La numérisation du patrimoine est en panne de modèle

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Il a fallu 5.000 ans aux hommes pour passer de l’écrit à Gutenberg, 500 ans de Gutenberg à l’informatique, 5 ans du portail à la numérisation du patrimoine écrit et à la mise en place de projets titanesques comme Google Print, Msn Book Search ou Amazon Upgrade

“Le pétrole du XXIéme siècle”, même si la comparaison est un peu hasardeuse, est-il une des pierres fondatrices de l’économie du savoir? Les projets ne manquent pas, il est vrai. Tant du côté des Etats-Unis, qui voient dans cette économie un nouvel Eldorado et qui sont partis dans la conquête de l’ouest de la Toile -le sommet de Tunis l’a encore prouvé-, que du côté de l’Union européenne qui paraît s’embourber dans les polémiques, et mélange les époques. Il faut dire que ce n’est pas facile d’admettre de nos jours que la culture serait un bien marchand comme les autres… Exemple de la toute-puissance des USA sur la Toile; pour créer le courriel secret@defense.gouv.fr, le gouvernement français a besoin d’avoir l’accord du “Department of Commerce” américain. Une aberration ! C’est pourquoi au-delà des clivages sur la diversité culturelle, qui est certes un aspect important de la numérisation du patrimoine écrit, il existe un véritable désir d’ubiquité de la jeunesse et nous sommes dans un cycle exponentiel de numérisation de la culture (musique, films, etc.). Et un constat s’impose. Si les projets sont bien présents, le “Business Model” et les aspects technologiques et industriels sont passés à la trappe. Étonnant, d’autant que la numérisation de masse constitue l’un des éléments clés de la création de nouvelles opportunités d’affaires basées sur le partage du savoir et des connaissances. I2S perfectionne la numérisation du patrimoine Le consortium Franco-Suisse i2S, 4digitalBooks (ASSY), leader mondial du marché de la numérisation des livres anciens et des archives, annonce le lancement de la Digitizing Line 3000 qui permet de numériser 5 millions de livres en 5 ans. Le groupe a réussi avec succès la mise en place du plus grand, centre de numérisation Européen capable de numériser près de 254 millions de pages par an. Comme le précise le communiqué du groupe, toute la difficulté de la numérisation des livres consiste à extraire l’information en préservant l’original, et c’est d’autant plus vrai que le livre est ancien. En complément des stations de haute résolution Suprascan et du dernier scanner de table Copibook, la gamme Digitizing Line d’i2S et 4DigitalBooks apporte une réponse technique aux enjeux de la numérisation. La Digitizing Line 3000 travaille à une vitesse lente pour les livres délicats ou fragiles et atteint les 3.000 pages par heure pour les livres en bon état. Enfin et c’est là une nouveauté qui devrait ravir les directeurs de Bibliothèques : pour les ouvrages qui le nécessitent, sa tête de prise de vue est capable de travailler en éclairage ambiant, donc sans émission supplémentaire de rayonnements ultra violet ou infra rouge. Reste à définir, pour les européens, quel modèle économique permettrait la réalisation d’un projet de numérisation de grande ampleur respectant l’accès en ligne, les droits d’auteur et les trois principes fondateurs d’une bibliothèque, qu’elle soit numérique ou pas, à savoir : la conservation du patrimoine, la mise en catalogue et l’accessibilité… Trois approches économiques différentes À la première place du peloton, Google, qualifié de “Rome de l’information”, et qui poursuit inlassablement son expansion. Rappelons que 75% des recherches sont réalisées sur le moteur de recherche. Le projet Google Print a une ambition purement mercantile et une approche que Jean-Pierre Gerault, membre du conseil d’administration de i2S, considère comme “hors cadre”. Selon lui, Google cherche à créer un besoin autour du livre pour en provoquer l’achat. A la promotion de l’écrit suit la commercialisation. Dans ce cas ce sont les annonceurs qui génèrent le Business Model. Deuxième approche pour financer les coûts de la numérisation, la recherche de l’équivalent d’iTunes, c’est à dire du P2P (peer-to-peer), mais dans le strict respect des lois sur la propriété intellectuelle : Yahoo, Amazon, Random House et consorts en sont l’illustration. Enfin, troisième modèle économique, le sponsoring à but lucratif, qui s’assimile à un accord de mécénat, mais une fois la réalisation réalisée l’objectif est là encore purement lucratif : comme Open Content Alliance (Yahoo!, Microsoft)


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