L’industrie du logiciel doit-elle avoir peur de l’Atom ?

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Selon NVIDIA, les éditeurs souffrent des performances trop faibles de l’Atom. Mais en réalité, ce sont les concepteurs de processeurs – et de GPU – qui craignent le plus le succès de cette puce

Laptop Magazine a interviewé Jen-Hsun Huang, CEO de NVIDIA. Ce dernier revient bien évidemment sur la plate-forme Ion, qui combine un processeur Intel Atom et un GPU GeForce 9400M. Il a aussi profité de l’occasion pour donner son avis sur ce processeur.

Une de ses remarques est très intéressante, car elle reflète la crainte que partagent les éditeurs et les constructeurs vis-à-vis du marché des netbooks, nettops et – d’un point de vue plus général – des machines pourvues de processeurs de faibles performances :

“La plate-forme Atom ne permet pas de faire fonctionner correctement les produits d’Electronic Arts, d’Adobe ou de Microsoft… et je ne mentionne que les éditeurs les plus connus. Dans un sens, la plate-forme Atom crée une base installée de PC qui pourrait nuire à l’industrie du logiciel.”

L’Atom, tout en permettant de créer des machines compatibles avec les PC traditionnels (et donc avec Windows et son immense catalogue de logiciels) ne serait pas capable de faire fonctionner les applications modernes. C’est certes ennuyeux, mais chaque jour les développeurs montrent que le matériel n’est pas le seul élément impliqué dans les performances d’une machine. Optimiser les logiciels est également essentiel. Pour ne citer qu’un exemple, Firefox 3.0 consomme bien moins de mémoire que son prédécesseur. Son successeur, Firefox 3.1, proposera un moteur JavaScript carrément deux fois plus véloce.

Cet exemple n’est pas isolé : Sun, Adobe et Microsoft ont largement amélioré les performances de Java, Flash et .NET, ce qui influe directement sur les logiciels utilisant ces technologies. L’éditeur de Redmond va même optimiser son futur OS, Windows 7, pour lui permettre de fonctionner correctement sur l’Intel Atom.

S’il existe un danger potentiel pour les créateurs de logiciels, ce sont bien les concepteurs de processeurs et GPU qui sont les plus menacés. Jusqu’alors, la stratégie du marché des ordinateurs personnels consistait à proposer des logiciels toujours plus lourds, demandant des machines et processeurs toujours plus puissants. Si les éditeurs commencent à optimiser leurs applications pour des puces comme l’Atom, les Pentium 3 et Pentium 4 qui peuplent placards et poubelles (et qui sont souvent plus puissants), pourraient fort reprendre du service… au plus grand bénéfice des utilisateurs, toujours heureux de faire des économies.

Les industriels du monde informatique devront alors peut-être composer avec une croissance plus lente de leurs ventes (voir une décroissance). Or, la plupart sont côtés en Bourse : une décroissance, ou un simple risque de décroissance, pourrait inquiéter les investisseurs et être fatal à nombre de compagnies qui adoptent un modèle de « croissance continue du taux de croissance ».

Intel espérait faire une affaire avec l’Atom, conçu pour les coûteux MID (Mobile Internet Device). Hélas, le public préfère actuellement les ordinateurs ultraportables économiques.


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