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Paul Morand, diplomate-écrivain ou écrivain-dipomate ?

D’aucuns ? ils sont peu nombreux ? me reprochent de parler, dans la présente rubrique, d’écrivains qu’ils estiment dépassés, voire ‘has been’ : Mauriac, Pagnol, Giraudoux et même Apollinaire ! Ils ont bien sûr tort mais leurs doutes nous poussent à nous interroger. Qui restera des écrivains qui furent les grandes plumes de nos générations ?

On ne jouera plus jamais François de Curel, Georges de Porto-Riche, Alfred Capus, Henry Bataille dont les pièces connaissaient des triomphes ; on ne lira plus Paul Bourget, Henry Bordeaux, Marcel Prévost, Edmond Jaloux, Claude Farrère qui fut préféré à Paul Claudel par l’Académie française. En revanche, on rouvrira sans cesse les livres de Blaise Cendrars, de Valery Larbaud, de Jacques Chardonne ou de Léon-Paul Fargue. Et on redécouvrira peut-être Henry Jean-Marie Levet qui, consul en Argentine, mit son métier dans un alexandrin : Ni les attraits des plus aimables Argentines, Ni les courses à cheval dans la pampa, N’ont le pouvoir de distraire de son spleen Le Consul général de France à la Plata ! Je cite Levet pour parler des écrivains diplomates, fort célèbres et efficients dans la première partie du XXème siècle. Baisse dans les ambassades… On déplore aujourd’hui le manque de talents littéraires dans le personnel des ambassades et consulats. www.monde-diplomatique.fr essaie d’expliquer pourquoi baisse l’attrait des étrangers pour la France et met en cause « l’incapacité des ministres successifs, depuis une vingtaine d’années, à s’affranchir de cette mémoire idyllique du Quai d’Orsay, constituée par les diplomates lettrés que furent, entre autres, Lamartine, Chateaubriand, Claudel ou Saint-John Perse (nom de plume d’Alexis Léger)». Comme l’explique M. François Roche, ancien sous-directeur au ministère, « ils ont nourri un imaginaire de la France pendant des décennies en tenant la dragée haute au reste du monde. En tentant de perpétuer cette idée de la France ?cultivée? à une époque qui parle plus volontiers d’industrie culturelle que de littérature, on court le risque d’un grand écart». « Deuxième hypothèse : la France doit désormais porter un discours universel unique, et cela non pas via les ambassades, mais au sein des instances qui comptent médiatiquement, à savoir, dans ce cas, l’ONU et l’Unesco, ou bien les grands sommets. De quoi “habiller” la restriction des moyens budgétaires et humains de l’action culturelle extérieure, enfermée, elle aussi, dans le carcan libéral du ” moins d’État”». Dans cette première partie du siècle dernier, quatre très grands écrivains français servirent le Quai d’Orsay tout en poursuivant une belle carrière littéraire : Paul Claudel, Saint-John Perse, Prix Nobel qui, sous son nom Alexis Léger, fut secrétaire général du Ministère des Affaires étrangères de 1933 à 1940, Jean Giraudoux, sans affectation sous Vichy, qui mourut, peut-être assassiné par l’occupant, en janvier 1944 et Paul Morand. Une dimension particulière Avant de parler de Paul Morand, rappelons à quoi on peut s’exposer quand on est à la fois poète et ambassadeur. Claudel était en poste à Tokyo et recevait le maréchal Joffre qui lui dit un moment : – Quel est votre petit nom, Monsieur l’Ambassadeur ? – Paul, Monsieur le Maréchal. – Eh bien vous vous appelez comme un poète qu’on a à Paris, et qui est emmerdant ! Paul Claudel se souvint à ce moment-là qu’il était sourd. Paul Morand est un écrivain à la dimension particulière. On ne le désigne jamais comme ” L’auteur de ? ” ou “L’auteur de ?“. Il a écrit de très nombreux livres généralement courts et c’est l’ensemble qui est le chef-d’?uvre. Les romans de Paul Morand viennent d’entrer dans la panthéonique collection de la Pléiade mais, chose curieuse, ils y ont été précédés par les deux volumes des Nouvelles complètes qui permettent de se délecter de l’Europe galante, d’Ouvert la nuit, de Fermé la nuit et de cent autres merveilles. Un de ses titres le précise, Paul Morand est un homme pressé. Homme de son temps et déjà du nôtre, il écrivait à la machine ; je suis persuadé qu’il eût préféré l’ordinateur. L’universalité totale de Paul Morand se serait harmonisé avec Internet. Aussi bien Internet ne l’a pas oublié et lui consacre de nombreux sites. www.academie-francaise.fr lui offre bien entendu une notice : «Né à Paris, le 13 mars 1888. Fils du haut fonctionnaire et artiste Eugène Morand, Paul Morand, après des études à l’École libre des Sciences politiques, fut reçu en 1913 premier au grand concours des ambassades, et embrassa une carrière de diplomate. « Nommé attaché à Londres, il fit ses premiers pas en littérature avec deux