Keyyo appelle à rééquilibrer le marché des télécoms d’entreprise

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A l’occasion du lancement de sa Box Entreprise, Keyyo est revenu sur la question des conditions d’accès aux marchés de l’entreprise pour les opérateurs alternatifs.

Le marché des télécoms d’entreprise est-il aussi bien encadré par le régulateur que celui du grand public ? Il faut croire que non. Malgré la libéralisation progressive du marché des télécoms en France qui a démarré en 1998, l’ex-opérateur historique conserve, via sa division Orange Business Services, une part de marché largement dominante.

Mardi matin, Keyyo organisait une conférence de presse qui donnait le ton : « Télécoms d’entreprise : à quand l’ouverture à la vraie concurrence ? », indique ITespresso.fr. Ce spécialiste de la téléphonie IP avait plus envie de parler de ce déséquilibre que de son nouveau produit, la Box Entreprise.

Un écho aux informations révélées par La Lettre A évoquant une enquête de l’Arcep (Autorité de régulation des communications électroniques et des postes) « qui scrute la manière dont France Telecom domine le marché des services aux entreprises, à travers sa filiale Orange Business Services ». « Nous n’avons pas engagé d’action spécifique, commente Philippe Houdouin, PDG de Keyyo, lors de la conférence de presse. Il s’agit plutôt d’un travail de pédagogie et de sensibilisation. »

Orange dominant

Toutefois, le dirigeant reconnait qu’il a « rencontré » Jean-Ludovic Silicani et Benoît Loutrel (respectivement Président et Directeur général de l’Arcep) sur le sujet.

L’état du marché, estimé à 25 milliards d’euros, appuie l’argumentation de Philippe Houdoin. Selon les chiffres de l’Idate, Orange Business Services détiendrait 63% du secteur, loin devant SFR Business Team (21%), Bouygues Telecom (6%), Completel et Colt (part similaire à 3%). De manière plus affinée, le marché de la téléphonie fixe (hors box) resterait dans les mains d’Orange (77%).

Pour le segment des entreprises de 0 à 50 salariés, les intervenants évoquent même un trust de 90%. « Seules les grosses PME regardent une alternative », considère Guillaume Goudard, qui reconnaît parallèlement que la bataille est plus rude sur la partie des offres mobiles.

Une influence sous-jacente

Mais l’influence d’Orange est sous-jacente en fonction des angles pris. « Plus de 7 PME sur 10 équipées de box font confiance à l’opérateur historique », note l’analyste de l’Idate.

Sur les offres d’accès data/Internet, Orange occupe une position dominante selon l’Idate « particulièrement sur le milieu de marché ». SFR dispose d’une part de 10% dans le segment PME. Son acquisition de Neuf Cegetel lui avait permis de prendre la main sur une force de vente directe ciblant ce profil d’entreprise (50 salariés).

Mais les efforts de consolidation ne sont guère récompensés sur les télécoms d’entreprise. C’est même rageant. SFR serait talonné par Free qui ne fournit pourtant aucun effort de communication pour toucher les entreprises et qui n’exploite pas de déclinaison Freebox Pro.

Un abus de position ?

Si la position dominante d’Orange n’est pas contestable l’opérateur en abuse-t-il pour autant ? Des comportements liés à la « force de l’habitude » sont difficilement palpables : par réflexe et par sécurité, une entreprise choisirait d’emblée Orange qui garde l’image rassurante d’opérateur historique doté d’un bon réseau de distribution de proximité.

C’est la solution de facilité pour éviter d’éventuels soucis avec des prestataires alternatifs dont les assises seraient plus fragiles. C’est pourquoi Philippe Houdouin plaide pour un « rééquilibrage du marché des télécoms ».

« On a besoin d’un meilleur accès aux réseaux des opérateurs du marché de gros avec des tarifs d’interconnexion qui se rapprochent des coûts. » Il souligne le problème de la « réplicabilité des offres ». « Il est essentiel d’avoir accès à des offres de gros nous permettant de concurrencer les offres de détail des opérateurs réseau. »

La vraie concurrence ralentie

Autre reproche à l’encontre des grands opérateurs, les durées de contrat en téléphonie d’entreprise qui peuvent s’étendre jusqu’à 5 ans. « Des clauses qui pourraient faire l’objet d’une attention particulière de la part de certaines autorités. » Autant de pratiques qui tendraient à « ralentir l’arrivée de la vraie concurrence ».

Néanmoins, Philippe Houdouin a pris également le soin de ne pas enfoncer Orange et SFR en raison des passerelles établies avec les deux opérateurs réseau pour proposer des liens DSL redondants aux clients de Keyyo. Entre résistance et dépendance…

crédit photo  © Heike Brauer – shutterstock


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