Duel dans le Cloud : IBM agressif face à AWS revendique la place de leader

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Bull, cloud, numergy © Beboy - Fotolia.com

Qui l’eut cru voici encore quelques mois ? C’est désormais Amazon Web Service qu’IBM a dans le collimateur. Big Blue conteste à son concurrent sa position de numéro un dans le Cloud. Chiffres à l’appui. Sauf que ces chiffres flatteurs ont attiré l’attention du gendarme de la bourse américaine.

Les jeux semblaient faits dans le nuage public, avec un classement acquis pour de nombreux observateurs, premier Amazon Web Service (AWS) – avec un chiffre d’affaires de 3,2 à 3,8 milliards de dollars dès cette année selon les analystes -, second Microsoft Windows Azure, troisième Google Cloud (très loin derrière, mais avec un fort potentiel). Leurs concurrents semblaient déjà largués, Rackspace en quatrième position, et nos ‘pauvres’ Clouds souverains complètement dans les choux…

IBM modifie la donne

C’était sans compter sur un évènement intervenu en juillet dernier, et qui est presque passé inaperçu dans nos contrées : l’acquisition de Softlayer par IBM. Un rachat anecdotique, pensions-nous, diligenté par le géant de l’informatique qui ne cherche qu’à renforcer son offre Cloud, déjà bien fournie.

Sauf qu’un second évènement, plus récent, vient modifier la donne : l’activité IBM SmartCloud Enterprise, l’arme Cloud public de Big Blue, est passée sous pavillon SoftLayer. IBM nous avait habitué à la migration sémantique de ses activités traditionnelles vers le vocable ‘Smart’, et pas le contraire !

Pendant ce temps, AWS signait un lucratif contrat avec la CIA, 600 millions de dollars sur 4 ans, pour équiper l’agence d’une plateforme de Cloud. Et mécontentait fortement IBM – également sur les rangs et dont l’offre, semble-t-il, était moins élevée (un certain brouillard règne sur les ‘options’ qui accompagnent les services proposés) – qui n’a pas manqué de le faire connaitre, et s’est même tourné vers les juges pour tenter de casser le contrat !

Nous ne reviendrons pas sur les méandres de cette dernière affaire, très américaine. En revanche, elle est significative d’une nouvelle stratégie, agressive, de Big Blue sur le Cloud et contre AWS. Qui s’est encore traduite, la semaine dernière, lors des conférences AWS re:invent, par une campagne publicitaire d’IBM jusqu’aux portes des conférences.

Big Blue leader du Cloud ? La SEC enquête

Avec l’acquisition de Softlayer, IBM affirme disposer d’une base de 22 000 clients, avec 1 000 nouveaux clients engrangés au cours des 100 premiers jours de Softlayer sous la bannière IBM. Au cours du dernier trimestre, le géant aurait réalisé un chiffre d’affaires ‘Cloud’ supérieur au milliard de dollars, dont 460 millions pour les seuls nouveaux services cloud (dont Softlayer) et son portefeuille d’applications SaaS.

Si ces chiffres sont confirmés – une enquête a été diligentée par la SEC (Securities and Exchange Commission), le gendarme de la bourse américaine, pour vérifier la véracité des chiffres fournis sur le dernier état trimestriel –, IBM se placerait nettement devant son concurrent AWS. Et il cherche à le faire savoir.

Mais le duel qui l’oppose à AWS est bien plus que marketing… IBM, qui manipule cet outil avec agressivité, souhaiterait également amener ses compétiteurs sur le terrain technologique, car il ne manque pas d’arguments. Le premier porte sur son positionnement sur les environnements ouverts et sa participation active à Openstack. Par opposition, le modèle AWS est propriétaire. Le second est certainement la capacité d’IBM à vulgariser à la fois son code, sa documentation, et son savoir-faire. Ce n’est pas nouveau, le géant a initié cette démarche depuis des décennies.

Standards ouverts, plus de 500 développeurs qui leur sont dédiés, plateforme Openstack portable tant sur le Cloud public que sur le on-premise, outils documentés : l’approche d’IBM séduit… principalement les administrations américaines. Big Blue a multiplié les contrats ces dernières semaines : services fédéraux de météorologie, archives nationales, services généraux des administrations, DARPA (Defense Advanced Research Projects Agency), et même un contrat d’un milliard de dollars avec le département de l’intérieur.

Microsoft en embuscade

On comprend dans ces conditions pourquoi IBM tient à faire savoir qu’il est le numéro un des services Cloud, devant l’autoproclamé Amazon. Et pourquoi il conteste l’attribution du Cloud de la CIA à son concurrent. La machinerie IBM s’est donc mise en marche pour clamer haut et fort sa supériorité… aux États-Unis, car en Europe c’est le profil bas qui demeure privilégié.

Il y a en revanche un troisième larron, qui tisse sa toile et attend son heure, Microsoft. Certes Azure est encore en retrait face à AWS. Mais la tournure des évènements ne devrait pas déplaire au géant des logiciels. D’abord parce que pendant que IBM et Amazon s’affrontent, il continue d’avancer ses pions et de compter les points. Mais surtout parce qu’en élevant le débat vers la technologie, IBM l’emmène vers un territoire plus familier pour Microsoft.

Ce qu’il faut retenir de ce duel dans le nuage, c’est que même si les jeux semblent faits, il existe des territoires sur lesquels les géants d’aujourd’hui et certainement de demain peuvent encore s’affronter. Au profit de leurs clients ? La baisse continue des prix fait figure de réponse.

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