La Sacem: «Internet n'est pas le relais de croissance attendu»

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Résultats stables pour la Sacem en 2009 même si Internet ne l’aide guère, piratage oblige. Et si Hadopi la laisse « perplexe », cette loi est « mieux que rien ».

« Des résultats plus souriants » que prévu pour la Sacem en 2009. Soit des perceptions de droits d’auteur de l’ordre de 762,1 millions d’euros (+0,85%), a indiqué aujourd’hui la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique lors de sa conférence de presse annuelle.

Pas de quoi applaudir pour autant nuance l’organisation professionnelle, puisque parallèlement à ces perceptions le nombre de sociétaires progresse lui aussi. Ils sont au nombre de 132 000 en 2009 (+37% depuis 1999). Un peu plus de revenus pour davantage de sociétaires, l’équation est simple, ces derniers voient leurs ressources diminuer en tant qu’auteur-compositeur.

Et ce ne sont pas les accords passés avec les sites Internet (streaming, forfaits proposés aux consommateurs…) qui combleraient cette baisse. « Internet nous a plus coûté que cela nous a rapporté », assène le compositeur Laurent Petitgirard, ancien président du Conseil d’administration de la Sacem.

YouTube presque signé

Dès janvier 2009, la Sacem officialisait en effet un accord avec Dailymotion. Désormais, la plateforme de partage verse à la Sacem les droits correspondant à la diffusion des œuvres de son répertoire. En discussion depuis « des années » avec YouTube, dont le poids n’est plus à démontrer ( avec 2 milliards de vidéos visionnées au quotidien en mai dernier), la Sacem « y est presque », a indiqué Catherine Kerr-Vignale, directrice des relations avec la clientèle.

Par contre, Internet, miné par « l’économie parallèle générée par la piraterie […] n’est toujours pas le relais de croissance attendu », affirme le rapport de la Société. Mais où est Hadopi ? La loi Création et Internet votée en septembre dernier n’est pas encore activée, se désole Bernard Miyet qui rappelle que « cela fait dix ans que les échanges illicites existent ». Aux dernières nouvelles, celles données par l’UMP Lionel Tardy au Nouvelobs.com, « les premiers e-mails d’avertissements partiront début juillet. » Des propos tenus après qui avoir assisté à l’audition de Marie-Françoise Marais, présidente de l’Hadopi, ce mercredi 23 juin.

Envoi des e-mails aux pirates en juillet ?

Un futur proche un peu plus éloigné si l’on s’en réfère à la source made in Hadopi citée par le magazine en ligne. « L’envoi des e-mails pourrait débuter dès juillet, mais pour que cela soit efficace nous attendrons la rentrée c’est-à-dire septembre.» (voir notre actualité Hadopi: envoi des premiers e-mails aux pirates en juillet… ou septembre )

Et pourtant, la Sacem est dans les « starting blocks » depuis l’autorisation par la CNIL le 11 juin de la collecte des adresses IP par le prestataire technique Trident Media Guard. « Il faut que du, côté de la Haute autorité, le système s’enclenche ! », confirme Bernard Miyet.

Quoique la méthode finit par les laisser « perplexe », avoue ce dernier. « Comme tous les pays d’ailleurs ! On en est au même point, constate le président du directoire faisant référence à l’Allemagne qui vient de rejeter une solution type Hadopi, on en est tous à chercher une solution… »

Hadopi « va se casser la figure »

Si le président estime tout de même que « c’est mieux que rien », d’autres voix sont bien plus discordantes, comme celle de Laurent Petitgirard. Il estime, pour sa part, qu’Hadopi « va se casser la figure ». Des propos qui n’engagent que lui, précise-t-il,

« Statistiquement», c’est impossible à mettre en place, «les FAI ne vont pas chercher à traiter l’ensemble des contrevenants […], l’effet dissuasif ne marchera pas », tonne-t-il encore. Et « en tant que compositeur, l’artiste trouve aberrant de [choisir] 5000 titres» parmi les 40 millions d’œuvres gérées par la Sacem. Laurent Petitgirard fait référence à la liste des principaux titres musicaux qui seront particulièrement soumis à la vigilence des ayants droit sur les réseaux d’échange P2P.

Quant à la carte musique subventionné à hauteur de 50% par l’Etat et visant à inciter les jeunes à consommer de la musique légalement, le président du directoire est là aussi, « perplexe », peu sûr de l’effet « dynamisant» de l’initiative. « On va pomper sur les Français pour financer un répertoire qui risque d’être essentiellement anglo-saxon ! », conclut-il. La belle affaire.


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