CITE DES SITES: tout un… Arsenal sur Internet

Régulations

Stricto Sensu, c’est un établissement servant à la construction, à la réparation, au ravitaillement et à l’armement des navires. Ceux de Toulon et de Brest sont célèbres. Paris en était doté; d’où la bibliothèque du même nom

Et pourtant nous avons à Paris, dans un quartier calme, historique et réservé, le Marais, une bibliothèque qui porte ce nom, alliant pour une fois armes et lettres.

Les armes, c’est toutefois, de l’autre côté de la rue qu’on les trouve, à la caserne de la Garde, forte bâtisse construite par Haussmann. Les armes et l’odeur de crottin, d’authentique crottin issu de chevaux ayant tous pedigree, vendu chaque année par adjudication et qui exhale son odeur d’autrefois rue Sully, qui borde la bibliothèque de l’Arsenal. Cette odeur, les personnages dont nous allons parlé la ressentaient déjà et ne nuisait en rien à leurs ébats. «La bibliothèque réunie par Antoine-René de Voyer d’Argenson, marquis de Paulmy, fut installée en 1756 dans l’hôtel du grand maître de l’artillerie, où elle est restée» lit-on sur le site mistral.culture.fr/culture/sedocum/arsena-b.htm. «Devenue nationale et publique en 1797, elle prit le nom de Bibliothèque de l’Arsenal. La Bibliothèque de l’Arsenal est rattachée à la Bibliothèque nationale depuis 1935. « Au cours du 19ème, la bibliothèque s’accrut essentiellement dans le domaine de l’histoire et de la littérature, avec une prédilection marquée pour le théâtre. » On l’appela longtemps la seconde Bibliothèque nationale alors qu’elle ne compte que 64 sièges de lecteurs! Maintenant qu’a été érigé le site François Mitterrand dans un quartier neuf qui va bientôt obtenir ses lettres de pérennité, de bonnes âmes se sont dit que l’Arsenal devait rendre les armes et devenir un des multiples départements de la gigantesque Bibliothèque nationale du 13ème arrondissement construite, nous a-t-on dit, pour accueillir plus de quatre siècles de production livresque. Et l’Arsenal serait tout indiqué pour accueillir les archives du Ministère des Affaires étrangères. Un si bel immeuble, si harmonieux, pour des archives qu’on pouvait aussi bien répertorier dans quelque blockhaus de banlieue ! Dès qu’il en fut question, chacun s’insurgea et les défenseurs des lettres eurent gain de cause. L’Arsenal fut rendu à sa paix et l’on put se souvenir, sans crainte pour l’avenir, de Charles Nodier. «Poète, romancier, bibliophile, grammairien, il s’occupa aussi d’entomologie. » nous apprend le site de l’Académie française. «À ses débuts dans les lettres, il publia après le 18 Brumaire une ode violente, la Napoléone, qui lui valut une incarcération de plusieurs mois à Sainte-Pélagie et dans diverses autres prisons ; il fut ensuite exilé à Besançon. Accusé de complot, il fut arrêté une seconde fois et, délivré par des paysans, il se cacha dans les montagnes du Jura. Rédacteur au Journal des Débats en 1814, il fut nommé conservateur à la Bibliothèque de l’Arsenal où son salon devint le centre d’une société littéraire et où il accueillit les premiers romantiques en 1823. Parmi ceux-ci, Félix Arvers, « l’auteur d’un grand nombre de pièces de théâtre. Son oeuvre fut oubliée à l’exception de son recueil de poèmes : Mes heures perdues.» Félix, futur oublié, s’éprit de Marie, fille de Charles Nodier . Il écrivit discrètement à la gloire de la belle un sonnet que tout le monde connaît ou connut : «Mon âme a son secret, ma vie a son mystère : Un amour éternel en un moment conçu : Le mal est sans espoir, aussi j’ai dû le taire, Et celle qui l’a fait n’en a jamais rien su?» Ce sonnet est entièrement reproduit dans le Larousse du 20ème siècle qui ne cite aucun autre texte in extenso. La Bibliothèque de l?Arsenal aura bientôt d’autres connotations moins chastes. Un des successeurs de Charles Nodier fut José-Maria de Hérédia, poète parnassien illustre qui était plus sérieux que le Brésilien de la Vie Parisienne tout en ayant l’allure. Né à Cuba, il ne cessa de fêter la conquête de l’Amérique par les Espagnols. Souvenons-nous des Conquérants que plusieurs générations d’écoliers apprirent par coeur : « Comme un vol de gerfauts hors du charnier natal, Fatigués de porter leurs misères hautaines, De Palos de Moguer, routiers et capitaines Partaient, ivres d’un rêve héroïque et brutal? » Cet illustre sonnet est tout ce qui resterait de Hérédia s’il n’avait pas eu une progéniture, en l’occurrence trois filles dont une est précisément l’objet actuellement à l’Arsenal d’une splendide exposition : Marie de Régnier. http://editions.bnf.fr/livres/fiche92 nous parle d’elle : « Marie de Régnier, fille, femme, belle-soeur de poètes, fut à la fois une femme de lettres et une femme fatale qui traversa la Belle Époque avec insouciance, mettant à ses pieds beaucoup d’écrivains : Pierre Louÿs, Jean de Tinan, Gabriele D’Annunzio, Henry