La difficile régionalisation des accès publics à Internet

Régulations

La suppression des emplois-jeunes remet en cause le développement des accès publics à l’Internet. Et l’on peut s’interroger sur la capacité des collectivités locales à y pallier.

L’absence d’accès à Internet, et le manque de maîtrise de ce média, demeurent les freins principaux au développement de l’administration en ligne, selon une étude Sofres d’août 2002 (*). Or, si des thèmes comme l’administration électronique et la couverture universelle à hauts débits ont été repris par l’actuel gouvernement, l’accès public à l’Internet semble, lui, connaître un parcours plus difficile. D’après Alain Giffard, président de la Mapi (**), la quasi-totalité des 2 000 à 2 500 points publics d’accès à Internet bénéficient des emplois-jeunes, une aide qui s’élève à 40 millions d’euros par an environ. Mais les contrats emploi-jeune les plus anciens, qui datent de 1998, viennent à échéance à la rentrée 2003 et ne seront pas renouvelés. La suppression de cette manne, décidée cet été, compromet donc aussi bien la survie des points d’accès existants que la naissance de nouveaux. Certains projets en préparation ont été gelés, en particulier dans la région Nord-Pas-de-Calais. En revanche, un appel à projet mené par la région Paca, clos le 16 septembre, aurait fait émerger des projets viables sans cette ressource. Ce qui pourra conforter la Mapi, chargée par la ministre de la Recherche d’élaborer un modèle économique pour ces points publics. Alain Giffard réfléchit ainsi à « renforcer l’aspect multiservice des espaces publics numériques, pour en faire apparaître plus clairement l’utilité sociale aux yeux des élus [locaux] », c’est-à-dire des potentiels payeurs. Claudie Haigneré, en effet, appelle de ses v?ux une coopération plus étroite avec les collectivités locales. Dans le Limousin, cette démarche multiservice est déjà pratiquée, réunissant dans le même espace services postaux, aide juridique et espace multimédia. « Il est vrai que la survie de deux ou trois cybercentres, issus du secteur associatif, n’est pas assurée après la suppression des emplois jeunes. Mais nous essayons de mutualiser les projets, qui peuvent être soutenus par la ville, par une communauté de communes, par un pays ou par l’Europe. Les cybercentres cumulent ainsi les labels, ou deviennent multiservice », explique Benoît Duverneuil, animateur du réseau des points publics multimédias à l’ARD, agence régionale de développement. Il poursuit : « Certains points publics multimédias développent également une petite branche commerciale. Les partenariats privés pourraient également devenir un axe de financement complémentaire ». En revanche, « la région pourra apporter des financements, mais certainement pas à la hauteur de ce qu’apportait l’Etat. Certes, les élus sont sensibilisés, mais ils devront arbitrer entre la voirie et les accès publics à Internet?». Au moment ou l’on reparle des aides aux familles pour l’acquisition de matériels informatique, les espaces publics numériques pourraient connaître de profonds remaniements dans les prochains mois. La fragmentation régionale du dispositif mis en place semble donc être l’une des pistes retenues. (*) Les attentes des Français en matière de démarches administratives sur Internet ; cf. CyberPouvoirs n°6/7, page 20. (**) Mission interministérielle pour l’accès public à la micro-informatique, à l’Internet et au multimédia, www.internet.gouv.fr/accespublic/.


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