L’Italie ouvre la voie de la e-administration décentralisée

Régulations

Consulter en ligne les résultats de ses analyses médicales devrait devenir possible pour dix millions d’Italiens. Six millions d’entre eux seront en mesure de postuler pour le financement d’une formation, par le même canal. Les projets locaux de l’e-administration fleurissent en Italie, soutenus par le ministère de l’Innovation et des Technologies. En matière de e-administration, la France pourra-t-elle s’inspirer de son voisin transalpin, décentralisé depuis 1945 ?

Le ministère italien pour l’Innovation et les Technologies impulse un programme ambitieux d’initiatives locales de e-administration. Il consacre cette année 120 millions d’euros pour soutenir ce type d’initiatives, soit environ la moitié de son budget annuel. Cette somme couvre le tiers du coût total des 138 projets sur 400 qui ont été retenus lors de son dernier appel à projets. Au total, ce sont 3 841 collectivités (régions, provinces, communes, etc.) qui présentent les 138 projets. En effet, les dossiers portés par plusieurs entités territoriales sont prioritaires. De plus, la réexploitation potentielle des projets constitue un deuxième critère de sélection. Les 20 régions italiennes ont toutes présenté des projets. Et les provinces et les municipalités se sont montrées elles aussi très actives. Exemple : prendre rendez-vous avec son médecin en ligne sera bientôt possible pour 14 millions d’Italiens. Ce projet, porté par 5 entités locales, a reçu le soutien financier du ministère. Pièce complémentaire du dispositif, des « centres régionaux de compétence » sont mis en place pour aider au développement de la e-administration, et veiller à la synergie des projets.

Le citoyen propulseur de modernisation. « L’innovation doit démarrer au point de contact avec le citoyen. C’est de là que vient l’impulsion à la modernisation de l’administration », explique Giulio de Petra, responsable de l’e-administration locale au sein du ministère de l’Innovation et des Technologies. Le ministère a donc sélectionné 98 projets qui s’adressent directement au citoyen et aux entreprises, et 40 projets d’infrastructures permettant de connecter les administrations territoriales entre elles. Parmi les 98 projets destinés au public, 27 sont consacrés aux entreprises et 71 au grand public. Parmi eux, 44 sont des portails. Les autres visent à améliorer les services de santé, d’éducation, les services sociaux, etc. Par exemple, 7 entités locales, soit un bassin de 18 millions de personnes, ont présenté un service concernant l’emploi qui met en réseau des activités administratives au niveau régional, permettant de faire se rencontrer les offres et les demandes d’emploi. Un même nombre d’Italiens va pouvoir notifier son changement de domicile à l’administration par mail et recevoir un accusé de réception. L’Italie expérimente ainsi un développement décentralisé de sa e-administration. L’augmentation des inégalités territoriales et la cohabitation de systèmes régionaux incompatibles constituent des risques réels. Particulièrement en Italie, Etat décentralisé depuis 1945, et qui souffre d’inégalités importantes entre le Nord et le Sud. Sur les 120 millions d’euros attribués par le ministère de l’Innovation, la Lombardie reçoit plus de 20 millions d’euros, et les Pouilles 7,8 millions, pour moitié moins d’habitants. Toutefois, si l’on considère les trois pôles régionaux de l’Italie, Nord, Centre et Sud, la répartition des subventions est globalement proportionnelle à la répartition de la population. Par ailleurs, certaines régions du Sud peuvent bénéficier des aides européennes, via le Feder, le fonds européen de développement. Pour Giulio de Petra, « la e-administration peut rendre le Mezzogiorno plus attractif pour les entreprises ». Le système mis en place par le gouvernement italien veut contribuer à uniformiser la e-administration sur la totalité du territoire. Giulio de Petra poursuit : « Pour 2003, nous allons continuer à favoriser le développement de la e-administration dans les régions. Mais cette fois ci, nous n’allons pas lancer un nouvel appel à projets, mais stimuler la réexploitation des projets déjà développés et leur extension géographique ». La sélection naturelle appliquée à la e-administration locale : restera à surveiller son efficacité.


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