IT frugale : et si vous dépensiez mieux ?

De plus en plus pointée du doigt pour son empreinte environnementale mais aussi son coût pour les entreprises, l’informatique doit se réinventer. Inspirée des approches « Lean » de l’industrie, l’IT frugale promet une informatique plus durable, mais aussi plus efficace.

En quelques décennies, l’empreinte environnementale de l’IT a explosé. Selon les chiffres dernièrement avancés par l’Arcep, le numérique représente aujourd’hui 3 à 4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre et 2 % des émissions de la France.

Si les budgets des DSI sont souvent restés stables, la transformation digitale a fait croître de manière significative les dépenses en technologies des entreprises. Cette inflation technologique n’est pourtant pas une fatalité. Le secteur IT doit réinventer ses pratiques et aller vers une informatique plus frugale.

Pour Navi Radjou, consultant et chercheur en innovation frugale et auteur de nombreux ouvrages sur le sujet, l’IT frugale est un moyen pour le DSI d’adopter une position plus stratégique dans la transformation de l’entreprise.

« La bonne nouvelle, c’est qu’après avoir été relégué à un poste fonctionnel, le DSI a l’opportunité de se replacer à un poste stratégique pour l’entreprise. La mauvaise nouvelle, ce sont les contraintes fortes posées par la conjoncture. Outre la contrainte économique qui les oblige à faire plus avec moins, les DSI doivent faire mieux avec moins afin de réduire l’impact RSE car l’IT est par nature énergivore. » explique-t-il.

Pour le consultant, l’informatique est un levier stratégique pour la transformation de l’entreprise mais aussi pour l’aider à avoir un impact positif sur le plan social et environnemental.

La frugalité doit devenir la règle à de multiples niveaux

Ainsi dans le hardware, l’approche habituelle est de remplacer les équipements arrivés en fin d’amortissement. Or au bout de 3 ou 5 ans, bon nombre d’équipements sont encore compétitifs. C’est le cas des desktops, de serveurs ou même des infrastructures de stockage si celles-ci ont été largement dimensionnées. Couplée à une filière de reconditionnement et de recyclage des équipements informatiques, prolonger la durée de vie des équipements est un moyen de rendre l’informatique plus durable.

Les politiques de fin de support des fournisseurs d’équipements et des éditeurs de logiciels entravent cette approche pourtant vertueuse. Alors que les systèmes d’information sont de plus en plus distribués et ouverts sur Internet, le risque de cyberattaque rend extrêmement périlleux le maintien de postes de travail et terminaux qui ne bénéficient plus de patchs de sécurité.

Le risque létal d’une cyberattaque de grande ampleur complique sérieusement le maintien en production de machines certes fonctionnelles, mais considérées comme obsolètes par leur constructeur ou l’éditeur de logiciels.

La Data doit-elle subir une cure d’amaigrissement ?

Si la fabrication des terminaux représente aujourd’hui 75% de l’empreinte écologique du numérique, les datacenters sont fréquemment montré du doigt pour leur consommation énergétique.

Les opérateurs de datacenters ont notoirement amélioré le PUE (rapport entre l’énergie consommée par le datacenter et l’énergie mise à disposition des serveurs) de leurs installations et, d’une certaine façon, le « Move to Cloud » devrait participer à l’amélioration de l’efficacité énergétique de l’IT. Néanmoins, l’accroissement exponentiel de l’intensité des usages numériques confisque largement ces gains en efficacité énergétique.

Mick Levy, Directeur de l’Innovation Business chez Business & Décision souligne : « Quand on pense empreinte environnementale de la donnée, on pense souvent au stockage d’énormes volumes de données or il ne s’agit pas de la phase la plus consommatrice d’énergie. Ce qui est le plus consommateur, c’est de mettre en mouvement cette donnée, c’est d’exécuter des requêtes qui ne sont pas optimisées. »

En matière de conception logicielle, des meilleurs pratiques ont émergées, mais trop peu d’entreprises se sont engagées dans l’écoconception de leurs logiciels. Les applications d’entreprise sont de plus en plus modulaires, distribuées entre de multiples machines et le trafic Est-Ouest entre serveurs continue de s’intensifier dans les datacenters.

Le Lean, une nouvelle vision sur l’IT

L’application de méthodes telles celles issues du « Lean Data Management » pourrait aider les entreprises à aller vers un peu plus de sobriété numérique et passer d’une approche « Big Data » à une approche « Lean Data » plus durable.

Maureen Delaloi, Data & Innovation Manager au sein de Rhapsodies Conseil et membre du groupe Lean ICT au sein de The Shift Project souligne : « L’approche Lean vise à limiter le gaspillage et dimensionner les ressources au plus juste. Appliqué à la Data, le Lean vise à briser le fonctionnement malheureusement trop souvent fait de stocker toutes les données disponibles dans un Data Lake « au cas où ». Il faut privilégier une démarche « au plus juste » plutôt que d’amasser des données qui ont un coût financier et environnemental. »

Si le mouvement Lean est né dans l’industrie, l’industrie du logiciel et les DSI doivent clairement s’en inspirer pour inventer une IT plus durable, plus frugale. 

Alain Clapaud