Bernstein, pour n’en citer que quelques-uns. Née Marie de Heredia, elle côtoya chez ses parents la république des lettres de la fin du 19ème siècle : beaucoup de parnassiens mais aussi de jeunes écrivains prometteurs qui faisaient de Heredia et de Mallarmé leurs mentors. Parmi eux, le poète Henri de Régnier et son ami Pierre Louÿs : le premier épousa Marie de Heredia, le second devint son amant et le père de son fils, Pierre de Régnier surnommé Tigre. Ces trahisons teintées de cruauté et d’érotisme fin de siècle trouvèrent un écho dans les oeuvres de Régnier et de Louÿs, dans celle de Marie de Régnier qui prit comme nom de plume Gérard d’Houville, mais aussi de manière plus inattendue dans celle d’André Gide, de Claude Farrère ou de mémorialistes comme Paul Léautaud. (?) «C’est sur le Parnasse qu’elle passa son enfance et, en compagnie de Pierre Louÿs, Paul Valéry, Marcel Proust et bien d’autres, sa jeunesse. Devenue Madame de Régnier, elle fréquenta les salons peuplés d’écrivains, d’artistes, de femmes du monde. Elle fut aussi poète, romancière, journaliste. Elle qui en son temps était considérée comme l’égale de Colette ou d’Anna de Noailles est une belle image de la femme de lettres 1900 et de ses aspirations.» La vie de Marie de Régnier est d’un absolu amoralisme. Tout cela dans un milieu parfaitement sérieux et conservateur. Et tout cela s’étale dans un consensus lisse et benoît. Les gazettes ne glosaient pas et la vie s’écoulait dans une France où les rentes étaient stables, la vie douce et qui ne s’attendait pas trop au cataclysme qu’allaient être la guerre de 14 et tout ce qui s’ensuivit. Un livre est paru il y a à peine deux ans sur l’aventure de Marie de Régnier et, chose curieuse, cet ouvrage n’est pas en vente à l’Arsenal, en même temps que le très beau catalogue. Le site, entre autres, http://www.lelibraire.com/din/tit.php?Id=14170, nous donne une interview de Jean-Paul Goujon : « Qu’est-ce qui vous fascine le plus chez Pierre Louÿs, sa personnalité, son talent ou sa relation avec la belle Marie de Régnier dont vous éditez le Dossier secret ? « – Louÿs est un de ces auteurs qui sont encore plus intéressants par leur personnalité que par leur oeuvre, et aussi parce ce qu’ils ont voulu faire, plus encore que par ce qu’ils ont fait. Son oeuvre est diverse, et, sans doute, ce qui en restera, ce sera Bilitis et surtout La Femme et le Pantin. Mais il y a tout de même aussi son oeuvre secrète, non seulement ses écrits érotiques, bien sûr, qui forment une masse gigantesque, mais tous ses projets et toutes ses notes inédites, qui sont parfois étonnants. Ses curiosités étaient innombrables, et certaines assez inattendues. Il a essayé d’aller jusqu’au bout dans diverses directions, et pas seulement dans la pornographie. D’autre part, sa vie ne fut pas non plus banale, et elle est riche en contrastes. Sa liaison avec Marie de Régnier n’en est certes pas l’épisode le moins curieux, d’ailleurs très caractéristique de sa psychologie. » J’ai voulu en savoir davantage et me procurer le livre, persuadé que je le trouverais dans la première librairie venue, comme l’exposition de l’Arsenal garde une grande actualité à Dossier secret. Eh bien le marché du livre est tellement troublé par une réorganisation encore plus industrielle que commerciale que se procurer une livre paru il y a moins de deux ans relève du parcours du combattant. J’ai finalement dû mon salut à une libraire de la rue Jacques-Coeur qui porte, en situation, l’enseigne “1789”. La rue Jacques-Coeur est située à l’entrée de l’ancienne prison de la Bastille ou, comme l’on sait, un certain 14 juillet 1789? Cette librairie est vraiment révolutionnaire dans la mesure où elle est traditionnelle et où chaque livre conserve sa personnalité. La vie amoureuse de Marie de Régnier est très claire dans sa complication. Je récapitule. Elle épouse Henri de Régnier à qui elle se refuse puis fait un enfant (« Tigre » de Régnier) avec Pierre Louÿs à qui elle fait épouser sa soeur, Louise dite Loulouse. Pierre Louÿs photographie Marie sous toutes les coutures et la plupart du temps sans couture aucune. Du coup, en regardant ces photos, on constate que la chair des femmes d’hier est moins ferme que celle des femmes d’aujourd’hui. Marie s’ «intéressa » de même aux dames et, en particulier ? le monde est petit – à Missy qui connut aussi Colette pour des raisons semblables. C’est sans doute l’existence de Missy qui justifie la présence de Dossiers secrets dans le site http://www.vivien1900.com/ à la rubrique « Bibliographie d’oeuvres féministes et lesbiennes » Ce Dossier secret Pierre Louys-Marie de Régnier est un document extraordinaire pour tous ceux qui veulent s’intéresser à cette période si dépravée mais si riche et si fertile. Il y a du Proust là-dedans !


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