Linux : prise en main de la nouvelle Ubuntu 9.04

La distribution Linux Ubuntu 9.04 (nom de code Jaunty Jackalope) est disponible depuis quelques jours. Nous avons testé les différentes moutures de cet OS, afin de mesurer les avancées réalisées depuis l’an dernier ; Desktop Edition, Server Edition et Netbook Remix. Pour des raisons pratiques, nous avons laissé de côté les dérivés de ce projet comme la Kubuntu (KDE) ou la Xubuntu (Xfce).

La mouture desktop propose des paquets logiciels récents : noyau Linux 2.6.28, environnement de bureau Gnome 2.26.1, Firefox 3.0.8 (la mise à jour de sécurité 3.0.9 est d’ores et déjà disponible), OpenOffice.org 3.0.1, Rhythmbox 0.12.0, F-Spot 0.5.0.3, Gimp 2.6.6, etc. Du côté de l’infrastructure, Mono 2.0.1 est installé par défaut, car il est utilisé par certains logiciels. Pour disposer de Java, il faudra se connecter aux dépôts logiciels de la distribution. Notez que plus de 26.800 paquets sont accessibles !

Installation : oui, mais…

L’installation de l’Ubuntu sur une machine nue ne demandera aucune connaissance technique. Évidemment, il faudra s’assurer au préalable que le matériel présent est reconnu par Linux, mais ceci est aujourd’hui quasiment toujours le cas.

Le moyen le plus simple de tester l’Ubuntu est de la démarrer en mode « Live CD ». L’OS sera alors chargé depuis le CD-Rom, sans que le contenu de votre disque dur ne soit impacté. Pratique pour effectuer des tests ou tout simplement pour effectuer des opérations de maintenance sur un système devenu inutilisable.

Lors de l’installation, tout ce que l’assistant vous demande est de connaitre votre langue, celle de votre clavier et votre nom. L’OS étant livré sur CD-Rom, toutes les applications ne sont pas traduites en français (cela demanderait trop d’espace disque). Sur la plupart des machines, la durée totale d’installation reste inférieure à dix minutes. Sur ces deux points (durée et facilité d’installation), les OS Microsoft sont donc battus à plate couture.

Après cette phase, le système se charge de télécharger les fichiers de localisation nécessaires. Malheureusement, comme à chaque sortie d’une nouvelle Ubuntu, les dépôts logiciels sont saturés et il est impossible de récupérer les fichiers voulus. Peut-être serait-il temps de proposer l’OS sur un média de plus grande taille (comme un DVD), afin de rendre l’installation moins dépendante des serveurs de mise à jour ? En tout état de cause, si cette opération échoue, comme cela a été le cas lors de nos tests, vous pourrez la relancer au travers du menu « Système >Administration >Prise en charge linguistique ».

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Au chapitre des nouveautés, ne vous attendez pas à des miracles. L’Ubuntu 9.04 stabilise l’existant plus qu’elle n’apporte de véritables changements. Quelques nouveaux outils font toutefois leur apparition. Computer Janitor 1.12.1 fait le ménage dans les paquets logiciels, en enlevant par exemple les librairies qui ne sont plus utilisées. Le créateur de disque de démarrage USB permet, comme son nom l’indique, de générer une clé USB bootable à partir d’un CD de l’Ubuntu. Pratique pour installer l’OS sur un ultraportable économique !

Dernier point, le thème de bureau est plus attractif, mais demeure à notre goût encore un peu trop sombre et austère.

Un temps de démarrage en net progrès

Quid du temps de démarrage de l’Ubuntu 9.04 ? Les développeurs affirment que cette dernière peut atteindre l’écran de connexion en moins de 20 secondes. Toutefois, ces chiffres ne veulent pas dire grand-chose : en effet, il convient aussi d’évaluer le temps d’affichage du bureau et celui lié au chargeur de démarrage.

Nous avons mesuré précisément le temps de démarrage complet sur une machine de test, c’est-à-dire la durée nécessaire avant de pouvoir commencer à travailler. La machine de test est installée avec la mouture 32 bits de l’Ubuntu, sur une partition au format ext3 (qui est utilisé par défaut). Elle comprend un processeur bicœur Intel Core 2 Duo cadencé à 2,4 GHz et 1 Go de mémoire vive. Notez que son disque dur est relativement lent.

Le temps de démarrage se fixe à 60 secondes. Windows XP semble faire mieux, puisque le bureau s’affiche au bout de 35 secondes. Cependant, il n’est utilisable qu’une vingtaine de secondes plus tard. Et encore, certains services ne seront pas disponibles dans la première minute. Windows XP gagne donc sur le terrain du « ressenti », même si – in fine – il fait couci-couça jeu égal avec l’Ubuntu 9.04. La comparaison avec Windows Vista est inutile, ce dernier se faisant battre allègrement par cette distribution Linux.

Nous avons tenté une installation sur une partition au format ext4. Contrairement à ce qui a été dit ici et là, l’incidence sur le temps de démarrage n’est pas notable. Nous ne gagnons ainsi que deux petites secondes. L’impact de la mouture 64 bits de l’Ubuntu est plus notable, puisqu’elle démarre en seulement 52 secondes (en ext4). L’installation requiert 100 Mo d’espace disque complémentaire et l’OS consomme un peu plus de mémoire. Toutefois, il se montre visiblement plus fluide et plus rapide.

