ERP dans le Cloud : Oracle y croit (mais se sent encore un peu seul)

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A l’occasion de son événement Cloud parisien, Oracle a insisté sur la montée en puissance de l’ERP en mode Saas. Un discours qui peine encore à convaincre les DSI hexagonaux. Même si, outre Atlantique, ce mode de déploiement des progiciels de gestion semble aujourd’hui en plein décollage.

On attendait un Thomas Kurian technicien, c’est en fait un super VRP du Cloud qui était hier matin en vedette américaine à Paris, pour la déclinaison hexagonale de CloudWorld, l’événement d’Oracle. Devant un parterre de 1 500 personnes – selon les chiffres communiqués par l’organisateur de l’événement -, le vice-président exécutif en charge de la R&D du second éditeur mondial a passé en revue le catalogue Cloud maison. Un catalogue étoffé notamment côté applicatifs. C’est d’ailleurs sur ce point qu’a insisté Thomas Kurian, devant une salle composée à 55 % de non informaticiens.

Si le dirigeant a évidemment mentionné les ressources humaines et le CRM (avec une pile logicielle combinant le marketing, le e-commerce et le service client notamment), il a également insisté sur la gestion des performances (EPM, Enterprise Performance Management) et l’ERP. Un dernier segment moins attendu, tant l’ERP dans le Cloud semble aujourd’hui réservé à des PME confrontées à des problématiques de croissance ou de modernisation d’un progiciel vieillissant. Rien de tel dans le discours de Kurian, qui explique que sa société propose un système financier complet sur le nuage et que l’outil de comptabilité générale d’Oracle dans le Cloud est prévu pour encaisser plus d’un million de transactions par heure. On ne parle clairement pas ici des besoins d’une PME !

Un message pour la base installée SAP

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Thomas Kurian, vice-président exécutif d’Oracle

« Notre architecture est conçue pour répondre à tous les besoins, que l’on parle d’une PME ou d’une très grande entreprise », explique Thomas Kurian, en aparté de son intervention sur la scène de CloudWorld Paris. Et de détailler quelques scénarios d’utilisation de cet ERP dans le Cloud. « Aux côtés du progiciel sur site, les entreprises optent pour l’ERP dans le Cloud afin d’assurer leur expansion géographique – pour des pays où elles ont une présence plus réduite -, afin de disposer d’une solution de consolidation, d’un hub comptable leur permettant de regrouper l’information de différentes divisions ou encore afin de se doter d’une solution spécialisée s’intégrant à leur ERP sur site, par exemple pour gérer les achats. » Selon le dirigeant, on est loin de parler là d’un épiphénomène. Selon lui, deux tiers des nouvelles implémentations d’ERP aux Etats-Unis intègrent au moins une dimension Cloud. Et le phénomène ne serait pas limité aux PME.

Clairement, l’éditeur américain cible ici la base installée SAP, l’ERP le plus utilisé en Europe chez les grands comptes, Thomas Kurian évoquant ainsi les scénarios de coexistence avec les outils de la société allemande. « Notre solution de recrutement et de gestion des talents dans le Cloud peut s’intègrer par exemple sur un SIRH on-premise SAP », illustre le dirigeant, citant le cas d’Axa.

Notons que le cabinet d’études Gartner prévoit que le Cloud sera le principal facteur de changement sur le marché de l’ERP au cours des années qui viennent. En août dernier, Nigel Rayner, un analyste de Gartner, expliquait, dans les colonnes de ZDNet US : « Au cours des 5 prochaines années ou plus, nous allons assister au déploiement de ce que nous nous appelons l’ERP hybride, mélangeant applications sur site et dans le Cloud. » En janvier dernier, le même Gartner estimait que le marché mondial des applications d’entreprises en Saas allait croitre de près de 20 % par an d’ici à 2016.  Et passerait de 13,5 à 32 milliards de dollars entre 2011 et 2016. Un bond notamment dû au segment du CRM, mais pas uniquement.

Une autonomie encadrée pour les filiales

Interrogés sur ce phénomène, plusieurs DSI que nous avons croisés lors de l’événement nous ont fait part de leur scepticisme. Les raisons invoquées : le poids du spécifique dans les progiciels déployés et les difficultés d’intégration qui en résultent. Chez Deloitte, un des partenaires de l’éditeur, Guy Aguera se montre d’ailleurs un peu moins enthousiaste que Thomas Kurian. « Aujourd’hui, le marché se situe du côté des PME et PMI, attirés par un modèle où elles n’auront pas d’infrastructures techniques à gérer, ou de groupes qui font des acquisitions et optent pour le Cloud afin d’intégrer rapidement les sociétés rachetées, détaille l’associé de Deloitte. L’option peut également intéresser des grandes entreprises souhaitant laisser à leurs filiales un certain degré d’autonomie, tout en imposant des axes d’analyse groupe. » Selon lui, si le phénomène commence à s’accélérer en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis, il est encore embryonnaire en France. « On commence à voir ces demandes de la part d’entreprises américaines dotées de filiales dans l’Hexagone ou de PME connaissant une phase de développement rapide. »

Si le marché de l’ERP dans le Cloud reste peu développé en France, son expansion outre Atlantique – aiguillonnée par des pure players comme Netsuite – laisse augurer d’un bouleversement des responsabilités entre l’éditeur et l’intégrateur. « Le travail d’intégration subsiste même avec une solution Cloud, assure Guy Aguera. Car la diversité des solutions demeure. Ce qui changera, c’est la façon dont on aborde l’infrastructure. Les éditeurs prendront désormais des engagements y compris sur cet aspect. » Aspect qui relevait auparavant soit de la DSI, soit d’un infogéreur. D’ailleurs, la démarche d’Oracle en la matière est significative : fort d’un porte-feuille de technologies très large, l’éditeur propose non seulement un vaste catalogue d’applications en Saas, mais également le déploiement d’instances dédiées de sa base de données (11g R2 ou 12c) et de son serveur d’application Weblogic. Ni plus ni moins qu’une forme d’infogérance industrialisée. « Le déploiement d’une pile intégrant une base de données et un serveur d’applications demande moins de 45 minutes, assure Thomas Kurian. Nous avons automatisé dans le logiciel le travail que vous réalisiez manuellement. » Oracle revendique 13 datacenters dans le monde – donc 5 et bientôt 6 en Europe.

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