mais comment le jeune enfant les apprend-il ? Quels sont les problèmes qu’il va rencontrer et comment les résout-il ?« La première étape de l’apprentissage de la lecture est appelée logographique ou pré-alphabétique. Le jeune enfant reconnaît un mot grâce à des indices visuels. Ainsi, s’il « lit » le mot Coca-Cola, c’est qu’il a reconnu les couleurs du logo, la forme globale des lettres? Si on lui présente un autre mot, présentant les mêmes indices, à l’instar du générique de l’émission télévisée Culture Pub, il « lira » encore Coca-Cola. Cependant, l’enfant va peu à peu se familiariser avec la forme des lettres. Intervient ensuite la phase alphabétique. Le jeune enfant prend progressivement conscience de la correspondance entre les sons de la langue, les phonèmes et leur transcription graphique, les graphèmes. Pour cette étape, il doit apprendre à segmenter les mots en unités. Ainsi le mot « cinéma » se décompose en trois syllabes « ci », « né » et « ma » mais aussi en six phonèmes /s/, /i/, /n/, /é/, /m/, /a/. L’apprentissage en parallèle de l’écriture et de la lecture renforce l’acquisition de cette correspondance. « Dans cette optique, les expériences menées par Édouard Gentaz, chercheur du Laboratoire « Cognition et développement » à l’Université René Descartes, prennent toute leur importance. Reconnaître la forme d’un « a » relève du domaine visuel, alors que traiter le son associé relève de l’auditif. Établir la correspondance entre les deux n’est pas si facile. « Notre idée est de faire intervenir une troisième modalité sensorielle : le toucher », expose le chercheur. Les élèves en grande section de maternelle sont invités à suivre avec leur index le contour de la lettre afin de bien identifier sa forme. Des exercices destinés à développer la conscience phonologique sont par ailleurs mis en place : frapper trois fois des mains pour les trois syllabes de « cinéma », par exemple. Après cet entraînement visuo-haptique (qui concerne à la fois la vision et le toucher) étalé sur plusieurs semaines, les enfants lisent deux fois plus de pseudo-mots que ceux ayant suivi l’entraînement classique dans lequel ils apprennent à identifier la forme de la lettre seulement par la vision. Les pseudo-mots sont des suites de lettres qui ne composent pas un mot appartenant au lexique de la langue étudiée, mais y ressemblent : « ti », « ita », « ari ». « Les enfants ne peuvent lire ces pseudo-mots que s’ils ont compris le principe de la représentation des sons par les lettres » explique Édouard Gentaz. « Comme le souligne la linguiste Liliane Sprenger-Charolles, du Laboratoire d’études sur l’acquisition et la pathologie du langage rattaché à l’Université René Descartes, au tout début de l’apprentissage de la lecture, les enfants s’appuient essentiellement sur cette procédure de « décodage ». Pour preuve : ils lisent aussi bien les mots réguliers que les pseudo-mots alors qu’ils ont des difficultés importantes avec les mots irréguliers, qu’ils « régularisent » : tel le « sept » qu’ils vont lire comme dans « septembre ». (?) « Il n’en va pas de même pour la maîtrise de l’orthographe, l’écriture, qui demandent du temps, surtout en français. En cause, la très forte asymétrie des correspondances graphème-phonème par rapport aux correspondances phonème-graphème dans notre langue. Ainsi, tandis que « eau », « au », « o » ne peuvent se lire que /o/, il faut connaître la norme orthographique pour écrire correctement « domino ». Comment choisir le bon graphème ? Face à cette situation, le contexte environnant peut donner des indications. Ainsi un « n » devient généralement un « m » lorsqu’il est placé devant « m », « b » ou « p ». De plus, l’enfant va progressivement mémoriser les mots qu’il rencontre et se former un lexique. Pour Michel Fayol, professeur en psychologie cognitive au Laboratoire de Psychologie sociale et cognitive de Clermont-Ferrand, la mémorisation des mots est avérée par trois effets. D’abord, on lit plus lentement des pseudo-mots. « Ensuite, nous reconnaissons plus rapidement les mots fréquemment rencontrés. Enfin, l’écriture de nouveaux mots se fait souvent par analogie avec ceux que l’on connaît déjà, présents dans notre lexique. Mais une autre difficulté vient corser notre accès à la maîtrise de l’orthographe. En français, les pluriels des noms, verbes ou adjectifs sont muets ! « L’enfant doit apprendre à faire les accords sans indice phonologique », précise ainsi Michel Fayol. «L’enfant va d’abord apprendre à accorder les mots par des règles. Un nom au pluriel prend un « s », un verbe prend « ent ». Des exercices permettent l’application de ces règles. Puis le fonctionnement devient procédure. « Encore faut-il être suffisamment concentré pour appliquer la procédure. Des expériences menées par Michel Fayol ont montré que des enfants peuvent connaître les règles mais ne pas les appliquer. Ces erreurs d’omission surviennent parce qu’ils sont distraits par une autre tâche : l’effort d’écriture par exemple. Mais ils sont tout à fait capables d’énoncer les règles, voire de repérer les erreurs sur la copie de leurs voisins ! (?) « En plus de la lecture et de l’écriture, les élèves de primaire sont confrontés aux manipulations des chiffres. À cet