Interopérabilité : la vision de Microsoft

Régulations

Après les dernières annonces stratégiques de l’éditeur, un point sur sa
stratégie d’interopérabilité s’impose

Reconnaissance des standards, adoption de formats concurrents, ouverture des technologies et de la propriété intellectuelle, partenariats, depuis quelques années Microsoft multiplie les démarches en vue d’assurer la l’interopérabilité de ses produits avec le marché.

Pour autant, les annonces tous azimuts de l’éditeur laissent planer de nombreuses questions sur sa stratégie, d’autant qu’en affirmant que ‘la richesse d’une application dépend du nombre d’utilisateurs‘, et qu’à ce titre Microsoft s’impose de facto, on finit par s’interroger sur sa vision de l’interopérabilité : en ouvrant ses technologies, Microsoft pourrait bien se contenter de laisser les autres rendre leurs produits interopérables avec les siens…

Cette vision est cependant nettement réductrice, car l’interopérabilité prend de nombreuses formes : technologique bien sûr, spatiale entre les produits et les services, et temporelle pour assurer et conserver un accès aux données dans le temps. Sans oublier l’organisationnel, entre business, processus et identités, et le sémantique, pour assurer la compréhension des données.

Mais il faut d’abord prendre en compte la complexité des environnements informatiques, qu’il s’agisse du matériel (processeurs, mémoire, chipset, I/O, réseaux, stockage, etc.), des systèmes d’exploitations et des applications, sans oublier les services. Comme le fait fort justement remarquer Bernard Ourghanlian, directeur technologie et sécurité de Microsoft France, “l’interopérabilité devient une nécessité impérieuse.

Microsoft est à la tête d’un énorme écosystème, et il aurait pu se contenter de se limiter à celui-ci, se considérant standard de facto. Mais le marché ne lui pardonnerait pas une telle attitude, d’autant que les dernières innovations touchent des domaines, comme le Web et les services, sur lesquels l’éditeur n’est pas exactement en position de force.

Il faut aussi rapprocher l’interopérabilité de la nécessaire convergence des technologies imposée à la fois par les utilisateurs, mais aussi par l’industrie et sa perpétuelle course en avant de l’innovation? Sans oublier que Microsoft est attendu au tournant par ses concurrents qui ne manquent jamais de dénoncer l’attitude fermée de l’éditeur sur ses technologies. La compétition est féroce?

C’est pour cela que l’interopérabilité est importante pour Microsoft. Comme le souligne Bernard Ourghanlian, “C’est une réflexion de longue date, car n’oublions pas que ce qui augmente la valeur pour le client peut augmenter notre potentiel de vente.

C’est pourquoi Microsoft n’a pas manqué ces derniers mois d’augmenter singulièrement ses engagements en matière d’interopérabilité, qu’il s’agisse de l’ouverture de sa propriété intellectuelle, de la création de l’Executive Consumer Council pour être plus à l’écoute de ses clients, des 25 services web sous Open Specification Promise (OSP), imitation des licences open source, de la collaboration avec XenSourcesur la virtualisation, ou encore très récemment de l’accord signé avec Novell.

Ces mouvements dessinent les quatre axes retenus par Microsoft, et une grande partie du marché, pour évoluer vers l’interopérabilité : la conception de produits explicitement interopérables, à l’exemple de .NET, la mise en disponibilité sous licence de sa propriété intellectuelle (PI), la collaboration avec l’industrie et l’implémentation des standards.

En matière de propriété intellectuelle, notre objectif est de nous assurer qu’elle est respectée. C’est pourquoi nous avons reçu des directives précises pour que nos produits ne soient jamais contaminés par du code sous licence GPL. En revanche, notre licence OSP est un engagement irrévocable à ne pas poursuivre ceux qui implémentent notre PI.

L’exemple le plus prometteur de la démarche d’interopérabilité de l’éditeur, pour Bernard Ourghanlian, reste cependant l’adoption du XML. “L’arrivée d’XML représente de réelles possibilités de disposer d’informations structurées ou non structurées au travers des services web. Jusqu’à présent, l’interopérabilité s’exerçait via des API, aujourd’hui XML indique comment les systèmes discutent entre eux. Pour la première fois l’interopérabilité est vraiment en bonne voie.

