Lenovo + IBM x86 : une nouvelle puissance sur le marché français

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Grâce au renfort des serveurs x86 d’IBM, Lenovo France espère bousculer les deux leaders que sont HP et Dell. Et compte bien s’appuyer sur le pourtant très polémique contrat avec le ministère de la Défense.

Ce matin, lors d’une conférence de presse, Lenovo dévoilait trois nouveaux serveurs (une tour et deux racks) de sa gamme Thinkserver ainsi qu’un système SAN issu de son partenariat avec EMC (VNX 5150). Mais là n’était pas l’essentiel. Car ces lancements interviennent surtout au lendemain de l’officialisation de l’intégration de la division x86 d’IBM au sein du constructeur chinois. « En France, ce rapprochement se fera graduellement », assure Stéphane David, le président de Lenovo France et lui-même ancien d’IBM (il a basculé chez Lenovo en 2005 à la faveur du rachat de l’activité PC de Big Blue). Les 75 personnes que compte la division x86 d’IBM (avec des fonctions locales ou Europe) dans l’Hexagone s’apprêtent donc à rejoindre les 140 employés environ que compte Lenovo en France. Le nouvel ensemble doit déménager l’année prochaine dans un nouveau siège, à Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine). Signalons que, selon un dirigeant européen du constructeur, le centre de services x86 situé actuellement à Montpellier va déménager dans les installations du Chinois à Stuttgart.

Stéphane David - Lenovo
Stéphane David – Lenovo

« Notre objectif dans un premier temps est d’exfiltrer la division x86 de l’organisation IBM en conservant ses modes de fonctionnement actuel », explique Stéphane David. Le dirigeant actuel de la gamme System x chez IBM France prendra donc la tête de ce qui deviendra une nouvelle division de Lenovo France. Il reportera à Stéphane David. Le président de la filiale assure qu’il conservera également en l’état les contrats de distribution existant avec les partenaires des deux marques. « Pour les partenaires, et notamment les corporate resellers comme SCC, Econocom, Computacenter ou autres, le fait que nous complétions nos gammes avec des systèmes pour les environnements évolués via le rachat de la division System x constitue une opportunité dans un marché où ils disposaient jusqu’alors de peu d’alternatives. D’autant que, en ce qui nous concerne, nous ne vendons pas de service et ne risquons donc pas de les concurrencer », assure Stéphane David. Et de miser sur une « cross-fertilisation » des deux réseaux de partenaires.

La fusion des gammes attendra

De facto, le discours de Lenovo insiste sur la complémentarité entre ses gammes Thinkserver, plutôt pensées pour les PME ou les approches décentralisées, et celles des System x, répondant à des besoins plus évolués (environnements convergés, HPC…). Dans les faits, les choses ne sont toutefois pas aussi simples et des zones de recouvrement existent (les rack ThinkServer RF550 et 650 répondent aussi à des besoins en datacenters, tout comme l’entrée de gamme M5 d’IBM). Mais le choix de Lenovo a le mérite de la clarté : « Inutile d’attendre une fusion des gammes avant un temps qui sera significatif », tranche d’ailleurs Stéphane David, même si la R&D des deux entreprises a bel et bien fusionné.

La priorité de Lenovo est plutôt d’assoir sa position sur un marché du x86 qui représente un chiffre d’affaires annuel de 43 milliards de dollars dans le monde (et d’environ un milliard en France). Lenovo affirme détenir quelque 15 % de ce marché. En France, c’est moins. Selon les chiffres IDC donnés par l’entreprise, avec le renfort d’IBM, Lenovo France contrôlerait environ 10 % du marché des serveurs x86. Assez loin des deux ténors que sont HP et Dell.

Et, malgré les inquiétudes de généraux français relayées par Le Canard Enchaîné en juin, Lenovo semble déterminé à miser sur la référence que constitue le ministère de la Défense. En mai dernier, pour un contrat de 4 ans et de 160 millions d’euros, la Dirisi (Direction interarmées des réseaux d’infrastructure et des systèmes d’information, soit la DSI de la Défense) a retenu Computacenter sur la base de serveurs x86 d’IBM (notons que les relations entre le ministère et Big Blue sont plus anciennes). Via le rachat des System x, le Chinois Lenovo se glisse donc dans les datacenters des armées. D’où les craintes s’exprimant dans l’hebdomadaire satirique d’ouvrir tout grand la porte aux espions chinois. Selon Stéphane David, interrogé sur le sujet par Silicon.fr en marge de la conférence de presse, la reprise des System x par Lenovo n’est pas un obstacle pour la Dirisi, qui a déjà des relations commerciales établies avec le constructeur chinois dans le domaine des PC. Au contraire, le dirigeant compte faire de ce contrat une référence nationale pour gagner des parts de marché auprès des administrations et des collectivités.

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