E-commerce : les fraudeurs empochent plus d’un million d’euros

Sécurité

Les escrocs du e-commerce brouillent les pistes, pendant que les
cyber-marchands assouplissent leurs règles de sécurité. Bilan d’une année de
fraude

Les fraudeurs du e-commerce se professionnalisent et deviennent de plus en plus difficiles à repérer. Résultat : le taux d’impayés a augmenté en 2006. Telles sont les conclusions de la septième édition du livre blanc sur la fraude à la carte bancaire sur internet de Fia-net. L’étude de ce tiers de confiance auquel ont souscrit environ un millier des sites de commerce, est basée sur les déclarations de sinistre de 900 de ses clients, pour les transactions réalisées entre le premier janvier et le 31 décembre 2006. Le taux de fraude lors des transactions à l’aide d’une carte bancaire sur les sites de e-commerce, à savoir le nombre de tentatives, réussies ou non, atteint 2,19% des ventes sur Internet en France en 2006. Cela représente un montant de 26,6 millions d’euros sur l’année, soit une fois et demi de plus que l’an dernier. Certains sites connaissent des taux qui dépassent les 10% lorsque leurs faiblesses ont été repérées par les fraudeurs. Et le phénomène connaît des variations saisonnières importantes : De septembre à décembre, lorsque les ventes augmentent de 52%, le taux de fraude atteint 3%, contre 1,7% les huit premiers mois de l’année.

Pourtant, la période où les attaques des fraudeuses sont les plus nombreuses n’est pas celle de leurs plus grands succès. Le pic des impayés, c’est à dire des tentatives de fraudes fructueuses (pour leur auteur), se concentre l’été, de juin à septembre, lorsque les vacanciers désertent leur domicile. Il est alors plus facile de se faire livrer des marchandises au domicile des personnes dont on a usurpé l’identité.

De plus, les formations des transporteurs à la livraison, des intérimaires, durant cette période, est insuffisante. Et les contrôles humains effectués par les sites se relâchent. Sans compter les éventuelles complicités entre des vacataires chez les marchands ou les transporteurs et les réseaux de fraudeurs. Fraudeurs

en réseau Cette année, le taux d’impayés est en nette augmentation, par rapport en 2005 : il a crû de 45% et varie entre 0,06% et 0,16% selon les mois pour un total de 1.228.995 euros. L’an dernier, en effet, explique le livre blanc, les commerçants ont véritablement cadenassé leurs sites, multipliant les contrôles, augmentant les coûts et les refus de vente préventifs. Une sécurité qui s’acquiert au détriment du service. Les commerçants sont donc à la recherche d’un juste équilibre entre le coût des impayés et les frais inhérents aux dispositifs pour y faire face. Résultat, en 2006, les cyber-commerçants ont assoupli leur dispositif. En face, pourtant, les fraudeurs s’organisent. Le nombre de fraudeurs « actifs » en 2006 a cru de 33% par rapport à l’année précédente. Mais surtout, c’est sont les réseaux qui se consolident. Le livre blanc en comptabilise 984, soit 45% de plus que l’an dernier. Et ils deviennent de moins en moins repérables, utilisant 29% de plus d’identités qu’en 2005 et effectuant 33% de transactions en plus. Si leur panier moyen, de 300 euros, est nettement moins gonflé que celui moyen des impayés, de plus de 400 euros, c’est que les pros privilégient les transactions de valeur plus faible, et des articles qui leur permettent d’échapper à la vigilance des marchands. Ils sont ainsi des adeptes des sites de téléphonie. Au total, on leur doit 62% des tentatives de fraude, et 38% du montant des impayés. Trio gagnant De manière générale, les fraudeurs préfèrent les produits à forte valeur ajoutée, si possible peu encombrants et faciles à receler. Le trio gagnant des secteurs n’a pas varié. Avec 32% du montant des fraudes, le matériel électronique demeure en tête, suivi du tourisme (30,4%) et de l’informatique (17,1%). Plusieurs facteurs expliquent la stabilité de cet engouement. Tout d’abord, les fraudeurs préfèrent des grosses commandes isolées, à une multitude de petites commandes, jugées plus repérables. Par ailleurs, le débouché du recel dirige le choix vers des produits modes, susceptibles d’être facilement revendus. En quatrième place, vient la téléphonie, notamment pour les achats et recharge de minutes téléphoniques à distance, sans abonnement. La délivrance de ce service, et donc l’absence de coordonnées physiques fiable, facilite grandement la fraude. Autre secteur en pleine expansion : le secteur des jeux en ligne, sur les plate- formes de jeu interactives, qui permettent de gagner des cadeaux. Selon Gartner Group, 15 millions d’identités auraient été usurpées de juillet 2005 à juin 2006 aux Etats-Unis. Une sombre perspective pour la France?


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