Les tablettes vont-elles bouleverser l’informatique en entreprise ?

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L’usage des tablettes tactiles en entreprise va-t-il devenir aussi courant que celui des PC  ? Usages, attentes et freins, d’après une étude du cabinet Markess international

En 2011, 0,1  de la population active française utilise les tablettes numériques à titre professionnel. Et ce chiffre pourrait grimper à 1,2 % en 2013. Ce sont les prévisions de l’étude* Applications professionnelles sur smartphones et tablettes numériques, besoins et opportunités réalisée par le cabinet Markess international, spécialisé dans les transformations des entreprises et des administrations induites par les technologies de l’information, et présentée le 30 septembre à Paris, lors d’une conférence de presse.

L’enquête a été menée auprès de 175 décideurs de différents profils, ainsi qu’auprès de 50 prestataires du secteur. En fait, l’apparition de ces tablettes tactiles s’effectue dans un contexte où déjà, 11 % des actifs français utilisent un smartphone dans leur vie professionnelle (2011) . Et ils devraient être 23 % en 2013, toujours d’après les projections du cabinet d’études. Mieux, 20 % des personnes interrogées trouvent que les deux outils sont utiles. Potentiellement, ils pourraient donc être prêts à les cumuler !

Mon terminal à moi

« Aujourd’hui, l’engouement pour ces terminaux est une réalité à laquelle les entreprises doivent faire face », explique Emmanuelle Olivié-Paul, responsable de la recherche chez Markess. D’après Grégory Elmoznino, DG d’Econocom Telecom Service, certains collaborateurs arrivent dans l’entreprise avec leur propre terminal, un smartphone, par exemple, qu’ils rechignent à abandonner pour le modèle imposé par l’entreprise. « Il y a une vraie demande. Certaines entreprises refusent. D’autres acceptent, et essayent de s’organiser pour gérer cette contrainte, notamment en terme de sécurité. » Dans tous les cas, ce phénomène devrait se développer encore avec l’arrivée sur le marché du travail de la génération Y. Il sera probablement difficile, pour une entreprise, de convaincre ces futurs salariés de se passer des tablettes, qui se généralisent pour les usages privés.

Nomades et chefs en tête

Néanmoins, pour l’instant, tout le monde n’est pas concerné de la même façon dans l’entreprise. Ainsi, parmi les personnes interrogées, les catégories qui se déclarent les plus concernées par l’usage de ces terminaux sont tout d’abord les dirigeants et membres de comité de direction, à 64 %, suivis de plus de la moitié des « top managers ». Certaines professions sont plus motivées que d’autres. Le personnel d’inspection, de réparation, de contrôle et de supervision, se sent concerné à 23 %. Mais, en tête, figurent les commerciaux et, de façon générale, des salariés itinérants, avec un score de 48 %.

Ainsi, illustre Emmanuelle Olivié-Paul, les visiteurs médicaux d’un laboratoire pharmaceutique ont troqué leur plaquette imprimée pour des iPad, la tablette d’Apple, sur laquelle ont été développés des logiciels spécifiques à l’entreprise. Auparavant, les professionnels devaient reprendre leurs notes de rendez vous, pour les intégrer dans le système d’information de l’entreprise, le soir. A présent, ils utilisent la tablette pour prendre directement les notes. « Le gain de temps est d’environ 1h30 par jour », explique Emmanuelle Olivié-Paul. Le projet, en phase pilote, devrait être étendu à 10 000 personnes en 2012. «  Cela change aussi la manière de conduire le rendez vous, c’est plus convivial. Avec une tablette, on s’assied à coté, alors qu’un ordinateur fait écran », ajoute Grégory Elmoznino.

En direct avec l’ERP ?

