La Chine renonce à imposer son logiciel de filtrage Internet sur les nouveaux PC

Régulations

Officiellement destiné à préserver la jeunesse des contenus pornographiques, l’installation de l’application Green Dam-Youth Escort sur les nouveaux PC devient optionnelle.

Le gouvernement chinois a finalement renoncé à imposer le logiciel de filtrage des communications Internet sur tous les nouveaux ordinateurs vendus dans le pays comme il l’avait annoncé au début de l’été. Officiellement, cet utilitaire vise à préserver les plus jeunes internautes des contenus à caractères pornographiques sur la Toile. Les mauvaises langues pensent au contraire qu’il s’agit d’un moyen supplémentaire du régime pour museler les allers et venues des populations en ligne. Même s’il existe déjà le Great Firewall chargé, à l’échelle du pays, de filtrer l’accès aux sites ayant droit de cité dans l’Empire du milieu.

Baptisé « Green Dam-Youth Escort », ce contrôle parental taillé à la mesure des craintes sino-gouvernementales ne disparaît pas pour autant de la circulation. Il opérera sur les ordinateurs des établissements scolaires, des cafés Internet et des lieux publics. De plus, les constructeurs qui le souhaitent pourront l’introduire dans leurs produits.

Pourquoi le gouvernement de Pékin a-t-il changé sa stratégie? Plusieurs facteurs peuvent expliquer ce revirement. D’abord, la mise en œuvre de l’application restait de toute manière optionnelle puisque, selon le ministère de l’Industrie et des Technologies de l’information, il restait possible de la désactiver par son utilisateur. D’autant que, absente des machines antérieures, l’application risquait de créer une fracture entre les nouveaux équipés et les anciens.

D’autre part, alertés fin mai pour une mise en route au 1er juillet, les constructeurs étrangers n’auraient pas eu le temps d’adapter leurs lignes de production pour répondre aux prérogatives de la Chine. Loin de remettre en cause les intentions des autorités chinoises, les constructeurs américains avaient protesté de cette situation.

En juin, les représentants du commerce américain adressaient une lettre à leurs homologues chinois pour rappeler que cette obligation violerait les accords de libre-échange entre les deux pays. Un moyen selon eux, de favoriser les constructeurs locaux aux dépens de la concurrence internationale.

Il est vrai que de leurs côtés, les constructeurs asiatiques étaient fin prêts. Les taïwanais Acer et Asus livrent aujourd’hui leurs produits accompagnés de Green Dam-Youth Escort tandis que Lenovo le préinstalle sur le disque dur du PC avec une option pour l’activer.

Difficile de savoir si la pression américaine a influencé le régime de Hu Jintao. Toujours est-il que le 30 juin, veille de l’application de la loi, le ministère de l’Industrie annonçait le report de l’obligation d’installer Green Dam-Youth Escort sur les nouveaux PC. Revirement stratégique qu’il justifiait par le retard pris par les industriels. Un prétexte puisque l’obligation s’est aujourd’hui transformée en option laissant libre choix au chef de famille d’activer ou non ce logiciel de contrôle « parental ». Un peu comme en France avec la loi Hadopi en cours de finalisation… mais pour des raisons plus économiques que morales.


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