Edito: Apple jette-t-il la confusion en choisissant Intel ?

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Le revirement d’Apple au profit d’Intel n’a pas fini de soulever de multiples questions. Si Intel marque des points face à IBM, il n’est pas certain qu’Apple en sorte indemne

L’annonce de l’arrivée des processeurs x86 d’Intel dans les Macintosh d’Apple est probablement la plus grande transition qu’ait connue la firme à la pomme depuis le passage de Mac OS 9 à Mac OS X. Mais la transition s’annonce difficile !

Certes, Steve Jobs a clairement indiqué que la plate-forme d’Intel apporte plus de puissance et plus d’efficacité. Mais le choix de porter l’architecture Intel en priorité sur le Mac Mini, dont la chaîne de production sera exclusivement Intel en 2007, vient contredire cette affirmation. Apple aurait choisi de basculer sur Intel parce qu’IBM ne maîtriserait pas le Power G5, handicapant la progression technologique de la pomme ! Pourquoi alors débuter une collaboration sur de l’entrée de gamme ? Un choix industriel, sans doute, de réduire le coût des composants sur une machine dont la marge est plus que réduite ! La décision d’Apple est-elle logique ou suicidaire ? La part de marché d’Apple, 2,3% du marché des ordinateurs personnels, est réduite. Dans l’état, la marge de man?uvre du fabricant est, elle aussi, réduite. S’ouvrir à Intel, c’est élargir le potentiel d’Apple de se rapprocher du leader du marché ! Mais Apple va-t-il continuer de séduire sa communauté ? Indéniablement, sa décision heurte et va continuer d’heurter les fidèles de la marque. L’identité du fabricant tenait à son environnement logiciel, mais aussi à la marginalité de ses choix technologiques. Une marginalité perdue en adoptant les processeurs d’Intel ! Et puis, un PowerPC n’est pas un x86. Banalité que cette affirmation ? Pas tant que cela. Les clients Apple profitaient avec leurs acquisitions d’un taux d’obsolescence du PowerPC inférieur à celui des produits x86. L’ouverture à Intel présente un potentiel d’opportunités non négligeable, mais impliquera une accélération des changements technologiques auxquels les clients Macintosh ne sont pas habitués. Et les développeurs ? Et les revendeurs ? Côté développeurs, la transition devrait être plus facile. L’adoption de la technologie Intel crée là aussi un potentiel d’opportunités nouvelles sur un marché gigantesque. Et Steve Jobs a annoncé un ‘Developer Tansition Kit‘ pour compiler du code Power en code x86. Très rapidement, partant de la convergence assurée par Apple, le CD d’une application devrait probablement disposer d’un code binaire unique et de deux modules d’installation, pour chacune des plates-formes. C’est tout du moins ce qui est annoncé pour la plate-forme de développement Xcode, qui compilera sur les deux environnements. Le cas des revendeurs Apple est plus délicat. Et la firme à la pomme a sans doute plus à y perdre du côté de son réseau de distribution ! Le maintien de deux lignes de produits et de développement peut se révéler malsain. Mais surtout, les revendeurs de la marque risquent d’avoir à affronter des acheteurs hésitants, en manque de signes forts avec la confusion des technologies. Pire, la défiance des ‘Apple maniaques‘, les clients naturels et jusqu’à présent acquis. Quant au passage des derniers Power aux premiers Intel, il sera certainement problématique, ce qui ne risque pas de faciliter les choses ! Un choix industriel et stratégique Et si Apple avait choisi AMD ? La pomme se tournant vers les technologies 64 bits du challenger aurait certainement beaucoup plus marqué les esprits. Mais le duo challenger/challenger aurait sans doute été présenté comme un duo looser/looser. Et n’aurait pas pris en compte la stratégie d’Apple. Car le fabricant vit actuellement une expérience unique. Il aura en effet suffi d’un seul produit pour changer la stratégie d’Apple. Et ce produit s’appelle iPod. Le baladeur numérique à disque dur, qui occupe une part de marché exceptionnelle de 80%, vient démontrer que l’industrie du hardware informatique peut gagner à occuper le terrain de l’informatique de loisir, qui peut converger vers le vaste marché de l’électronique grand public. Et sur ce plan, IBM occupe une place toute récente et révélatrice. Car la technologie Power se retrouve aujourd’hui au c?ur de la dernière génération des consoles de jeu Sony et Microsoft? Mais cette technologie constitue aussi le centre de la communauté OpenPower, stratégique pour Big Blue qui cherche lui aussi à se rapprocher des géants de l’électronique grand public. Mais ce marché demande à adopter une approche industrielle beaucoup plus pointue de production de masse. Et là, Intel est le mieux armé pour répondre aux attentes d’Apple. Cette migration vers le ‘digital entertainment‘, le loisir numérique, pourrait bien être une des clés, essentielle et stratégique, du revirement d’Apple. Mais alors, ce serait une démission face à Microsoft sur la bureautique, une étape sacrifiée pour mieux rebondir sur le terrain de bataille de l’électronique de salon. Quelle que soit la stratégie d’Apple au moment de divorcer d’IBM pour fricoter avec Intel, le dernier mot reviendra aux clients.


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