âge, en général, ils savent déjà compter. Mais additionner et multiplier, c’est une autre paire de manches. Pour effectuer une addition, les enfants ont besoin d’un support physique : prendre deux billes, en ajouter trois, puis dénombrer l’ensemble. Les doigts remplacent ensuite les billes. Enfin, l’enfant compte mentalement. Plus tard, il ira directement chercher dans sa mémoire les résultats acquis par expérience. Il évolue vers cette dernière stratégie car elle à la fois plus rapide et moins coûteuse en attention que celle de comptage. « Pour la multiplication, c’est aussi la récupération en mémoire qui semble utilisée. D’autant plus que c’est la méthode privilégiée par l’enseignement : « Récite-moi la table de 8 ». La récupération est attestée par la fréquence des types d’erreurs. 3×8 égale 32 est une erreur plus fréquemment rencontrée que 3×8=23. (?) Comme le souligne Michel Fayol : quand l’enfant répond 3×8=32 ou 3+4=12, il n’a pas tout faux, il a simplement mal sélectionné la réponse. Mais allez dire ça au professeur ! » Ce que je vais dire, moi, au(x) professeur(s), c’est qu’ils nous la baillent belle en théorisant, en schématisant, en décomposant des actes aussi sacrés qu’élémentaires : lire, écrire, compter qui nous permettent de ne pas être des animaux ou des plantes. Je voudrais seulement raconter comment, en des temps assez anciens, j’ai « appris » tout cela. Ma mère attendait ma soeur et son petit garçon de cinq ans, déjà turbulent, l’occupait beaucoup. Un jour elle me dit ; «Tu vas aller à l’école maternelle» «Est-ce qu’on m’apprendra à lire ?» «Mais bien sûr !», me mentit ma mère. Je fus à l’école maternelle, un seul matin, car, dans la mesure où l’on ne m’avait pas appris à lire et que j’avais joué aux cubes comme chez moi, je préférais jouer aux cubes chez moi. Ma mère alla voir le directeur de l’école communale, la « grande école », pour le supplier de me prendre au Cours Préparatoire dès la rentrée de Pâques. Il accepta et me voici, en tablier noir, nouveau dans une classe d’enfants plus âgés que moi. Le vieux maître, M. Corre, me fit faire des bâtons puis, au bout d’une heure, à ma demande, des i puis d’autres lettres. Ensuite, grâce au Syllabaire Langlois, ce fut B-a BA et tout ce qui s’ensuit. Ainsi, en quelques semaines, je sus lire, écrire, compter, sans la moindre initiation antérieure. Du coup, M. Corre, promu à la veille de sa retraite, me prit avec lui au cours élémentaire première année et j’accomplis toute ma scolarité primaire avec un an d’avance. L’année suivante j’entrai chez Louis Picarles qui estimait que les instituteurs n’étaient pas assez formés à l’éducation des enfants et rêvait à ce que serait un enseignement donné par des professeurs d’université ! Bien que ne connaissant pas son collègue Célestin Freinet ( à consulter ), il pratiquait la leçon de choses et la classe-promenade. Dans sa classe et la précédente, tous les élèves lisaient, écrivaient, comptaient de façon satisfaisante. Les dictées étaient quotidiennes et elles n’étaient pas élémentaires. Je me couvris de gloire un jour où je fus le seul à écrire convenablement « des chefs-d’?uvre ». En revanche, quelques temps après, comme j’ignorais ce qu’était un balbutiement, j’écrivis bal du ciment imaginant, à sept ans, un bal dédié par le patronat à l’industrie du mortier? Et puis il y avait la récitation que certains prenaient pour seulement un exercice de mémoire. Un jour j’imaginai d’interpréter comme au théâtre que j’ignorais les personnages du « Chat, la belette et le petit lapin » de La Fontaine. Ce fut la stupeur, le rire de tous et l’émoi des classes voisines. Pas trop mais bien des années ont passé et voici que reparaissent dictées et récitations : Luc Bronner et Virginie Malingre dans lemonde.fr évoquent «Le retour du “bon sens” pédagogique. « S’il assure qu’aucune décision n’a encore été prise, M. Fillon a déjà donné quelques lignes directrices sur sa politique. Après la réforme de la classe de troisième censée organiser une orientation plus précoce au collège, après ses déclarations sur la nécessité du redoublement, après ses prises de position sur la “restauration de l’autorité”à l’école, il plaide désormais pour la réhabilitation des méthodes classiques : dictée, récitation, rédaction, mémorisation des règles de grammaire, apprentissage du vocabulaire – activités dont les programmes actuels limitent l’exercice.« Une circulaire, normalement diffusée au cours de l’automne, est en cours de préparation pour inviter les professeurs à “relire les programmes du collège à la lumière des nouveaux programmes de l’école primaire”, centrés sur la maîtrise des langages. “Les méthodes ne sont pas bonnes parce qu’elles sont anciennes mais parce qu’elles font appel à l’exercice et à l’effort individuel”, explique le ministre.» Voilà qui est plein de promesses. Des jeunes qui sauront lire, écrire, compter dès leur plus jeune âge. Qui s’exprimeront autrement que par des grognements. Qui sauront que l’orthographe n’est pas celle des SMS. Qui déserteront les jeux élémentaires pour se cultiver sur Internet. Qui sauront de la sorte vivre harmonieusement. Je rêve ? Peut-être mais ne me réveillez pas !


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