Interview Rich McBee – Mitel : «Le rachat de BroadSoft par Cisco renforce notre stratégie»

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Rich McBee, CEO de Mitel

De passage à Paris, Rich McBee, CEO de Mitel, aborde pour Silicon.fr les évolutions récentes du fournisseur de solutions de communication et sa stratégie Cloud.

Après la finalisation de l’acquisition de Shoretel, Rich McBee, CEO de Mitel, vient de passer à Paris.

Silicon.fr l’a rencontré pour faire le point sur le marché des solutions pour les communications unifiées, les ambitions de son groupe et la concurrence vivace comme le prouve l’actualité sur la consolidation du marché avec le rachat de BroadSoft par Cisco

Silicon.fr – La récente annonce de l’acquisition de BroadSoft par Cisco va considérablement renforcer la position de ce dernier sur le marché des communications unifiées. Comment Mitel va se positionner face à cette nouvelle consolidation ?

Rich McBee – Cela ne va pas changer notre stratégie. D’une certaine manière, leur fusion va faciliter notre capacité à les concurrencer. Les deux entreprises évoluent dans un même environnement technologique et ils ont déjà une empreinte massive sur le marché des opérateurs.

Il est surtout intéressant de regarder comment les opérateurs vont réagir.

Sur un marché, s’il y a un leader et un challenger, c’est parce que les clients ne peuvent pas s’offrir les services du leader. Or, quand les deux s’unissent, je vous garantis que les opérateurs regardent le reste du marché car ils ne veulent pas être liés à une seule entreprise.

Par ailleurs, la différence de taille entre les deux acteurs peut être problématique. De ma propre expérience, je peux vous dire que les entreprises les plus difficiles à intégrer ne sont pas les plus grandes mais les plus petites qui peinent parfois à s’adapter aux processus de l’acquéreur.

Enfin, le délai entre l’annonce et l’intégration effective est une opportunité pour la concurrence qui profite de cette période d’incertitude auprès des clients.

Nous restons confiant dans notre stratégie alors que nous sommes nous-même une entreprise qui fait des acquisitions.

Silicon.fr – Justement, que vont apporter à Mitel les récentes acquisitions des solutions de communications unifiées de Toshiba et de ShoreTel ?

Rich McBee – L’acquisition de ShoreTel est très importante pour nous. Elle va significativement accélérer notre stratégie Cloud. Elle nous apporte une solution multitenant très bien positionnée aux Etats-Unis qui permet de doublee la taille de notre business.

Elle nous apporte une formidable base clients, offre Cloud très mature et va accroitre notre revenu récurrent de moins de 30% à plus de 40%.

Donc, nous nous sentons confiants dans cette transition [du on-premise vers le Cloud]. Actuellement, nous travaillons à rationaliser nos plates-formes et nous dévoilerons notre stratégie produits début 2018.

L’acquisition des solutions de Toshiba est un peu différente. Le groupe japonais voulait sortir de cette activité, tout cherchant à assurer une continuité de services pour ses clients. C’est ce que nous avons proposé à Toshiba en rachetant le support des équipements pour soutenir les clients de Toshiba, essentiellement concentrés en Amérique du Nord, et en les migrant à terme vers nos plates-formes.

Silicon.fr – Mitel va-t-elle poursuivre sa croissance externe ?

Rich McBee – Oui, nous continuerons d’acheter des entreprises. Mais le profil des acquisitions va changer.

Alors que nous avons réalisé notre stratégie d’atteindre une taille critique, avec une position de numéro 2 ou 3 aux Etats-Unis et de numéro un en Europe en part de marché, la stratégie évolue aujourd’hui à l’accompagnement de nos clients vers le Cloud. Et le meilleur moyen pour cela est de leur vendre des applications qui améliorent la productivité des entreprises.

Ainsi, la plupart des acquisitions sur lesquelles nous nous concentrerons à l’avenir seront portées sur les applications verticales à exploiter dans les communications unifiées dans le Cloud (UCaaS), que ce soit dans la santé, l’éducation, l’énergie, etc.

Mais nous ne nous interdisons pas de regarder des concurrents qui ont une position forte à une échelle nationale.

Silicon.fr – Vous souhaitez amener vos clients dans le Cloud. Mais le veulent-ils vraiment ?

Rich McBee – La transition vers le Cloud est un voyage qui va durer longtemps avec un marché partagé entre TPE, PME et grandes entreprises.

Quand on parle du Cloud, il faut se rappeler que le Cloud privé est une technologie qui a fait ses preuves. De fait, de nombreuses organisations de tailles moyenne et grande entreprennent aujourd’hui leur migration vers le Cloud mais en conservant un ancrage sur le site, basiquement sous la forme d’un serveur et d’un ensemble de logiciels.

Les seules entreprises qui utilisent encore un PBX (autocommutateur, NDLR), sont les petites organisations. Et celles-ci vont aller directement dans le Cloud.