recueils de poèmes (“Lampes à arc”, “Feuilles de température”) avant de se découvrir un talent de nouvelliste. Après un recueil de nouvelles londoniennes, “Tendres Stocks”, préfacées par Marcel Proust, il connut la célébrité dès 1922 avec “Ouvert la nuit”, puis, un an plus tard, “Fermé la nuit”. Suivirent “L’Europe galante”, “Rien que la terre”, “Magie noire”, “Paris-Tombouctou”, “Champion du monde”, “New York”, “Papiers d’identité”, “Air indien”, “Londres”, “Rococo”, “La Route des Indes”, “L’heure qu’il est”, autant de chroniques qui peignent l’inquiétude européenne de l’entre-deux-guerres et évoquent les lieux que cet infatigable voyageur, en congé pour un temps de la diplomatie, a traversés. Révoqué à la Libération « Ayant réintégré les Affaires étrangères en 1938, Paul Morand se trouvait, au moment de la défaite de 1940, à Londres où il occupait les fonctions de responsable de la mission de guerre économique. Mis à la retraite d’office par le gouvernement de Vichy, il publiait en 1941 “Chroniques de l’homme maigre”, livre d’orientation maréchaliste. De cette période datent encore “Propos des 52 semaines”, “L’Homme pressé”, “Excursions immobiles”. « Avec le retour de Laval au gouvernement, il était nommé à la présidence de la commission de censure cinématographique (!), avant de terminer la guerre comme ambassadeur à Berne, ce qui lui valut d’être révoqué à la Libération, et contraint à l’exil en Suisse. « (?) Admiré par la jeune génération des hussards de l’après-guerre (Roger Nimier, Michel Déon, Antoine Blondin, Jacques Laurent), l’écrivain allait connaître un regain d’influence. En 1953, il était réintégré dans l’administration. « Paul Morand, qui s’était porté une première fois candidat à l’Académie française dès avant la guerre et n’avait obtenu que 6 voix au fauteuil Cambon en 1936, fut de nouveau candidat en 1958. Sa candidature devait soulever l’hostilité des gaullistes et donner lieu à une séance de vote houleuse, laquelle se termina par une suspension du scrutin. « (?) Ce n’est qu’en 1968 que le général de Gaulle, après une longue hostilité, consentit à une nouvelle candidature Morand. Toute l’Académie était présente pour son élection, le 24 octobre. (?) Exceptionnellement, il n’y eut pas de visite d’investiture à l’Élysée. » Il est curieux que l’Académie utilise le terme impropre de nouvelliste. Le Trésor de la langue française cite : «Penser que nous n’avons pas dans le langage courant de mot pour désigner l’auteur de nouvelles! Le nouvelliste, c’est tout autre chose.» Par ailleurs, Paul Morand fut aussi ambassadeur à Bucarest sous l’Occupation, au temps où Antonesco était un féal d’Hitler ; il dut sûrement ce poste au fait qu’il avait épousé une Roumaine, la princesse Soutzo, belle, fantasque et, surtout, très riche ? ce qui ne déplaisait ni à l’ambassadeur, ni à l’écrivain. La République ne fut pas trop sévère avec Paul Morand qui finit par réussir à être intronisé quai Conti, de Gaulle régnant. Ce site a eu la curieuse idée de faire défiler les couvertures de presque tous les ouvrages de Paul Morand, ce qui donne une idée de l’ampleur quantitative de l’?uvre de cet homme à l’éternelle jeunesse. Son père s’était illustré en traduisant, avec Marcel Schwob, Hamlet pour Sarah Bernhardt. Le salon familial était très ouvert, on cousinait avec l’Élysée, on appelait Loubet monsieur Émile, Marcel Proust préfaçait “Tendres stocks” tandis que Jean Giraudoux faisait connaître à Paul Morand le milieu des jeunes écrivains. Même au cinéma… Il avait tout pour réussir et il réussit. Même au cinéma où, si ses tentatives la plupart du temps furent vaines, il triompha, en 1936, “La Mort du cygne” avec Yvette Chauviré et la toute jeune Jeanine Charrat. Au théâtre, il n’apparut qu’une fois avec “Le Voyageur et l’amour”. Pourtant, à suivre www.proverbes-citations.com, site dont nous extrayons ces ‘répliques’ qui pourraient être de Sacha Guitry, on se dit que Paul Morand aurait dû, du moins pu, faire une carrière au boulevard : « C’est comme dans le mariage: d’abord sous le gui, ensuite sur le houx.» «C’est déjà bien ennuyeux de ne pas avoir d’argent; s’il fallait encore s’en priver.» «C’est en public que les femmes se déshabillent le plus volontiers.» « C’était une jeune fille d’aujourd’hui, c’est-à-dire, à peu près, un jeune homme d’hier.» « Elle était belle comme la femme d’un autre.» (…) Souvenir personnel qui n’est pas à ma gloire. Un soir de mon adolescence folle, j’ai rencontré Paul Morand en compagnie de Jean Giraudoux. Comme je souhaitais le revoir, nous convînmes d’un rendez-vous pour le lendemain. Le lendemain, il était parti : Paul Morand était un homme pressé !


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