Jeux-vidéos: le secteur français ‘les deux pieds dans la tombe’

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Le syndicat des éditeurs réclame des allégements fiscaux afin de sauver la création française

Paradoxe. Le secteur français du jeu-vidéo est plutôt en forme: son chiffre d’affaires global a progressé en 2004 de 11% pour s’établir à 1,1 milliard d’euros. Et les trois champions nationaux: Atari/Infogrames, UbiSoft et VU Games tirent leur épingle du jeu au niveau mondial.

Notre pays est le troisième plus grand marché européen derrière le Royaume-Uni et l’Allemagne avec 15 millions de joueurs. C’est aujourd’hui un marché plus important que celui du cinéma en salle ou celui des livres. Pour autant, les éditeurs tirent la sonnette d’alarme. Le nombre de salariés chute et, à cause de coûts de production de plus en plus élevés, les éditeurs préfèrent confier le développement de leurs jeux à l’étranger, notamment au Canada où les coûts sont quasiment deux fois moins élevés et où les studios poussent comme des champignons. De 5.000 salariés il y a cinq ans, le secteur compte aujourd’hui seulement 1.500 emplois en France. “Le secteur a les deux pieds dans la tombe”, s’inquiète Jean-Claude Larue, délégué général du Sell, le Syndicat des éditeurs de logiciels de loisir. Les professionnels réclament donc, une fois de plus, des allégements fiscaux afin de “sauver la création française”. Le Sell souhaite que le gouvernement accorde un crédit d’impôts à la production qui permettrait de réduire les coûts salariaux de 30 millions d’euros par an. Pour le syndicat, une mesure de ce type permettrait d’éviter la fuite des productions à l’étranger. Une mesure indispensable avec l’arrivée des nouvelles consoles qui exigent des productions aux budgets encore plus élevés. Ce plan d’aide doit être soumis aux autorités européennes, mais selon le Figaro, il n’a toujours pas été remis à la Commission. Ce qui pourrait être fait dans un mois. Mais il faudra faire vite. Les nouvelles consoles vont être lancées entre ce Noël et le premier semestre 2006. Pour autant, le gouvernement estime avoir déjà pris au sérieux le problème. Il y a quelques jours, Patrick Devedjian, ministre délégué à l’Industrie formulait des propositions de soutien. Pour 2005, une enveloppe de 3 millions d’euros supplémentaires est réservée au fond d’aide à l’édition multimédia (FAEM) pour les appels spécifiques sur les jeux vidéo. Ce montant représente la possibilité de financer cette année une trentaine de nouvelles pré-productions. Le réseau de Recherche et d’innovation en audiovisuel et multimédia (RIAM ) mais aussi le réseau RNTL sur les technologies logicielles seront soutenus par l’Agence nationale de la recherche (ANR), crée début 2005. Patrick Devedjian a demandé “que le jeu vidéo et la réalité virtuelle fassent partie des thématiques prioritaires qui émargeront sur les quelque 35 millions d’euros de crédits consacrés dés cette année à ces deux réseaux de recherche”. L’appel à projets 2005 est officiellement ouvert. Le gouvernement souhaite également accompagner le développement des pôles de compétitivité sur le secteur du jeu. Notamment les pôles ” Image, Multimédia, et vie numérique” en Île de France et “Loisirs numériques” en région lyonnaise. Patrick Devedjian considère que ” c’est indiscutablement la bonne direction pour hisser nos savoir-faire au meilleur niveau européen et mondial”. Le ministre délégué à l’Industrie, et le ministre de l’Économie Thierry Breton ont également décidé de créer des groupes sectoriels stratégiques de haut niveau. L’objectif de ces groupes étant de définir les stratégies gagnantes de différents secteurs industriels comme le jeu vidéo. Parmi les premières missions de ce groupe sectoriel, Patrick Devedjian a annoncé le lancement d’une étude sur la R&D dans la création de jeu vidéo, la DGE fera l’enquête. Avant de conclure : “Ce sont des emplois pour les jeunes, ils ont une vraie aptitude à ce nouveau métier, ils y viendront en apportant de l’innovation. Nous allons nouer un partenariat durable, et la France peut gagner la compétition.” Une compétition qui s’annonce ardue.


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