Les applications dont les professionnels voudraient bénéficier sur leurs tablettes ou leurs smartphones sont nombreuses. Parmi les applications métiers, celles concernant le commercial, la vente et la relation client arrivent en tête. Les outils quotidiens les plus demandés sont principalement la messagerie d’entreprise (64 %) et l’accès à l’agenda partagé. Quant aux applications liées à des processus transverses, ce sont ceux qui touchent au collaboratif et au management, qui sont considérés comme prioritaires.

Des tablettes au salon

Plusieurs conférences et ateliers sont consacrés aux tablettes en entreprise, du 18 au 20 octobre, porte de Versailles, à Paris. C’est dans le cadre du salon Mobile IT expo, dédié aux solutions de mobilité et aux applications mobiles. Et, parmi la centaine d’exposants prévus par l’organisateur, figurent les nouveaux acteurs de ce secteur. Juste à coté, se tiendront également les salons IP Convergence, dédié à la communication d’entreprise, et Cloud and It Expo, consacré au Cloud Computing, à la virtualisation et aux infrastructures sécurisées.

Par ailleurs, plus de la moitié des personnes interrogées voudraient pouvoir accéder à l’intranet, et 34 %, à l’ERP de l’entreprise. C’est là que débutent les soucis. « Les enjeux sécuritaires sont en tête des potentiels freins » identifiés par les personnes interrogées, au déploiement des tablettes, explique Emmanuelle Olivié-Paul . Autre souci : «  l’intégration à l’existant. Aujourd’hui, beaucoup d’applications dans les entreprises ne sont pas adaptées pour un usage tactile », ajoute Emmanuelle Olivié-Paul. Bref, les entreprises pourraient devoir redévelopper, ou , tout du moins, adapter, leurs applications. Le tout, pour un projet « dont le retour sur investissement est parfois difficile à démontrer, au-delà de l’engouement qu’il suscite », d’après les personnes interrogées, rajoute l’experte.

L’impact possible des usages des tablettes sur les systèmes d’information est l’un des enjeux majeurs de cette nouvelle évolution : pour l’instant, sur les tablettes, les systèmes d’exploitation Ios et Android sont au coude à coude dans les préférences exprimées par les utilisateurs. Néanmoins, les systèmes d’exploitation de Windows en entreprise et ceux des tablettes « cohabitent », estime Grégory Elmoznino. Peu probable, d’après Emmanuelle Olivié-Paul, que cela suffise pour remettre en cause «  les investissements colossaux qui ont été faits ». En revanche, « cela va imposer de changer l’écosystème de partenaires et les systèmes de financement entre opérateurs, et sociétés de service », remarque l’analyste.

Un nouveau marché

« Aujourd’hui, il n’y a pas de compétence en interne dans les entreprises, ils doivent aller les chercher à l’extérieur », note Emmanuelle Olivié-Paul. Résultat, l’offre se construit. « Parmi les prestataires, la moitié a moins de 5 ans, il y a beaucoup de nouveaux entrants. Chez les acteurs historiques, on note un certain attentisme, même si certains ont démarré avant les autres », explique Emmanuelle Olivié-Paul , pour qui les pistes de services possibles sont diverses : développement d’application spécifique, de services web, d’ API pluggées sur des applications existantes, accès à des services en mode SaaS (Software as a service) depuis un navigateur sur sa tablette…

De nouveaux services apparaissent comme celui proposé par Econocom qui a bâti une offre de service globale, qui comprend une tablette, les communications, l’installation et la maintenance, pour un prix par utilisateur et par mois. Et des éditeurs de logiciels centrés sur les usages mobiles, comme Mobiquant ou Nomattitude font leur apparition, concurrençant des solutions proposées par Adobe ou Microsoft. Dans le domaine des sociétés de service, des géants comme Atos ou Capgemini, sont confrontés à de nouveaux venus comme Nomadvance ou Kapt. Même phénomène chez les agences marketing, où Digitas ou Havas vont être concurrencées par Visual Mobile ou Backelite. Plus que dans les usages, les tablettes pourrait bouleverser l’écosystème.

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