Plus généralement, il faut voir que le marché est immense. Si tout le monde parle du Cloud et que l’adoption s’accélère, à peine plus de 10% environ des utilisateurs dans le monde ont basculé sur le Cloud.

Cela va prendre du temps. Les gens qui s’équipent d’un système sur site aujourd’hui investissent pour 10 ans.

Je pense qu’il y aura une phase de transition qui s’appuiera sur des solutions, comme Mitel Cloud Link, qui s’installent au-dessus des PBX vieillissant pour leur permettre d’exécuter des applications dans le Cloud.

Le Cloud améliore l’efficacité et la productivité. Nous avons-nous-même fait notre transformation numérique en basculant nos services dans le Cloud et avons considérablement amélioré notre efficacité.

Je pense que les clients veulent profiter de ce bénéfice. Mais tout le monde n’avance pas à la même vitesse. Certains vont très vite et il faut alors être au top des technologies, et certains avancent lentement et il faut être en mesure de s’adapter à leur rythme.

Mais le fait est que, quand ils constatent les bénéfices que leur apporte le Cloud, ils accélèrent son adoption. Certains l’utilisent sans même le savoir.

Qui plus est, la réglementation, notamment en Europe, leader sur la protection des données personnelles, va accélérer l’adoption du Cloud avec l’obligation de stocker certaines données localement.

Silicon.fr – Le marché de l’UCaaS va-t-il poursuivre sa consolidation à votre avis ?

Rich McBee – Oui. Si on regarde ce marché, on voit qu’il se trouve aujourd’hui entre les phases 3 et 4 de la consolidation.

La phase 4 est caractérisée par la présence de trois grands acteurs qui se partagent 80% du marché et 20% par plein de plus petits acteurs. Et cet état est appelé à durer.

Je suis régulièrement contacté par ces acteurs qui se proposent de me vendre leur activité. Mais comme je le disais, face au travail que demande l’intégration des petits acteurs, il faut s’assurer de l’intérêt qu’ils peuvent apporter.

Silicon.fr – Les résultats de Mitel au 30 juin 2017 ont baissé par rapport à ceux de 2016…

Rich McBee – Les deux trimestres ne sont pas tout à fait comparables car nous avons désinvesti le marché mobile en début d’année. Nous avons depuis acquis l’activité communication de Toshiba et Shoretel, sur le trimestre suivant.

Le point clé est que, au deuxième trimestre, les revenus de notre activité de Cloud hébergé (hosted Cloud) ont doublé et ceux des revenus récurrents en ont presque fait autant.

Cela confirme que la transition de l’offre d’équipement sur site vers le Cloud va dans le sens que nous souhaitons.

Silicon.fr – Quelle est la répartition entre l’activité Cloud et le on -premise aujourd’hui pour Mitel ?

Rich McBee – Avec l’acquisition de Shoretel, le Cloud (recurring Cloud) représente aujourd’hui environ 22% de notre chiffre d’affaires et la majorité de nos solutions on-premise sont compatibles avec le Cloud.

Silicon.fr – Quelle est votre position en France ?

Bernard Etchenagucia, Directeur général France – Mitel est historiquement le numéro 2 du marché [depuis l’acquisition d’Aastra en 2014, NDLR] avec 30% de part de marché globalement et 40% sur le segment des PME.

Nous couvrons l’ensemble de la demande, des petites entreprises aux grands comptes, et travaillons avec des intégrateurs comme Orange, Spie ICS, Engie (ex-Ineo), Axians pour diffuser nos propres technologies et services Cloud.

En matière d’offre, nous avons lancé MiCloud Office il y a quelques mois (une solution de communication en mode cloud public, NDLR).

Comme le reste du groupe, la stratégie en France se concentre sur la transition vers le Cloud.

Notre plus grosse référence en matière de Cloud privé est Auchan (avec 35 000 points de revenus récurrents), mais aussi la SNCF et d’autres grandes entreprises.

La baisse de nos revenus on-premise est compensée par la progression du marché du Cloud.

Silicon.fr – En matière d’innovation, comment abordez-vous l’arrivée l’intelligence artificielle (IA) dans les technologies de communication ?

Rich McBee – L’IA va être une composante de plus en plus importante, comme pour l’Internet des objets (IoT), en tant qu’interface entre les utilisateurs et l’information. Partout où il y a de l’information, il y aura de l’IA.

Nous faisons actuellement des essais d’assistant virtuel dans nos call centers pour répondre de matière automatique et immédiate aux questions les plus récurrentes. Pour l’instant, nous n’en sommes qu’aux tests.

Nous cherchons à comprendre les tendances à travers les transactions afin d’améliorer l’efficacité du traitement. Et nous commençons à installer l’IA dans d’autres applications dans une perspective à long terme pour savoir comment nous allons utiliser les capteurs, gérer les données pour en faire de l’information, etc.

Chacune de ces technologies trouvera sa place dans ce que nous faisons aujourd’hui. Nous sommes bien positionnés pour le futur.

[Article mis à jour le 27/10/2017]


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