IBM fête ses 100 ans (suite): qu’est-ce qui fait courir Big Blue?

C’est bien la date de ce 16 juin qui a été retenue comme date des 100 ans d’IBM. A cette occasion, Big Blue a orchestré, aux Etats-Unis, le lancement d’un nouveau film, «Wild Ducks», et, à New York, a été invité à sonner la cloche d’ouverture de la bourse à Wall Street.

A Paris, hier soir, profitant de l’expo « La ville fertile » (Nicolas Gilsoul) à la Cité de l’Architecture et du Patrimoine (Palais de Chaillot), le patron d’IBM France  s’est plu à rappeler quelques-unes des grandes dates de la vie de Big Blue – sans occulter les périodes délicates.

Précisément, quelles dates marquantes faut-il retenir de ces 100 ans?
Faut-il retenir, pendant la « grande dépression » [la crise de 1929],  l’investissement dans un centre de recherche?  Ou le développement du premier disque dur à l’origine de l’industrie du stockage de donnée ? Ou la collaboration avec le gouvernement des Etats-Unis pour développer le système de sécurité sociale?  Dans un résumé, IBM évoque aussi de « grands paris » tels que le système 360 [1964] – un « modèle informatique radicalement nouveau« , ou bien l’invention du code barre? Ou encore le premier PC, ordinateur personnel, « qui fut à l’origine de la révolution du PC » (PC XT 370, 1983], ou bien encore avec le récent développement de Watson [2011], l’ordinateur qui a remporté le jeu télévisé Jeopardy?

Côté périodes critiques, chez IBM France, on se souvient notamment de la crise du début des années 90, avant le grand sauvetage réussi par Lou Gerstner. En quelques mois, les effectifs de la compagnie avaient baissé de près de la moitié, chutant de 400.000 à 200.000 personnes environ (*).

En 100 ans, la technologie a permis d’accomplir d’innombrables progrès sociaux et économiques et catalysera ceux des prochaines décennies. En 2011 comme en 1911, IBM est une entreprise qui se réinvente en permanence grâce à ses clients et à ses collaborateurs et qui est prête à relever les défis de la société de demain », a déclaré Alain Bénichou, président d’IBM France.
Ce dernier s’est également plu à rappeler une anecdote historique: à l’époque où les triporteurs  se répandaient dans tout Paris, le président d’IBM, qui avait installé sa première filiale étrangère en France, a eu l’idée de faire apposer des placards publicitaires sur ces tricycles avec ce slogan : « IBM = service ».

Quelques évocations   « à chaud »
L’équipe de Silicon.fr a sollicité des consultants, qui ont bien connu et suivent régulièrement IBM, pour leur demander, non sans quelque humour:  « Mais qu’est-ce qui fait courir Big Blue? » . Premier florilège:
– « Insubmersible par construction? » par E. Besluau
– « La classe? » par C. Baratay
– « Un vrai phénix ? » par Alberto
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(*) Louis V. Gerstner, premier CEO n’ayant pas fait carrière chez IBM, a engagé  une profonde réorganisation après des résultats financiers qui se dégradent à partir de 1991 et inquiètent les experts. Ces derniers conseillent une scission du groupe. Mais Lou Gerstner prend le parti de préserver l’unité de l’entreprise en refondant totalement son organisation commerciale et ses offres, en intensifiant les efforts dans les services et les logiciels. Ce qui s’avèrera la bonne stratégie.

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« Mais qu’est-ce qui fait courir Big Blue? »

Insubmersible, par construction…

Trois choses me frappent chez IBM:
-le sens de l’engagement (commitment) : quand IBM s’engage il fait tout pour tenir. Il ne s’engage donc pas à la légère…voire dans certains cas il ne s’engagera pas. Ceci est vrai vis à vis des clients mais aussi en interne où la notion peut atteindre un formalisme un peu lourd.

-la culture de la « protection de l’investissement » : un programme Cobol des années 60 tourne encore dans les machines de 2011… Là encore cela est valable pour les clients et en interne: IBM sait recycler des vieilleries pour les faire apparaître comme neuves.

-un management visant à l’efficacité : tout est fait pour vendre et satisfaire le client. La hiérarchie est là pour aider aussi. Jeune TC dans les années 80, je me souviens que l’ on pouvait faire appel à un DG pour le sortir en clientèle et faire passer un message.

