Eric Ménard (AFDEL) : « La croissance du marché du logiciel est portée par le SaaS »

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Eric Ménard, responsable études et stratégie de l’Association française des éditeurs de logiciels et solutions Internet (AFDEL), fait le point sur la situation du marché.

En partenariat avec Le CXP et Pierre Audoin Consultants (PAC), l’Association française des éditeurs de logiciels et solutions Internet (AFDEL) a récemment publié le second volume de son baromètre CockpitEric Ménard, responsable des études au sein de l’organisation, précise ici les principaux enseignements de cette analyse.

Silicon.fr – En décroissance en 2012, le marché français de l’édition de logiciels devrait retrouver des couleurs cette année, mais les estimations restent faibles. Comment expliquez-vous cette quasi-stagnation ?

Eric Ménard – En 2013, la croissance attendue redevient positive sur le marché français (+0,7 %, contre -0,1 % en 2012), selon notre analyste partenaire Pierre Audoin Consultants.

Si les entreprises de taille intermédiaire (ETI) relâchent légèrement la vanne, c’est qu’après plusieurs mois de restrictions elles ne peuvent retarder davantage leurs investissements stratégiques, sauf à menacer leur compétitivité. Cela concerne notamment : la Business Intelligence, les plateformes d’intégration, la sécurité et les applications métiers.

D’après notre baromètre Cockpit*, 36 % des éditeurs anticipent désormais une hausse des investissements, contre 28 % au semestre précédent. Pour autant, leur optimisme demeure mesuré : un quart des éditeurs reportent une baisse de leurs carnets de commandes et tablent sur une diminution de leur activité.

Ils sont 29 % à réduire leurs dépenses et 11 % à licencier.

Globalement, la situation économique est dégradée, notamment pour les TPE et PME. Les perspectives sur l’année n’inspirent pas confiance. Même si certains secteurs semblent solides, comme celui des « utilities », aucun ne bénéficie de la dynamique nécessaire pour tirer la croissance.

Sur le marché du logiciel, la croissance est portée par le SaaS. S’il est exact que le SaaS crée de nouveaux services numériques, il fait disparaître, dans le même temps, une part de l’activité classique.

On s’attend donc à une reprise légère des investissements sur des pans stratégiques en 2013.

Peut-on espérer une embellie en 2014 ?

L’embellie dépend de la situation économique globale. Or, la semaine dernière, le gouvernement américain lui-même annonçait avoir fortement revu à la baisse ses prévisions de croissance économique (de 0,4 point pour 2013 et de 0,3 point pour 2014) par rapport à ce que prévoyait le collectif budgétaire publié en juillet 2012.

Les tenants du SaaS et les éditeurs dont le modèle économique s’appuie essentiellement sur la vente de licences réagissent-ils à la crise en ordre dispersé ?

Globalement, l’ensemble des éditeurs de logiciels fait le même diagnostic et poursuit la même politique. L’effet de dispersion s’explique par des différences de maturité entre les acteurs.

Si la croissance du SaaS est principalement le fait de « pure players », elle est aussi générée par des éditeurs traditionnels de plus en plus nombreux à développer ce modèle de distribution. Pour 63 % d’entre eux, la transition vers le SaaS correspond à une stratégie prioritaire de réponse à la crise.

Fondamentalement, les visions des éditeurs convergent. Il sont près de 60 % à considérer que leurs deux principaux axes de croissance dans les trois prochaines années sont : l’international et l’innovation logicielle.

La France veut promouvoir ses « champions » du Cloud et du Big Data à l’international. A-t-elle les moyens de ses ambitions ?

La France recèle des entreprises performantes dans le domaine du Cloud, mais leur taille ne leur permet pas de rivaliser avec les géants mondiaux. Elle dispose également d’ingénieurs qualifiés et recherchés à l’échelle internationale.

Les pouvoirs publics se sont saisis du sujet, notamment dans sa dimension infrastructure (IaaS). Ils ont investi, par le biais du programme des investissements d’avenir, dans deux projets de centrales numériques – Cloudwatt et Numergy – et dans plusieurs projets de R&D (AAP).

De plus, le gouvernement a annoncé en février « orienter 150 millions d’euros du programme d’investissements d’avenir vers les technologies clés de la filière numérique : les objets connectés et intelligents, l’exploitation massive de données, l’informatique en nuage, la sécurité des systèmes d’information », selon les termes du chef de l’État François Hollande.

II est maintenant crucial de mettre en place les conditions indispensables à la structuration de ces filières. C’est avec cette ambition que l’AFDEL a publié une « feuille de route pour le SaaS/Logiciel » et fait connaitre, suite à la mission de réflexion que lui a confiée le gouvernement, ses premières propositions en faveur d’une filière Big Data.

*Méthodologie : Cockpit est conçu sur un rythme semestriel à partir des données PAC issues de ses différentes enquêtes menées auprès d’éditeurs et utilisateurs, des enquêtes et analyses du CXP relatives aux recherches de progiciels effectuées sur son site cxp.fr et, enfin, de l’enquête de conjoncture de l’AFDEL (la plus récente en février-mars 2013 auprès de 100 entreprises éditrices de logiciels).


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Auteur : Ariane Beky
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