Journées Télécoms IDATE: la Chine affiche ses ambitions et prétentions

Régulations

Dans les pays du Nord, on assiste à un basculement vers une compétition
totalement basée sur Internet, tandis que dans les pays du Sud, il faut prendre
en compte l’émergence d’un marché de 4 milliards de clients

Montpellier.- Les débats des Journées de l’Idate sont allés bon train : ils ont notamment portés sur les perspectives et les enjeux de l’industrie des télécommunications. Thèmes privilégiés: les hauts débits et le “tout IP, la convergence fixe et mobiles, les services data et vidéo.

Les analystes de l’Idate font observer que l’omniprésence du Net modifie les chaînes de valeur, bouscule les “business models” avec de nouvelles stratégies de croissance. Mais l’Occident ne sera plus seul à décider.

La Chine, invitée d’honneur de l’Idate, a simplement rappelé ses prétentions à vouloir compter sur la scène mondiale dans la R&D, dans l’élaborations des standards, dans la conquête des ces nouveaux marchés d’équipement émergents du Sud. Elle en a la légitimité et la crédibilité : 1er marché mondial, leader en termes de nombre d’abonnés fixes, mobiles et internet (165 millions en 2006),dominante dans la production des mobiles et avec de fortes prétentions dans celui des équipements. Le ministre Yaoping Jiang a annoncé que l’objectif du gouvernement chinois était de connecter d’ici fin 2010 l’ensemble des villages du pays à Internet.

Pourquoi on revient à Digiworld à Montpelier?

En fait, si les congressistes font on fait le déplacement à Montpellier, c’est pour comprendre ce qui se passe dans le secteur, bien sûr également pour échanger, et rencontrer les CEO qui sont à l’affiche mais c’est surtout pour anticiper l’avenir et intégrer les différentes visions. Il faut reconnaître à Yves Gassot et Francis Lorentz le mérite d’avoir porté de forum à un excellent niveau de qualité, tant pour les problématiques retenues que et dans la sélection des intervenants. Le choix du thème annuel est fait de concert avec les membres de l’Idate puis est conforté par l’équipe de ses experts spécialisés qui balayent en permanence les différents sujets : télécoms, internet ,média. Ce niveau de qualité et de pertinence fait le succès du Digiworld Summit.

Plusieurs remarques sur le Digiworld 2006:

Evolution des thèmes

Il est toujours aussi passionnant à observer au fil des ans l’évolution du thème central. Par exemple, on passe de « la convergence » en 2005 au « tout internet » en 2006 ce qui va également de pair avec le consensus de l’industrie qui nous a habitué à un mimétisme de bon alois. Avec par exemple, très récemment la course au triple play, la convergence fixe mobile, la nouveau rush sur FTTH, la mobive TV?Mais il est également intéressant de noter qu’en 2006, le consensus s’effrite , complexité et multiplicité des acteurs obligent. Si Orange et BT sont des adeptes de la convergence, leur stratégie diverge, l’un restant global sur l’ensemble des marchés fixe, mobile et internet , l’autre se spécialisant sur le métier d’opérateur de réseau full IP, futur point de passage obligé avec le haut débit IP généralisé. Dans un autre registre SFR, par la voix de son président Frank Esser affirme une stratégie de croissance résolument « mobile centric » oreinté client final: tout passera par le mobile : la TV,l’internet, les jeux, la musique, ? à l’inverse de Verizon aux US qui préconisant une stratégie basé sur la proximité dans l’environnement local agrégeant au niveau du foyer une proposition unique sur l’ensemble des terminaux et des service voix, internet et vidéo..

Eclairage sur les grands enjeux : 3G versus OFDM

Le haut débit pour les mobiles reste l’enjeu important pour la croissance des opérateurs mobile. Certes les technologies évoluent, le HSDPA et le Flash OFDM devraient permettre d’atteindre les 14 Mbps en 2008 et de lever ainsi les véritables barrières à la diffusion des contenus TV et Internet considéré comme d’indispensable relais de croissance mais les calendriers restent incertains et les coût de mise en oeuvre plus encore. On est ici dans le registre des technos mobiles qui progressent certes : 2.5G,3G, 4 G mais ne prennent pas bénéfice d ‘un saut disruptif qui offrirait dix fois plus de débit pour des coûts dix fois moins élevés comme ce fut le cas de l’adsl pour l’internet fixe.

Ainsi l’a rappelé le prospectiviste de Motorola, Nicolas Demassieux en préconisant un accès unique à un environnement qui puisse répondre à la véritable demande mondiale- un terminal par habitant, ce fameux marché de 4 milliards d’usagés potentiels des pays du Sud- . Cet accès reposerait sur cette technologie WiMax «OFDM all IPP flatcore network». L’opérateur américain Sprint vient d’y jeter son dévolu pour un projet à l’échelle du territoire US. A suivre?.

En fait,de nouvelles options apparaissent là où on ne les attend pas et avec une réelle menace potentielle pour les positions réputées jusqu’à présent sûres et avantageuses des telcos en place.

In fine, qu’est-ce qui compte le plus : que le pêcheur sénégalais puisse négocier dès son retour les meilleurs prix de sa pêche en fonction de ceux à l’étal à Dakar ou que la lycéenne de Bécon-les-Bruyères recoive dès la sortie des cours le rush de la prochaine série « Desperate housewives » ? A méditer, tableur à l’appui.

La difficile appréhension du futur

L’Idate n’avait pas véritablement perçu, au départ, l’importance de Free et de son triple play ni celle de Skype et son “business model’ basé sur des appels gratuits même s’il y a deux ans son fondateur était des invités.

On a rappelé dans les meetings la position enviable de la France pour la pénétration haut débit internet, c’est oublier que celle-ci reste due en grande partie à l’ingéniosité d’un Iliade liée à pertinence d’un petit Cirpack et de sa plate-forme IP et non à la stratégie annoncée des telco en place ou des équipementiers.

De même YouTube et My Space sont devenus des must dans ces meeting alors qu’ils restaient totalement inconnus lors de l’édition 2005. Ainsi le rappelait Hans Vestberg d’Ericsson, on ne se trompe pas trop dans les prévisions à 10 ans, par contre beaucoup plus dans le court terme à 2 ou trois ans. Prédire l’avenir a toujours été un exercice difficile, ici peut être plus qu’ailleurs. Même si c’est, en définitive, l’objet -et le risque à prendre.

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(*) consultant, PABVision


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