Françoise Nicolas, Vandoeuvre: « La high tech, outil de cohésion sociale »

Régulations

Pionnière de l’Internet municipal à Vandoeuvre-lès-Nancy, Françoise Nicola est vice-présidente de la Communauté Urbaine du grand Nancy

Comment développer l’e-administration dans le cadre d’une telle connurbation? La communauté urbaine du grand Nancy compte vingt communes. Le développement des technologies de l’information et de la communication (TIC y est très inégal. Vandoeuvre a été une ville pionnière dans ce domaine. Elle a développé ses projets de façon largement autonome. Certains viennent s’inspirer de notre expérience. C’est le cas de Heillecourt, commune qui jouxte la nôtre et qui est devenue ville Internet, et a obtenu deux accessits dès la première tentative. Quant à la communauté urbaine, elle s’est elle aussi saisie de la question du développement des NTIC. C’est maintenant une question de volonté politique. Et l’Etat, qui est en retard par rapport aux régions, doit s’engager aussi. Quel est l’impact social des technologies à Vandoeuvre-lès-Nancy ? Nous étions à la recherche d’un outil de cohésion sociale pour la ville. En effet, Vandoeuvre n’avait pas une bonne image. La ville se compose de quartiers très différents : les quartiers sociaux, au centre ville, jouxtent des zones plus favorisées. Les jeunes constituent un tiers de la population. Or, le développement des projets Internet a suscité un véritable engouement. Les habitants reconnaissent que l’on parle de mieux en mieux de leur ville. Par exemple, nous avons installé une salle de soutien scolaire, dans une MJC d’un quartier sensible. Les familles qui viennent récupérer les enfants peuvent s’initier à Internet. Nous voulons multiplier cette initiative, ainsi que des bornes d’accès dans des lieux publics. Il sera indispensable d’y placer des animateurs, bien sûr. La suppression des emplois-jeunes nous gène, mais nous ne renonçons pas ! Vandoeuvre s’est également distinguée en expérimentant le vote électronique. Quelles leçons en tirez-vous ? Nous avons expérimenté deux types d’élections électroniques à Vandoeuvre. Lors des législatives, par exemple, nous avons disposé une sorte de «machine à voter» électronique dans les bureaux de vote. Cette solution a été développée dans le cadre du projet européen E-poll. Le vote était mené en parallèle à celui du scrutin classique, et n’était pas officiellement comptabilisé. 2000 personnes ont tenté l’expérience. Pour certains, c’était la première fois qu’ils manipulaient une souris. Le bilan me semble tout à fait positif. Au premier tour des élections présidentielles, nous avons disposé trois terminaux d’accès à Internet dans un bureau de vote. 468 volontaires ont reçu un identifiant et un mot de passe qui leur permettaient d’effectuer leur vote. Pour l’anecdote, on s’est aperçu que les voix en faveur de Jean-Marie Le Pen étaient moins nombreuses lors du vote électronique. Peut-être le poids du regard des animateurs, qui aidaient les gens dans leur démarche?… D’où est venue l’impulsion de faire de Vandoeuvre une ville pionnière de la e-démocratie ? Quel bilan en tirez-vous ? Nous réfléchissions à un projet fédérateur pour la ville, lorsque des initiatives individuelles se sont multipliées. Un instituteur a créé un site Internet pour l’école avec l’aide des enfants, et un stagiaire a eu l’initiative d’ouvrir un cybercafé pour le personnel de la mairie. Nous avons donc décidé d’équiper toutes les écoles ? et aujourd’hui, nos 18 écoles sont équipées en ADSL ? et nous réalisons des animations dans la ville. Pour cela, nous avons beaucoup travaillé sur la formation du personnel et des habitants, dans l’école, la mairie, la rue… Politiquement, la concertation passe encore par des réunions. Par exemple, le forum sur le site de la ville ne donne pas encore de résultats concluants. C’est normal : la démocratie locale passe par des rencontres.


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