Deutsche Telekom au centre d’un mega procès

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Les petits actionnaires de l’opérateur lui reprochent de leur avoir ‘caché des choses’ voici quatre ans, au plus fort de la bulle internet

Les actionnaires de Deutsche Telekom, l’opérateur historique allemand, sont bien décidés à sortir les cadavres du placard. Le groupe se retrouve en effet devant les tribunaux pour un procès très médiatisé. Les petits porteurs lui reprochent de leur avoir caché des choses voici quatre ans, au plus fort de la bulle internet. Traduction: le cours de l’action s’est écroulé d’un coup et les actionnaires estiment avoir été mal informés. Une situation qui rappelle le cas Vivendi et France Télécom en France. Deutsche Telekom est accusé d’avoir publié de fausses informations sur des documents officiels d’introduction en bourse en juin 2000, qui auraient ensuite précipité le titre dans les tréfonds boursiers. Les plaintes que le juge du tribunal de Francfort Meinrad Wösthoff considère comme représentatives affirment entre autres que Telekom a surévalué la valeur d’actifs immobiliers des années durant et qu’il a tenu secrètes des discussions qui aboutirent, des semaines après le placement de titres sur le marché intervenu en 2000, à l’acquisition d’un opérateur mobile américain pour 40 milliards de dollars. Une somme jugée beaucoup trop élevée par les analystes, qui va précipiter la chute du titre en Bourse.

De son côté, Deutsche Telekom rejette les accusations en bloc et considère que les plaignants, qui avaient acheté les titres à 63,50-66,50 euros pièces (pour un montant total de 15 milliards d’euros), soit quatre fois leur valeur actuelle, ne peuvent raisonnablement pas le tenir responsable d’une chute des cours qui a touché le secteur dans le monde entier à l’époque. Deutsche Telekom compte trois millions d’actionnaires individuels et l’action de l’opérateur est de ce fait celle qui est la plus répandue dans le public. C’est pourquoi les médias allemands assurent une large couverture de l’affaire, quand bien même les particuliers représentent moins de 1% à peu près des actions vendues lors du placement. Plus de 2.000 recours déposés par quelque 15.000 personnes représentées par 630 avocats ont été déposés depuis 2001 contre le premier opérateur de télécommunications en Europe. Au total, les porteurs réclament au groupe 100 millions d’euros de dommages-intérêts. Seuls 10 recours seront toutefois examinés et serviront d’exemple pour le reste de la procédure. Car l’examen de toutes les requêtes aurait occupé pour dix ans et à plein temps la chambre du tribunal concerné! Une descente aux enfers

En 1999, Deutsche Telekom introduit une deuxième tranche de son capital, à 37,50 euros l’action. Un an plus tard, le 19 juin 2000, 200 millions d’actions Telekom sont encore proposées sur le marché, au prix cette fois-ci de 66,50 euros. Partout en Allemagne, l’action télécom est vantée comme

“le placement des familles”, une valeur sûre qui assure un bon et régulier revenu à ses détenteurs. Des milliers de petits porteurs, parmi lesquels un bon nombre de retraités, investissent leurs économies au point que Deutsche Telekom passe pour être à l’origine de l’actionnariat populaire outre-Rhin. Mais le marasme ne tarde pas. La “bulle” internet et des télécoms explose en vol, le monde de la finance découvre que les opérateurs ont accumulé des montagnes de dettes et essuient des pertes pharaoniques. Deutsche Telekom publiera en 2002 la plus lourde perte nette jamais essuyée par une entreprise européenne, battant Vivendi au jeu des tristes records. L’action Deutsche Telekom entame une descente aux enfers. Le 26 juin 2002, le titre tombe à 8,59 euros. Une douche froide pour des petits épargnants qui avaient vu grimper leur action jusqu’à 103,90 euros et qui depuis lors ne décolèrent pas.


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