Free : 'Orange se dit ouvert à tout, mais fait exactement le contraire'

Régulations

Nouvelle attaque contre les pratiques de l’opérateur historique en matière de fibre optique

Depuis quelques jours, Orange est dans l’oeil du cyclone. Le 21 avril dernier, dans un très virulent communiqué, l’association de consommateurs UFC Que Choisir dénonçait les pratiques de l’opérateur historique en matière de déploiement du réseau en fibre optique.

Comme le marché est loin d’être encadré, les opérateurs se lancent chacun de leur côté en déployant des réseaux dans les grandes villes. Free, Orange et Neuf Cegetel (les seuls à investir massivement dans la fibre) tentent d’arriver le premier dans un immeuble pour occuper le terrain face à un concurrent.

Mais Orange, grâce à ses nombreuses équipes, dispose d’un sacré avantage, selon l’association. L’opérateur “déploie beaucoup d’énergie pour gêner ses concurrents” : “d’une part ce dernier implante les points de mutualisation en pied d’immeuble, ce qui implique d’avoir d’importants effectifs pour couvrir un large territoire”. Enfin “Orange refuse, contrairement à ses concurrents, de divulguer où se trouvent ces points de raccordement”.Conséquence,“la concurrence, ne connaissant par les immeubles raccordés, n’est pas en mesure de proposer une alternative aux consommateurs fibrés par Orange”, peut-on lire dans un communiqué.

Aujourd’hui, dans un entretien au Figaro, Maxime Lobardini, directeur général de Free en remet une couche. “Orange ne joue pas le jeu. À Paris, nous déployons sans souci notre réseau sur le domaine public. Le problème se pose dès que nous voulons entrer dans le domaine privé, c’est-à-dire dans les immeubles. Orange dispose de ses relations anciennes avec les copropriétés pour signer des accords permettant d’installer la fibre dans les immeubles. Il va de soi qu’un seul réseau peut être installé par immeuble et qu’il doit être accessible aux autres opérateurs pour laisser aux foyers la liberté de choix. Les solutions techniques retenues par Orange et son refus de collaborer avec les autres opérateurs pour mettre en œuvre la mutualisation, en échangeant les informations relatives aux accords signés, font courir un grave risque de retour au monopole, avec son corollaire, la hausse des prix”.

Orange conteste cette vision. L’opérateur rappelle ainsi qu’il a “mis au point une offre de mutualisation du génie civil et du câblage des immeubles”.Poudre aux yeux pour Free !

“Orange se dit ouvert à tout, mais fait exactement le contraire. Il nous met des bâtons dans les roues et retarde notre déploiement tout en intensifiant le sien. L’offre de «fourreaux» existe à titre expérimental, à la suite de notre saisine du Conseil de la concurrence.

Deuxièmement, Orange veut que le point de raccordement entre domaine public et privé se situe dans chaque immeuble, ce qui est ingérable pour les opérateurs alternatifs et non souhaitable pour les copropriétés qui verraient se succéder les interventions des opérateurs. Nous demandons que ce point de raccordement soit situé sur le domaine public, pour être accessible simplement pour tous les opérateurs. Enfin, il est essentiel que le régulateur des télécoms (Arcep) tienne à jour une base de données de toutes les copropriétés ayant signé un accord de raccordement à la fibre, pour que tous les opérateurs puissent se brancher”.

Pour Free, il faut agir et vite. “Il y a urgence à ce que l’Arcep édicte des règles claires, comme elle en a les moyens. À terme, il faut mettre en œuvre la séparation fonctionnelle de France Télécom, comme le prévoit la réglementation européenne. Le vrai moyen d’avoir un accès équitable et durable aux infrastructures, c’est probablement de séparer ces dernières des activités commerciales. Nous éviterons ainsi les restrictions de concurrence et les profits indus sur les offres de gros”.

Du côté du gouvernement, on se dit attentif à cette question. “Nous avons demandé aux opérateurs déployant un réseau de se mettre d’accord. S’ils n’y parviennent pas, nous demanderons au régulateur des télécoms de faire ses préconisations”, explique à la Tribune, Luc Chatel, secrétaire d’Etat à la Consommation.


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