Logiciels libres : la fin de l’angélisme?

Régulations

L’enquête ITRmanager/Solutions Linux « Quelle place pour le logiciel libre ? » tente de dégager les motivations et les freins ressentis par les entreprises face au logiciel libre. Quelques précisions seraient très bénéfiques lors de la prochaine édition, comme la différence entre logiciel libre et éditeur Open Source

Certes, cette enquête apporte quelques réponses et pose de nombreuses questions. Toutefois, on aurait souhaité connaître le profil des entreprises interrogées, et surtout leur investissement réel dans l’open source.

Linux mène la danse, mais sur quelle musique ? Les entreprises sondées confirment que Linux est bien perçu comme un concurrent face aux systèmes d’exploitation ‘commerciaux’. On regrettera que ce ‘ressenti’ des sondés ne soit pas mieux aiguillé ? En effet, on peut légitimement estimer que les distributions de RedHat ou Novell- Suse (les plus répandues en entreprise) sont devenues des solutions commerciales, puisque des entreprises privées décident de leurs évolutions? avec soumission à une communauté? (sans commentaire). Sur le modèle économique, la question est « Quel mode de tarification pensez-vous être adapté à vos besoins ?» Évidemment, l’achat de licences, grand responsable satanique des dérapages budgétaires, ne recueille que 2,9 % des suffrages, et laisse l’avantage au «.logiciel gratuit avec abonnement annuel en fonction du niveau de support». Il devient alors intéressant de comparer les prix pratiqués par les acteurs reconnus comme incontournables en la matière : RedHat, Microsoft, Suse, IBM. La calculette vaut mieux que les croyances ! D’ailleurs, argument en faveur de Linux : IBM et HP sont désormais prêts à supporter les Linux de RedHat et Novell, si vous achetez leurs serveurs, bien entendu? Toutefois, il faudra y mettre le prix. Peut-on encore parler du modèle du logiciel libre ? On peut en tout cas en déduire que pour intégrer les systèmes d’information en entreprise, Linux doit s’inspirer des pratiques sataniques du logiciel taxé de ‘commercial’. On constate que cela semble plutôt lui réussir. Assez logiquement, le serveur Web (58,3 %) et le système d’exploitation serveur (57,6 %) arrivent en tête des applications pour lesquelles les sondés recourent au logiciel libre. Juste derrière, on trouve le navigateur Web (56 %) et la bureautique (49,5 %), loin devant le système d’exploitation sur poste client (seulement à 27,6 %, malgré sa seconde place sur la liste). Un reflet proche de ce que l’on peut effectivement constater sur le terrain. On notera le bon score des bases de données (47,1 %) pour lesquelles on aurait souhaité plus d’indications. Là encore, MySQL est souvent acheté avec un support de son éditeur sur un modèle très voisin de la commercialisation classique des logiciels (voir ci-dessus). Le manque de compétences reste problématique Côté services, les entreprises interrogées réclament formation (49,2 %), maintenance et support (44,3 %), et intégration et déploiement (43, 3 %). En revanche, elles se disent moins intéressées par le conseil et l’évaluation des produits (29 %) et par l’aide à la maîtrise d’ouvrage (24,6 %). Cela semble illustrer la domination des logiciels soutenus par l’industrie et des éditeurs installés. Toute autre interprétation, qui consisterait à mettre en avant le désir d’indépendance ou la connaissance de ces solutions, laisserait penser à une prise de risque déraisonnable pour un dirigeant d’entreprise. L’Open source réduirait les coûts La réduction des coûts (74,7 %) est retenue comme le facteur majeur poussant à l’utilisation des logiciels libres. On remarque pourtant que la mairie de Munich (pourtant très prosélyte sur le libre) a repoussé le déploiement de Linux et autres sur les postes de travail pour des raisons de coûts, et que la mairie de Paris ne communique plus sur ce sujet suite au rapport remis par Unilog (et non communiqué). Au second rang, avec 57,8 %, « l’indépendance vis-à-vis de l’éditeur » relève soit de l’angélisme béat, soit de l’aveuglement obstiné. En effet, la compatibilité entre les divers Linux ira croissant. De plus, le développement spécifique d’une part et le manque de compétences d’autre part, créeront très vite une dépendance étroite vis-à-vis des prestataires. Et le prix à la journée dépasse de loin celui des licences ! Enfin, lorsqu’un développement sera mature, ce prestataire lancera sa solution commerciale clés en main « plus ou moins libre », comme le montre l’histoire du logiciel. De l’embourgeoisement des beatniks? Les freins avancés par les sondés sont révélateurs. Le changement d’habitude des utilisateurs (54,7 %) et l’incompatibilité avec les solutions existantes (45,3 %) prouvent que les entreprises reviennent vite à la réalité quotidienne. En effet, la question mentionnait « dans votre entreprise ». Elles dénoncent d’ailleurs le manque de compétences en interne (41,9 %) et en externe (11,2 %), le manque de solutions (26,8 %), les coûts cachés (26 %), ou encore l’immaturité des produits (24 %) et l’inquiétude sur leur pérennité (20,1 %). À bon entendeur?


Auteur : José Diz
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