Joeri Van Bogaert (FTTH Council) : 'le modèle français pour la fibre va dans le bon sens'

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Le président de cette influente organisation européenne revient sur les déploiements du ‘fiber to the home’ en Europe et sur le marché hexagonal

Malgré le ralentissement économique, les déploiements des réseaux en fibre optique en Europe restent stratégiques. Nouveau levier de croissance pour les opérateurs, le FTTH (fiber to the home) exige des investissements colossaux mais promet beaucoup en termes d’usage et de perspective d’abonnements. Où en sommes nous en Europe ? La méthode française est-elle la bonne ? qQuid de la régulation des règles du jeu ? Quels usages pour cette technologie ?

De passage à Paris, Joeri Van Bogaert, président de l’association non gouvernementale FTTH Council Europe revient pour silicon.fr sur ces questions critiques.

-Quel est le rôle du FFTH Council en Europe ? Agissez-vous comme un lobby?

Nous sommes une organisation non gouvernementale créée en 2004 et basée à Bruxelles. Notre association est composée de 90 membres, principalement des équipementiers télécoms et des fabricants, mais pas les opérateurs qui disposent de leurs propres canaux de communication. Nous sommes la voix de l’Industrie mais nous sommes neutres, ce qui nous différencie d’un lobby. Nous faisons de l’éducation et de la promotion pour la technologie fibre, à travers des études, des publications, des rencontres. Nos cibles sont les ministres des télécoms des Etats membres de l’Union et surtout la Commission européenne.

-La Commission européenne doit-elles imposer des règles du jeu en matière de déploiements ? Cette responsabilité ne dépend-elles pas des Etats et des acteurs en présence ?

Les recommandations de la Commission sont cohérentes, elles servent de cadre général. Nous pensons que ce cadre, cette base de régulation est indispensable. C’est important car les opérateurs nationaux sont en fait des opérateurs européens qui investissent dans plusieurs pays. Néanmoins, nous estimons qu’il doit être traduit par les régulateurs de chaque pays en fonction des spécificités locales.

-En France, le régulateur vient de publier une série de recommandations pour encadrer et faire décoller le marché. Les choix français sont-ils les bons ?

Oui, nous pensons que les choix français contiennent énormément de bons éléments. L’Arcep est certainement le régulateur le plus dynamique en Europe en la matière. Les questions d’ouverture et de mutualisation, le rôle des collectivités y sont clairement exposés. L’obligation de fibrer un nouvel immeuble est une très bonne idée, l’Europe devrait s’en inspirer. Autant d’éléments qui permettront à la France d’entrer dans le Top 5 des pays où la pénétration de la fibre est la plus forte d’ici cinq ans selon nous.

-Pourtant, certains opérateurs comme Orange dénoncent encore un flou réglementaire qui a pour conséquence de freiner leurs investissements…

Parler de flou est exagéré. Le cadre réglementaire existe bel et bien et désormais, ce sont des détails qu’il reste à régler comme le choix de technologies multi ou mono-fibre (qui oppose Free aux reste des opérateurs, NDLR). Il faut rappeler que dans de nombreux pays européens, il n’y a encore aucune règle.

-Les modèles économiques des opérateurs se concentrent sur les grandes villes, les zones rurales accéderont-elles un jour à la fibre ?

En effet, dans ces zones, le business model pour un opérateur risque de ne pas être viable. D’où l’importance du rôle des collectivités locales, un rôle d’ailleurs déjà bien compris en France. Il faut accompagner les collectivités en les incitant à intégrer la fibre dans leurs politiques d’aménagement du territoire. Par exemple lorsqu’elles construisent des routes ou des réseaux électriques. Les collectivités ont les moyens d’investir et elles le font, en France ou encore aux Pays-Bas, les exemples se multiplient.

-Dans des pays comme la France où le haut débit est déjà bien présent, on peut se poser la question des usages. Plus de débits mais pour quoi faire ?

La partie symétrique des débits est déterminante. Plus que le download, c’est l’importance de l’uploadqui fait la différence. Aujourd’hui, les besoins en débit montants sont très importants, les utilisateurs uploadent de plus en plus de contenus, le stockage en ligne, l’accès à des applications hébergées pour les entreprises, le back-up de données, le cloud computing, le web-conferencing sont autant de domaines où l’upload est primordial. A Hong Kong, où la fibre est partout, l’utilisation de la bande passante en upload est aujourd’hui plus importante que celle en download.

-A ce jour, quel est le portrait de l’Europe fibreé ?

Les choses avancent vite. Il y a bien sûr les pays du Nord, qui sont bien en avance. La Suède affiche ainsi un taux de pénétration de 8%. Entre l’été 2007 et l’été 2008, on a compté 40.000 nouveaux abonnés en Allemagne et 120.000 en France. Au total, le nombre d’abonnés en Europe a augmenté de 52% sur un an. Fin 2008, nous tablons sur 1,9 million d’abonnés en Europe, en juin, nous étions déjà à 1,4 million contre 1 million à fin 2007. D’ici 5 ans, nous pensons que les 29 pays d’Europe compteront 15 millions de foyers connectés. C’est ambitieux mais réaliste si l’on observe les taux de croissance en Asie.


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