Comme on le voit, chacun de ces traits de caractère a son revers…mais, pour un anniversaire, positivons!

Emmanuel Besluau, consultant, Duquesne Group

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« Mais qu’est-ce qui fait courir Big Blue? »

IBM : « la classe » ?

[« Témoignage d’un sénior de l’informatique » (*)]

Je pense qu’IBM a toujours eu, tout au long de son histoire, une image de société qui a « la classe »… Est-ce là la clé de son succès et de sa longévité ? Peut-être. Mes premiers contacts avec IBM datent des années 1970 à l’Université de Grenoble, où le Professeur Bolliet et d’autres responsables avaient « introduit » les systèmes IBM. Signe d’un éclectisme allant dans le sens de l’histoire, Louis Bolliet a été par ailleurs, et à la même époque, responsable d’une cellule de recherche pour Bull.
Ainsi, pour le compte de Bull, j’ai pu m’ occuper des systèmes IRIS cohabitant harmonieusement dans les locaux de l’Université avec le 360 et les  autres systèmes de Big Blue…

IBM, s’étant implanté très tôt à l’Université, était devenu la référence « de fait » pour les étudiants et même pour leurs enseignants (ah, apprendre par cœur la signification de chaque bit du registre « PSW » du 360 !).
Le personnel d’IBM présent en permanence ou selon le besoin dans les locaux était toujours « impeccable », discret et professionnel… mais s’isolant du personnel de ses concurrents (on nous disait que c’était « les consignes » de leur maison-mère !).

Référence pour les étudiants et enseignants, mais aussi pour les autres constructeurs, IBM était le concurrent auquel on n’osait pas vraiment s’attaquer. Auto-censure ? C’est sans doute dommage… d’autant que j’ai pu constater que cette attitude a duré de nombreuses années, de la part cette fois-ci de DSI de sociétés industrielles plus ou moins nationales : quand l’offre concurrente était moins bonne que celle d’IBM, quelque responsable faisait souvent jouer l’ « acheter français ». Là aussi, dommage, car on aurait préféré assister à une bataille saine, alimentée par de vrais arguments.  IBM avait beau clamer qu’il était « le premier employeur français dans son secteur »…. rien n’y faisait.  Je suppose que cela a généré un peu de frustration chez « les Bleus » (terme qui à l’époque ne désignait pas encore l’équipe nationale de football…).
Paradoxalement, il me semble que c’est dans certaines administrations et collectivités que l’on pouvait trouver tel DSI qui avait « osé » ne pas céder à l’auto-censure…

Depuis lors, IBM a connu des hauts et des bas, selon les gammes de produits  de son catalogue (mainframes, PC, équipements réseau, logiciel…) mais il me semble qu’on n’a pas connu de société affichant autant de constance et de longévité dans le positionnement « high-end ».

Claude Baratay, cabinet Bream & Laanaia, conseil RH et recrutement (38)

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« Mais qu’est-ce qui fait courir Big Blue? »

Un vrai phénix ?!

C’est quand même incroyable qu’elle soit encore en vie, cette compagnie. Un vrai phénix! 100 ans, vous dites? Même pas encore rachetée par une autre, toujours en train d’en racheter d’autres? Toujours aussi vivante, quoi? Incredible!…
Pourtant, un moment , on s’est dit: cette fois, ça y est le gros vieux dinosaure qui se croit le plus fort va se faire battre par des plus petits; il va y laisser sa peau… Et bien non! Ou plutôt si!  Il a laissé tomber sa peau de gros dur, il s’est rhabillé grand doux, mais toujours fort. Il a perdu en superbe, mais gagné en couleurs, en variété, en souplesse.
Tel un lion du cirque – du ‘big blue circus’ – qui, pour ne pas voir  son numéro disparaître, pour cause d’obsolescence culturelle, se serait transformé en acrobate-équilibriste; non plus roi des animaux, mais toujours roi de la piste.
Difficile de ne pas applaudir devant la prouesse. Même si on n’aime pas les premiers de la classe ( surtout ceux qui sont trop arrogants), quand c’est de cette classe-là, alors là, on est prêt à dire: vas-y, toi le Big Blue Circus, go on !, fais ton show, montre-nous encore les pirouettes dont t’es capable!!

Alberto,  le clownanalyste, www.clownanalyste.com
[ intervenant dans des conventions managériales ]