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Lors de l’arrêt du système, le temps avant l’extinction de la machine est plus court sous Ubuntu (de 12 à 13 secondes) que sous Windows XP (17 secondes). Ici, le score est indiscutablement en faveur de Linux.

Du côté de la consommation des ressources, l’Ubuntu s’en sort également avec brio : l’espace disque utilisé est de 2 Go, contre 1,9 Go pour Windows XP, qui ne propose pourtant pas de suite bureautique par défaut. Même constat pour la consommation mémoire : cette dernière dépasse rarement le cap des 256 Mo sous Ubuntu. Dans ce domaine, Windows XP ne fait pas mieux.

Un OS bien adapté aux machines peu puissantes

Les brokers vendent des PC de seconde main à des prix concurrentiels. Rappelons toutefois que vous ne pouvez pas conserver la licence de Windows qui était précédemment installée, les moutures OEM distribuées par l’éditeur n’étant pas cessibles.

Linux est alors un bon choix pour faire fonctionner l’ordinateur tout en restant dans la légalité. Mais l’Ubuntu est-elle adaptée aux machines les moins puissantes ? Pour le savoir, nous l’avons installée sur une configuration monocœur fonctionnant à 800 MHz, disposant de 256 Mo de mémoire vive et proposant un disque dur de 4 Go. L’installation se déroule à merveille. Le temps de démarrage, quoiqu’assez long, reste raisonnable (88 secondes).

Enfin, tout fonctionne parfaitement, même si l’affichage manque un peu de réactivité. Avec OpenOffice.org Writer et Firefox, la consommation mémoire est de seulement 190 Mo. Ajoutons OpenOffice.org Calc, Nautilus et Gimp, et elle grimpera à 210 Mo. Évidemment, ce sont là des valeurs relevées ‘à vide’. Si vous chargez de gros documents, la consommation mémoire grimpera de façon significative, mais mesurée.

Le seul point réellement négatif est le temps de chargement d’OpenOffice.org. La première fois, il est réellement très important, ce qui est particulièrement pénible. Toutefois, au second chargement, cela devient nettement plus supportable. Peut-être est-il temps de mettre en place des techniques permettant de précharger la suite en mémoire ?

Netbook Remix : une tentative… ratée ?

L’Ubuntu Netbook Remix est disponible pour les ultraportables économiques suivants : Acer Aspire One, Asus Eee PC 900a et 1000, Dell Inspiron Mini 9, Lenovo S10, Medion Akoya E1210 et MSI Wind U100. Avec quelques modifications, elle pourra également s’adapter à d’autres modèles de netbooks. 512 Mo de mémoire et 4 Go d’espace disque sont suffisants pour la faire fonctionner.

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Nous l’avons essayée sur un portable traditionnel, relativement puissant. Malheureusement, l’interface du mode netbook est d’une lenteur exaspérante. Le logiciel est bien réalisé, mais sera quasi inutilisable sur une machine pourvue d’un processeur peu puissant, tel l’Intel Atom.

Il est cependant possible de basculer vers l’environnement de bureau traditionnel de l’Ubuntu. L’ensemble est alors bien plus réactif et agréable. L’Ubuntu Netbook Remix fonctionnera donc parfaitement sur tous les netbooks, même les moins bien équipés, à condition d’oublier l’interface graphique « spécialnetbooks », livrée avec cette version.

Mouture serveur : trop rustique !

Nous avons testé la version serveur de l’Ubuntu 9.04 sur une machine x86 64 bits. Premier constat, tout se passe ici en mode texte, l’installation comme l’utilisation de la distribution Linux. À une époque où les OS serveurs fonctionnent majoritairement en mode graphique (Mac OS X Server ou Windows Server 2008), cela peut paraitre quelque peu surprenant.

Bon point toutefois, l’assistant d’installation est bien pensé. Il met l’accent sur la sécurité en donnant la possibilité de chiffrer le disque complet, ou les seules données de l’utilisateur. Il offre également d’automatiser les procédures de mise à jour. Enfin, il installe le très efficace AppArmor.

Des profils permettent, en quelques clics, d’installer et de configurer directement des serveurs DNS, LAMP, mail, OpenSSH, PostgreSQL, Samba, Tomcat, etc. Cette procédure est simple et efficace. Il est donc d’autant plus dommage que l’administration de l’OS soit ensuite entièrement manuelle. L’installeur offre toutefois de rattacher la machine à un compte Landscape, un service proposé par Canonical qui permet d’administrer des serveurs à distance. Voilà qui résout tous les problèmes, à un détail près : Landscape est une offre payante.

Un serveur LAMP (Linux, Apache, MySQL et PHP), occupe moins de 900 Mo. La plupart des composants sont relativement à jour : Apache 2.2.11, MySQL 5.1.30, PHP 5.2.6 et Perl 5.10. Les logiciels pourront être gérés via l’excellent Aptitude.

Ubuntu Server est donc un bon produit… pour ceux qui disposent d’un contrat Landscape. Les autres resteront sur leur faim et préfèreront probablement installer un serveur Debian.

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