Pour autant, les choses ne sont pas aussi simples ! Et d’abord les rapprochements, adoptions, développements prennent du temps. “L’interopérabilité n’est pas un effet naturel, ça coûte et ça prend du temps“. Surtout lorsque comme Microsoft on dispose d’une gigantesque base installée, et qu’à ce titre l’interopérabilité passe aussi par la préservation des choix, c’est-à-dire des formats initiaux et largement répandus, comme le ‘.doc‘ (Word) ou le ‘.xls‘ (Excel).

Et c’est sans doute de là que proviennent une partie des incompréhensions et des critiques que Microsoft doit affronter. Par exemple, pourquoi chercher à créer un nouveau standard XML pour les documents bureautiques, OpenXML, soumis à l’ECMA, l’organisme européen et international de normalisation, alors que l’OSIa donné à l’ODF (Open Document Format), développé par Sun au format XML d’OpenOffice.org, le statut de standard international ?

Parce qu’ODF ne reconnaît pas toutes les fonctionnalités des formats de Microsoft Office (et) que les clients de Microsoft souhaitent retrouver les schémas métiers définis par les utilisateurs“. Microsoft confirme ici sa volonté de procurer la compatibilité totale avec les documents qui ont été créés dans le passé.

Fallait-il alors tenter d’imposer un nouveau format OpenXML ou s’approcher d’ODF pour le faire évoluer ? “Nous n’y avons pas reçu un accueil des plus chaleureux“, nous indique en aparté Bernard Oughanlian, sous entendu que Microsoft n’est pas le bienvenu dans certains milieux?

La faute à qui ? C’est un autre débat, mais cette opposition parfois systématique à tout ce qui est estampillé Microsoft est inévitablement un handicap pour l’évolution vers l’interopérabilité, et dans le cas des formats de fichiers bureautiques, cela va se traduire par l’existence de deux normes ! “Tout simplement parce que les objectifs recherchés sont différents“. Il n’est pas certain que les utilisateurs l’entendent de la même oreille?

Après l’ouverture de nos formats et la publication de ces deux normes, les deux formats vont se rapprocher“. Certes, mais qui ira vers l’autre ? Microsoft répond avec Open XML Translator, un outil développé selon un modèle open source et distribué sous la forme d’un module additionnel téléchargeable pour Office 2007 qui fera office de pont technologique entre les formats Open XML et ODF.

Ce qui se traduit dans le langage Microsoft part : “Nous supportons le format ODF?” Le raccourci est quelque peu réducteur. En revanche, nous avons assisté à une démonstration de cet outil encore en cours de développement, développé par une société française, CleverAge, et il semble fonctionner parfaitement, reprenant sous un format au pixel près le contenu d’un fichier sous l’autre format.

On le voit, Microsoft s’efforce de jouer la carte de l’interopérabilité, mais il se heurte tant à la complexité de certaines technologies, qu’à l’opposition ouverte de certains de ses compétiteurs, ou encore à une stratégie en interne qui ne veut pas lâcher d’acquis sur lesquels quoi qu’il arrive s’il cède du terrain cela lui sera reproché. Position plutôt inconfortable…

L’interopérabilité, ce n’est pas simple, c’est coûteux et ça prend du temps, même et surtout quand on s’appelle Microsoft.

Un site, une réflexion et des partenaires– Microsoft affiche sa vision de l’interopérabilité et commente ses travaux, sur un nouveau site web : www.microsoft.com/france/interop – L’éditeur a regroupé au niveau mondial les éditeurs et constructeurs qui visent à améliorer l’interopérabilité entre systèmes hétérogènes. Figurent au coté de Microsoft : Sun, Novell, AMD, Business Objects, BEA Systems, Software AG ou une petite société française Kernel Networks. Ce regroupement a pris le nom d’Interop Vendor Alliance.Tient, ces sociétés sont soit très impliquées dans l’écosystème Microsoft, soit ont obtenu de l’éditeur qu’il ouvre le cordon de sa bourse pour régler à l’amiable et à coups de dollars ses différents ! Et on remarquera aussi l’absence de grands acteurs, comme Intel, IBM ou Oracle, ce qui en dit long sur la suspicion qui règne autour des initiatives du géant mondial des logiciels. – Microsoft n’est pas seul en France puisqu’une soixantaine d’éditeurs participent au programme d’adoption anticipé d’Office System, parmi lesquels figurent Cegid, Ilog, EBP, Esker, etc. Même commentaire que précédemment…

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