Le jeu du Solitaire sera-t-il mis à mort ?

Régulations

Un sénateur de Caroline du Nord veut effacer le jeu du Solitaire de tous les postes Windows de l’administration de son Etat. Il dépose un projet de loi. Trop sensible, car le Solitaire appartient désormais à la culture du poste informatique. Comment se tromper de cible?

Le sénateur républicain Austin Allran, de Catawba County en Caroline du Nord, s’insurge contre les millions de dollars payés par les contribuables en pure perte à cause d’un valet noir qui se place sur une reine rouge qui se place sur un roi noir?

Le sénateur Allran veut bien évidemment évoquer le jeu de solitaire livré avec Windows. Un jeu doué d’un don d’ubiquité, puisqu’il est la seule application à être systématiquement présente sur tous les ordinateurs sous Windows du monde ! Il se fait le relais d’une rumeur persistante qui depuis des années affirme que la domination de Windows, le système d’exploitation de Microsoft, est surtout due à l’intégration du jeu Solitaire depuis la version 3.1 de l’OS. Mais le discours du sénateur n’est pas seulement le fruit d’une rumeur, c’est surtout la réaction à une étude des services internes de l’Etat, le Internal Revenue Service, qui affirme que la moitié des employés de l’Etat passent la moitié de leur temps sur ordinateur à jouer, à faire du shopping ou à jouer sur les sites de casino en ligne. Dans ces conditions, on comprend mieux la volonté du sénateur Allran d’effacer toutes les copies du jeu de solitaire des ordinateurs des employés de l’Etat de Caroline du Nord. Et d’imaginer la masse des doigts des employés des administrations et entreprises américaines qui perdent leur temps à cliquer sur leur souris pour déplacer une carte de jeu qui s’affiche à l’écran ! Que de productivité perdue ! La solution radicale proposée par le sénateur Austin Allran, qui a déposé un projet de loi, est pourtant bien loin de faire l’unanimité ! Pour ses opposants, le jeu de Solitaire fait partie de la culture des dernières générations de travailleurs en col blanc. Ils préconisent un traitement concerté du problème, en établissant des règles du jeu communes et acceptées quant à l’usage des jeux sur le PC ou en ligne. Une forme de reconnaissance réfléchie du jeu comme outil de relaxation anti-stress, donc de productivité, en quelque sorte. Mais surtout, cette interdiction serait aujourd’hui déplacée, car le danger s’est déporté. Selon certains sociologues américains, la génération PlayStation, celle là même qui a adopté massivement l’Internet dès la fin des années 90, se tourne aujourd’hui vers d’autres distractions? les téléphones mobiles. Sans oublier, ce que rappellent les syndicats américains, que ce type d’action jette le discrédit sur un secteur professionnel en lui appliquant des stéréotypes bureaucratiques qui sont très éloignés de la réalité. Quant aux partisans de l’économie libérale, ils proposent aux administrations d’adopter une stratégie radicale? déjà mise en place dans le privé : réduire les effectifs pour augmenter la dose de travail de ceux qui restent. Les survivants n’auront plus de temps pour jouer !


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