L’Etat fédéral américain a économisé 10 milliards sur ses dépenses IT… Et la France ?

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Entre 2010 et 2014, l’Etat fédéral américain est parvenu à économiser 10 milliards de dollars sur son pharaonique budget informatique. En France, les efforts sur ce terrain paraissent plus laborieux. Et aucun bilan chiffré global n’a, à ce jour, été dévoilé.

Les dépenses IT du budget fédéral américain sont en baisse rapide : de 79 milliards de dollars en 2010, elles passeront à 70 milliards en 2014, selon les chiffres de TechAmerica, le syndicat des industriels de l’IT outre Atlantique. En dollars constants, la chute est encore plus impressionnante, le syndicat chiffrant la décroissance des budgets IT de l’État fédéral à 2,8 % par an sur la période 2009-2014.

Le déclin de ces dépenses résulte de plusieurs facteurs, selon ce groupe de pression : coupes budgétaires, recherche de prix bas, sans oublier les programmes lancés par l’Etat fédéral pour diminuer ses coûts informatiques (mutualisation des services, migration vers le Cloud, consolidation de datacenters notamment).

Passé le cap de 2014, TechAmerica mise sur une certaine stabilisation des dépenses, avec une croissance annuelle moyenne de 0,6 % des budgets entre 2014 et 2019. A cette échéance, du fait de l’inflation, les dépenses IT de l’État fédéral américain devraient être revenues à leur niveau de 2010 en valeur absolue (78,5 milliards de dollars).

Disic : difficile rationalisation des datacenters

En France, rappelons que des efforts similaires ont été amorcés. Ainsi, le progiciel comptable Chorus vise, via la mise à disposition d’un applicatif commun interministériel, à décommissionner une partie des multiples applicatifs développés au fil des ans par les ministères pour gérer leurs finances (un audit sur le sujet en a dénombré 255, dont 78 sont appelés à être remplacés totalement). Idem pour l’ONP (Opérateur national de paye) qui doit proposer une solution de paye unique pour l’administration d’Etat.

De son côté, la Disic (Direction interministérielle des systèmes d’information de l’Etat), la DSI de l’Etat créée en 2011, tente d’organiser les directions informatiques des différentes administrations – via des chantiers portant sur la maîtrise des projets IT ou la création de services départementaux des systèmes d’information (90 services de ce type ont été créés) – et de rationaliser les réseaux (via le projet de réseau interministériel de l’Etat) ainsi que les datacenters, un des leviers exploités par l’administration américaine.

Dans son document de bilan publié en juin dernier, la Disic explique que cette ambition a été « réaffirmée » lors du 1er comité interministériel pour la modernisation de l’action publique (décembre 2012) et qu’un « schéma directeur des infrastructures d’hébergement a été lancé afin de définir une cible partagée à 10 ans ». La publication de la DSI de l’Etat fait état d’un premier recensement, totalisant une centaine de centres informatiques sur le territoire (pour 20 000 mètres carrés et quelque 20 000 serveurs). Reste que ce recensement date déjà de l’automne 2011 (128 salles principales avaient alors été identifiées) et que la Disic prévoyait de définir un schéma type de mutualisation pour la mi-2012.

Dans un rapport publié en juillet dernier, la Cour des comptes pointait la fragmentation et le manque d’interopérabilité des SI de l’administration française. Ainsi que les retards dans la modernisation de l’architecture informatique. « Compte tenu de la complexité de l’organisation de l’État, de la volonté des services de disposer du système le plus opérant pour eux-mêmes, de la difficulté de la matière et des crédits en jeu, le poids de l’instance administrative de coordination et d’autorisation (le rôle dévolu à la Disic, NDLR) doit être le plus élevé possible », écrivait alors les Sages de la rue Cambon.

Cloud : une expérimentation mais pas de bilan

Une réflexion sur les apports du Cloud a également été engagée, notamment via un rapport commandé au CGEIET (Conseil général de l’économie, de l’industrie, de l’énergie et des technologies). En mai dernier, lors des états généraux du Cloud Computing, Jacques Marzin, le directeur de la Disic (et ex-directeur de l’AIFE, l’administration qui pilote le projet Chorus), a ainsi expliqué que le recours au nuage faisait partie d’une « gestion maîtrisée des coûts ». Une expérimentation est menée par la Dila (direction de l’information légale et administrative), le ministère de l’Ecologie et la Disic. Un catalogue de services à la demande (6000 VM, associées à un déploiement automatisé et à de la facturation) devait être mis en service en septembre, avait alors expliqué le DSI de l’Etat. Qui avait précisé que l’administration avait retenu OpenStack. A ce jour, l’administration n’a pas publié de bilan de ce projet pilote.

De facto, la France paraît bien peu avancée en la matière en comparaison des Etats-Unis. Dès son entrée en fonction, au début du premier mandat de Barack Obama, Vivek Kundra, le DSI de l’Etat fédéral américain, avait affiché son intérêt pour le Cloud. Le magasin applicatif de l’administration US (Apps.gov) a ouvert dès 2009. De son côté, le gouvernement britannique a lancé depuis plusieurs années son projet G-Cloud, le cloud gouvernemental là aussi adossé à une place de marché applicative (CloudStore). Celle-ci a déjà généré plus de 50 millions de livres d’achats publics. Et la version 4 de G-Cloud doit entrer en service fin octobre.


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