Dassault Systèmes : la révolution 3D passe par le design

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L’European CATIA Forum n’a pas brillé par ses annonces mais plutôt par l’évolution de la stratégie de l’éditeur, plus que jamais tourné vers ‘la 3D, média pour tout le monde’

Let’s be imagineers‘ – L’accroche de l’European CATIA Forum 2007 donne le ton de la rencontre de l’écosystème CATIA, la suite des outils de Dassault Systèmes, le géant mondial des solutions PLM (Product Lifecycle Management). Au côté des très sérieux outils de conception virtuelle, l’éditeur entend désormais redonner sa place à l’imagination, mais sous le contrôle de ses ingénieurs.

Imagineering, Dassault Systèmes n’est pas l’auteur de cette expression nouvelle, dont la paternité revient à Disney, comme le rappelle Tom Fitzgerald, vice-président exécutif de Disney Ingeniering, la division du géant des loisirs en charge de la création des parcs d’attraction du groupe.

Cette dénomination va comme un gant à Dassault Systèmes. Car même si chez Disney « tout à commencé avec une souris« , parcs et attractions sont créés par les mêmes personnes qui font les films. Pour aboutir à un concept logique qui place le consommateur au cœur de la stratégie des hommes aux grandes oreilles : « Disneyland est un film où le visiteur est l’acteur. » « Anything is possible » (tout est possible), a affirmé Tom Fitzgerald. Ce pourrait être la devise de Dassault Systèmes, mais c’est plutôt vers le design que l’éditeur se tourne désormais pour enrichir, élargir, mais également rehausser son offre PLM grâce à une dose, qu’il espère conséquente, de ‘design experience‘.

Pour Bernard Charlès, le PDG du groupe, l’offre de Dassault Systèmes se caractérise désormais par des capacités globales pour une efficacité locale. « Notre modèle économique est unique. Notre stratégie n’est pas confidentielle, elle s’inscrit sur le très long terme. Notre responsabilité de créer les applications du futur est mission critique. Nous détectons ce que nous imaginons être le futur, et pour cela nous partageons la connaissance et l’expérience des acteurs de l’industrie, et nous réutilisons ces compétences d’un secteur à l’autre. »

Pour comprendre la stratégie de Dassault Systèmes, il faut donc se projeter dans le futur, ce que Bernard Charlès fait bien volontiers et avec un plaisir certain. En 26 ans d’existence, l’éditeur a franchi de nombreuses étapes : la 2D, la 3D se sont imposés au cours des vingt premières années, puis l’accélération avec le PLM, la collaboration et la simulation réaliste.

Et demain ? Dassault Systèmes vise la ‘life experience‘ pour 2010. « Le monde réel est autrement plus complexe qu’un Second Life. Les consommateurs augmentent leur influence, ils veulent tester, expérimenter avant d’acheter ou de faire. C’est le SWYN, le ‘See What You Mean’. Nous ne devons plus seulement modeler et simuler, mais nous devons communiquer et comprendre. »

Dans les faits, cela se traduit chez Dassault Systèmes par trois tendances novatrices : l’IP modeling et simulation pour le PLM, avec en particulier la multiplication annoncée des services Web et mashups en démarche SOA (Service-Oriented Architecture) et SaaS (Software as a Service) ; l’innovation globale et collaborative ; et le ‘social design‘.

Comme on le constate, le ‘social’ est à la mode, et Dassault Systèmes n’y échappe pas. Sauf que, pragmatique, l’éditeur glisse cet aspect dans sa démarche visant à faire évoluer son offre en y intégrant de plus en plus de design.

A ce titre, le recrutement d’Anne Asensio au poste spécialement créé de vice-présidente Design Experience est des plus significatifs. Jusqu’à présent plutôt tournée vers l’automobile, cette française a pris en charge la conception de projets aussi symptomatiques que les Renault Twingo, Cio et Mégane, ainsi que la Humer H3T, la Cadillac Sixteen, la Chevrolet Nomad ou la Saturn Curve.

« La mission d’Anne est d’évangéliser nos clients et de leur expliquer le potentiel de notre portefeuille de solutions et de notre technologie, afin qu’ils tirent parti de la puissance du design pour innover« , a déclaré Bernard Charlès. « Nos solutions 3D constituent l’outil idéal pour les designers car ils peuvent jouer de manière intuitive et en totale liberté avec des designs, puis les réaliser parfaitement avec le PLM 3D. La ‘Design Experience’ et le PLM sont des stratégies qui s’accordent naturellement et ont une action bénéfique pour tous les acteurs de l’écosystème lié au produit. »

On le voit, la révolution 3D est annoncée. « Le média 3D pour tout le monde« , nous a rappelé Jacques Leveillé-Nizerolle, PDG de Catia Dassault Systèmes. « Notre objectif n’est pas seulement de toucher les créateurs, mais d’adresser le cercle vertueux de l’innovation : le client, le marketing (design), le créateur, le marketing (et le consommateur. C’est pour cela que nous avons créé une nouvelle marque, 3DVIA, pour l’interface et la collaboration, que notre croissance évolue vers le concept et le système, et que nous procédons à la réunification autour de l’axe collaboratif avec Enovia. »

L’accord de partenariat signé avec Microsoft en 2004, dont l’un des premiers résultats visibles est Microsoft Virtual Earth – 3DVIA, une « plate-forme riche pour explorer l’information dans le monde« , selon Steven Lawner, le patron de MSN Virtual Earth, est également emblématique de l’élargissement de la stratégie 3D de Dassault Systèmes. Même si ce nouveau service n’est au final qu’un outil d’enrichissement concurrent de Google Earth !

Enfin, l’acquisition de Seemage, annoncée en catimini en annexe des résultats de Dassault Systèmes, a pris également une dimension stratégique dans le cadre de l’approche ‘social’ de l’éditeur. Seemage propose des outils dédiés à la documentation technique, en particulier pour la gestion de la 3D, mais avec une dose de collaboratif qui vient logiquement s’intégrer dans l’offre PLM.

Dassault Systèmes n’a plus rien à prouver dans les domaines de la conception virtuelle des produits (CATIA), de la conception mécanique en 3D (SolidWorks), de la production virtuelle (DELMIA), de la simulation (Simulia), sauf de continuer faire évoluer son offre et de l’élargir en termes de marchés. La gestion collaborative du cycle de vie (Enovia)s’impose également. L’éditeur n’est pas le numéro un mondial dans ces domaines pour rien !

Sa stratégie évolue désormais vers la démocratisation de la 3D, avec par exemple l’expérience 3D vécue en ligne (3DVIA). Dassault Systèmes va continuer de développer des produits destinés à renforcer cette expérience, et pour cela il doit remonter son offre vers le design. Mais ce qui peut paraître un rêve numérique à certains est déjà une réalité pour l’éditeur. « Ce n’est plus un prototype« , nous a affirmé Bernard Charlès, évoquant le déploiement de ces technologies chez une sélection de clients clés.

L’année 2008 risque donc d’être riche en annonces novatrices. Et Dassault Systèmes de fréquenter de plus en plus le consommateur, l’inciter à consommer de la 3D simulée, et donc pousser les industriels à consommer du Dassault Systèmes…


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