‘Cometa’, ‘The Cloud’: quels risques pour le Wi-Fi à grande échelle?

Régulations

De l’autre côté de la Manche et de l’Atlantique, des nouveaux modèles se forgent pour le Wi-Fi ‘public’, ou Wi-Fi ‘grossiste’

Quelles premières observations tirer des méga-déploiements du Wi-Fi, ces réseaux de zones d’accès à Internet sans fil ou ‘hot spots’? Pourquoi certains géants du domaine éprouvent-ils le besoin d’impliquer des IBM, AT&T ou Intel? Quels risques prennent-ils? Les géants du Wi-Fi peuvent-ils faire des émules? The Cloud au Royaume-Uni ou Cometa aux Etats-Unis inventent-ils un modèle prometteur? Ou, au contraire, les hot spots sont-ils en danger de… refroidissement? Les premiers retours de terrain montrent que la couverture Wi-Fi est réduite, quelques dizaines de mètres à peine -et sans ‘roaming’. D’où les déboires de certains opérateurs, comme à Singapour: un opérateur Wi-Fi y a jeté l’éponge il y a un mois (cf. notre information). Et aujourd’hui, ce sont les reproches de la chaîne de ‘coffee shops’ Starbucks qui considèrent que le Wi-Fi, c’est un peu maigre…

Trois locomotives suffiront-elles derrière Cometa? Aux Etats-Unis, on suit de très près trois locomotives de l’industrie ‘high tech’ qui avaient annoncé leur plan de déploiement sur des réseaux publics sans fil ou WLAN (wireless local area networks). En décembre dernier, le projet Rainbow était révélé par ATT, IBM et Intel. Ce fut comme un déclic. Avec un financement de Apax Ventures et de 3i, ce projet Arc-en-ciel vise à déployer d’ici à 2005 un réseau PWLAN (P pour public) à travers tous les USA, de 20.000 zones ‘hot spot’. Rebaptisé Cometa Networks, ce projet d’offre de grossiste a tenté la chaîne américaine de ‘coffe shops’ Starbucks. Mais les premières déceptions s’expliquent par la tarification du service, plutôt que par la faiblesse de la demande des utilisateurs. Est-ce que le modèle fonctionne? Cometa est perçu comme le grand projet de réseau Wi-Fi de 2è génération. Un de ses co-fondateurs, Larry Brilliant, a déjà l’expérience d’un projet, AerZOne, où il a ‘brûlé’ une grande part des 900 millions de dollars investis par CMGi, Compaq et SoftNet Zone -et sans avoir vraiment réussi à constituer une clientèle. Parti trop tôt, vu trop grand? “Nous essayons d’ajuster nos dépenses à nos revenus“, explique Joe Gensheimer, le d-g de Cometa. “Pour l’heure, il y a déjà trop de ‘hot-spots’ aux Etats-Unis, toutes ces boîtes[les WISP, ou Wireless internet service providers]ne font que payer de la connexion s’il n’y a pas assez d’utilisateurs“. C’est là toute l’équation. Les points d’accès ne coûtent pas chers, et leur prix baisse encore. Les propriétaires des espaces ‘hot spots’ partagent les revenus, mais encore faut-il des utilisateurs de PC, de PDA ou mobiles-data… pour s’y arrêter. De plus, certains ont vu grand et ont loué des accès à haut débit coûteux (liaisons spécialisées T1 voire T2, à plusieurs milliers de dollars par mois). Chez Cometa, on considère que le succès viendra grâce à la coopération des fondateurs: IBM gère le système de facturation, et met à disposition des ingénieurs pour optimiser le fonctionnement; AT&T consolidera le réseau fédérateur et l’accès boucle locale du dernier kilomètre; et Intel, l’un des principaux investisseurs, est censé pousser la demande avec ses campagnes sur la mobilité (Centrino). AT&T et IBM doivent déployer équipements et services de réseau à mesure que la demande va croître. Qui prend le risque et pour combien? Cometa paraît donc bien armé pour son déploiement. Mais il ne prend pas la responsabilité de vendre les services aux utilisateurs, ni de définir les modalité de paiements et les tarifs… AT&T sera l’un des premiers revendeurs du service. Mais d’autres opérateurs -ses concurrents- suivront-ils? Toutes les formules sont possibles: forfaits à l’heure, à la journée, par méga-octets transportés, par cartes pré-payées, etc. Pour Cometa, là n’est pas le problème. Pourtant, le prix, les modalités de paiement semblent bien être le nerf de la guerre, sinon le dilemme. Car la compétition risque de s’emballer, avec le risque que beaucoup ne parviennent pas à amortir suffisamment vite leurs investissements s’ils doivent très vite “casser” les prix de connexion à l’utilisateur. En Europe, par exemple, le coût moyen de l’accès dépasse les 100 euros/mois; or le service offre une couverture restreinte, et pas de ‘roaming’ (rupture de la communication si vous changez de place). La rentabilité d’un ‘hot spot’ va dépendre de sa situation, de la concurrence à proximité immédiate ou non. Mieux vaut opérer dans un lieu retiré, en offrant un accès “privilégié” que vouloir se battre en centre ville? Ce n’est pas l’avis de Cometa. Car il faudra, de toutes façons, compter avec les “free access” (ou “freenet use”). Déjà la guerre des prix: 10 euros/mois?

Aux Etats-Unis, le modèle actuellement dominant repose sur une facturation forfaitaire de l’accès à 30 dollars/mois (28 euros, cours actuel). Mais le processus de baisse est déjà enclenché: T-Mobile qui opère près de 2.000 ‘hot spots’ (dont les ‘coffe shops’ Starbucks) avait ouvert à 50 dollars/mois: il vient de baisser à 30 pour les utilisateurs individuels, et même à 20 pour ceux qui sont dotés de mobiles GPRS. Chez Cometa, on estime que même à 10 dollars/mois, ce peut être rentable. Rentable pour qui? Car certains vous “vendent” le passage de chalands qui s’arrêteraient un peu plus longtemps… pour dépenser autre chose? A voir.


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