Fusion entre Neuf Cegetel et SFR : Orange se pose des questions

Régulations

Sans être opposé au rapprochement, l’opérateur historique réclame des éclaircissements

La prise de contrôle de Neuf Cegetel (2e FAI français) par SFR pourrait prendre un peu plus de temps que prévu. Selon le Figaro, les concurrents de l’opérateur mobile, Orange en tête, réclament une saisine du Conseil de la concurrence jugeant les engagements pris par le nouvel ensemble “insuffisants”. La filiale de France Télécom menace même d’un recours devant le Conseil d’Etat si le dossier n’est pas examiné par le Conseil de la concurrence.

Un tel examen retarderait d’au moins 6 mois la fusion annoncée en décembre dernier. Mais pour SFR et Neuf, cet examen supplémentaire est parfaitement inutile : les deux entreprises étant positionnés sur des secteurs différents : le fixe pour Neuf et le mobile pour SFR. Par ailleurs, la filiale de Vivendi estime que les engagements pris lors du rachat de Tele2 ADSL sont déjà importants.

D’ailleurs, du côté de Bercy, on ne semble pas se poser trop de questions. “Techniquement, le dossier ne pose pas de problème. Neuf est sur le marché du fixe tandis que SFR est sur le marché du mobile, il y a donc très peu de recouvrement. Cette concentration pose donc peu de problèmes concurrentiels”, souligne au quotidien une source proche du dossier. “Ne nous trompons pas de cible. L’urgence est de faire émerger enfin un groupe capable de concurrencer France Télécom”, ajoute-t-il.

Ce dernier réclame néanmoins cet examen afin de mettre en place des règles du jeu équilibrées. L’opérateur historique, qui craint aujourd’hui des problèmes concurrentiels avait pourtant un autre discours il y a encore peu de temps. Le Figaro rappelle justement que Didier Lombard, patron de France Télécom, estimait il y a quelques semaines que cette opération “ne posait pas de problème”.

D’autres acteurs sont plus véhéments : “Vivendi-SFR n’a pris aucun engagement sérieux. Ils affirment qu’ils vont continuer à faire des opérateurs mobiles virtuels, mais cela leur est déjà imposé par le régulateur. Ils s’engagent à ne pas signer d’exclusivité avec certaines chaînes de TV mais il s’agit de chaînes sans intérêt”.

Rappelons que SFR, filiale de Vivendi, détient déjà 40,5% de Neuf Cegetel et va donc s’emparer des 29,5% détenus par l’actionnaire historique de Neuf, Louis Dreyfus et du reliquat des actions (30%) détenu notamment par le public via une OPA (offre publique d’achat). Au total, l’opération coûtera à SFR 4,7 milliards d’euros environ.

Vivendi, premier actionnaire de SFR, a d’ailleurs annoncé qu’il lèvera entre un et deux milliards d’euros auprès de ses actionnaires pour financer le rachat du capital de Neuf Cegetel.

Mais pour Vivendi et pour SFR, cette opération n’est pas si coûteuse que ça. Car les bénéfices sont énormes. Il y a d’abord les synergies: SFR, premier client de Neuf Cegetel, utilise son réseau pour son offre d’Internet tandis que Neuf Cegetel recourt à celui de SFR pour son offre fixe/mobile “Twin”. Les deux opérateurs investissent en outre conjointement dans la fibre optique et le Wimax.

Surtout, elle va faire de SFR un véritable opérateur intégré, comme Orange. Le groupe de Frank Esser sera ainsi capable de proposer une offre convergente quadri-play associant internet haut débit, téléphonie fixe, IPTV et téléphonie mobile. A l’heure de la convergence, ce rapprochement apparaissait donc comme inéluctable.

Le rachat permettra également à l’opérateur mobile de devenir le deuxième FAI de France derrière Orange, leader incontesté du marché. En fait, SFR se dote d’armes nouvelles pour combattre son ennemi historique.


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