Classement logiciel Truffle 100: le dynamisme perdure, mais les financements manquent

Régulations

Le classement du ‘Truffle 100’ du logiciel pour 2011 (France) confirme la bonne santé des locomotives du secteur. Mais des inquiétudes se confirment s’agissant des plus petits. Le financement fait défaut

A première lecture, le classement Trufle 100 pour 2011 sur la France (8è édition ; un autre classement existe au niveau européen), le secteur du logiciel maintient son dynamisme. Etonnament, pourrait-on dire, car il semble toujours épargné par les soubresauts de la conjoncture économique.

Au total, le chiffre d’affaires s’affiche en hausse de +10%. à 7,7 milliards d’euros (contre 6,6 milliards en 2010) – ce qui est rassurant. La partie “édition” représente 5,2 milliards (contre 4,2 en 2010).
Les indicateurs sont a priori au vert, avec le retour à une croissance à 2 chiffres, après les années de crise 2007 à 2009.
Les leaders se détachent toujours du lot:
Dassault Systèmes conserve sa première place tandis que Murex gagne une place en accédant à la deuxième devant Sopra Group. En 4ème place, se trouve toujours Cegid. Et la 5ème place est ravie par Axway (qui a été scindé de Sopra en juin 2011)  juste devant Linedata Services qui se retrouve en 6ème position.
Avanquest Software conserve reste en 7ème position. A noter que GFI informatique perd deux places pour se retrouver en 8ème position.

9 entrants, 9 sortants

Dans ce classement des 100 premiers, Truffle et CXP enregistrent 9 nouveaux entrants: Axway, Emailvision, Sidetrade, Eve, Talentsoft, NP6, Mismo Informatique, Winpharma et Infotel.

Parmi 9 éditeurs sortis du classement, figurent deux sociétés acquises -Delta Informatique (achetée par Sopra) et Fimasys (en 76è position, achetée par Linedata Services).

Bernard-Louis Roques, Truffle Capital
Bernard-Louis Roques, Truffle Capital

«L‘industrie française du logiciel s’appuie sur l’innovation pour maintenir son dynamisme dans un contexte de concurrence internationale virulent », souligne Bernard-Louis Roques, co-fondateur de Truffle Capital en charge des Technologies de l’Information. « Les éditeurs de logiciels restent les bons élèves de l’innovation, créateurs d’emplois et de valeur ajoutée, tout en étant des contribuables significatifs. Pourtant ils ne sont pas encore élevés au rang de «priorité industrielle ». Cette année à nouveau, l’implémentation d’un SBA à la Française est plébiscitée comme la mesure phare qui favoriserait le développement des PME innovantes du logiciel[allusion au Small Business Act en vigueur aux Etats-Unis pour aider les petites entreprises].
«L’accès au financement est aussi jugé critique, que ce soit au travers du Crédit Impôt recherche, des programmes de recherche, ou du capital-risque (FCPI)», souligne Bernard-Louis Roques.
Lors d’un entretien récent, il constatait que le dynamisme du secteur est certes réel, mais à relativiser: «Le nombre de fusions/ acquisitions reste très minime» – cf.les deux opérations citées ici – «ce qui n’est pas le signe d’un grand dynamisme». Les 50 premiers du classement s’en sortent bien. Pour les autres, on constate peu de changement. Le financement se tarit pour elles qui n’ont pas accès aux filières de financement européen. Le capital risque a été raboté tout comme le Crédit impôt recherche. C’est une erreur manifeste! ».
Sources: http://www.truffle100.fr/  et  www.cxp.fr

 

Une industrie toujours vertueuse

Vu le maintien d’investissements élevés en R&D (en hausse à 807 M€, contre 758 M€ en 2010) et vu la création d’emplois (64.830 contre 57.490 en 2010), «c’est une industrie très vertueuse capable de créer des milliers d’emplois par an“, constate encore Bernard-Louis Roques. «La faiblesse intrinsèque des petits éditeurs c’est qu’ils ne sont pas assez internationalisés. Les éditeurs qui dépassent les 20 M€ sont bien présents à l’international, à commencer par les Etats-Unis, devant le Royaume-Uni et l’Espagne. Mais les autres peinent à trouver le financement nécessaire pour réussir hors de France. Le responsable de Truffle Capital constate, un peu amer, qu’aucun des candidats aux élections présidentielles n’a vraiment vraiment inscrit de propositions concrètes dans ce sens. On préfère financer le tourisme dans l’Outre-mer – ce qui est certainement utilise, aussi… «Le fait est qu’il nous manque une véritable politique de filière industrielle en France, comme il en existe en Allemagne où l’on a vu surgir les ‘software clusters’, comme celui du ‘Rhein-Main-Neckar’ Gebiet » [impliquant conjointement les autorités fédérales et les Länder].

Quelles tendances pour 2012?

Plusieurs leviers dynamiseront l’industrie du logiciel en 2012 : le cloud computing qui reste en tête pour 67% (59% en 2010), suivi par les applications mobiles pour 62% contre 39% en 2010, la gestion des processus métiers pour 30% contre 25% l’an dernier, le collaboratif pour 26% contre 24% en 2010, la dématérialisation documentaire pour 22% comme l’an passé, les évolutions du Web 2.0 pour 15% (14% en 2010), la virtualisation pour 14% (nouvelle tendance)et le décisionnel light pour 13% contre 12% l’an passé.
Pour 50% des éditeurs du panel, la croissance de leur chiffre d’affaires devrait se situer entre +10 et +15%. Pour 19% des éditeurs, elle sera entre +1 et +5% et pour 13% au delà de +15%.

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La réponse d’Eric Besson,
ministre chargé de l’industrie, de l’énergie et de l’économie numérique

Eric Besson, ministre Industrie, Energie, Economie numérique
Eric Besson, ministre Industrie, Energie, Economie numérique

Grâce à la mise en oeuvre du plan France numérique 2012, des efforts sans précédent ont été réalisés en faveur du logiciel en France:
• l’État s’est doté d’une direction des systèmes d’information en février 2011, afin d’optimiser la gestion de son parc informatique ;
• dans le cadre des investissements d’avenir, 48 millions d’euros ont été consacrés à 8 projets de recherche et développement dans le cloud computing et 32 millions d’euros à 6 projets de logiciel embarqué ;
• le Crédit Impôt Recherche a été triplé depuis 2007. Il représente désormais près de 5 milliards d’euros, dont plus de 22% au profit
du numérique. Plus de 2.000 PME en ont bénéficié ;
• enfin, le statut Jeune Entreprise Innovante (JEI) a aidé 2.600 sociétés en 2010 à hauteur de 159 millions d’euros.


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